Jimmy Bouchard

Un homme ayant comploté pour faire assassiner sa femme pourrait écoper de 9 ans de prison

Jimmy Bouchard n’a jamais exprimé un seul remords pour avoir conseillé à un individu de tuer son ex-conjointe en plus d’avoir eu en sa possession des explosifs. Il pourrait donc être envoyé derrière les barreaux pendant neuf ans pour avoir commis ces deux crimes.

Il s’agit de la recommandation faite au juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, chambre criminelle, par la procureure de la Couronne au dossier Me Nicole Ouellet. La suggestion de la Couronne est le double de ce que le procureur de Bouchard, Me Louis Belliard, a proposé au juge Hudon lors de la première journée des représentations et il a réitéré cette demande en réponse à la plaidoirie de sa collègue.

Jimmy Bouchard, il faut le rappeler, a été arrêté en décembre 2016. Cette arrestation mettait un terme à une période de trois ans pendant laquelle l’individu de Dolbeau-Mistassini a sérieusement réfléchi à la bonne façon de faire disparaître son ex-conjointe. L’homme a finalement plaidé coupable après trois jours de procès et recevra sa sentence jeudi matin.

« Ça faisait trois ans que M. Bouchard pensait à comment il allait se débarrasser de son ex-conjointe sans se faire prendre. Il savait que s’il se faisait prendre, il ne verrait pas son enfant. Il a même pensé engager une personne pour ne pas se faire prendre », a martelé la poursuite pour bien faire comprendre au juge que toute la démarche de Jimmy Bouchard était sérieuse et qu’il ne s’agissait pas uniquement d’une sorte de comportement d’un homme dépressif ou découragé, contrairement à ce que la plaidoirie laissait entendre en défense.

Généralement, les accusés qui reconnaissent leur culpabilité à un crime et font état de remords peuvent faire valoir ces regrets au moment des représentations sur sentence. Lundi, Me Nicole Ouellet a surtout attiré l’attention du juge Jean Hudon sur le comportement de Bouchard qui ramène toujours tout à lui.

« C’est lui qui va perdre sa maison. C’est lui qui ne voit pas son enfant. Ce n’est que de la déresponsabilisation par rapport à ses actes », a insisté l’avocate tout en rappelant que lorsqu’il a été question du complot pour meurtre, ce n’était pas de la faute de Jimmy Bouchard, mais bien des policiers qui lui ont tendu un piège.

Pour ces raisons, elle réclame une peine de six ans pour le crime d’avoir demandé à une personne de commettre un acte criminel et une peine cumulative de deux à trois ans pour la possession d’explosifs. Au moment du prononcé de la sentence jeudi, Jimmy Bouchard aura purgé 44 mois de détention préventive. 

Elle a enchaîné dans la même veine en rappelant au juge que dans le contexte de ce procès, on ne pouvait pas plaider la défense par provocation. Il s’agit d’une défense qui peut être soulevée dans un procès pour meurtre et dans ce cas, il n’y a jamais eu de meurtre.

Me Nicole Ouellet refuse de croire la théorie de la défense sur l’homme qui a de la difficulté à accepter une situation et qui ne fait que penser à une façon d’agir sans jamais passer aux actes. Sur ce point, elle a rappelé que c’est ce que l’on pouvait penser du cardiologue Guy Turcotte. Le nom de ce dernier a été mentionné à quelques reprises pendant ce procès.

Longue réflexion

Il ne s’agit également pas, selon l’avocate, d’un événement particulier qui survient une seule fois dans le temps. Jimmy Bouchard a longuement réfléchi à une façon de faire disparaître son ex-conjointe. L’affaire s’est déroulée sur une période de trois ans et a pris fin quand les policiers ont réussi à le coincer. Il ne s’agit donc pas d’un coup de tête.

En réplique, Me Louis Belliard est revenu sur la thèse de l’homme qui a subi pendant une certaine période une multitude d’actions de son ex-femme. Il a même rappelé au juge que l’ex-conjointe pouvait multiplier les recours à la justice puisqu’elle bénéficiait de l’Aide juridique pendant que Jimmy Bouchard devait chaque fois défrayer ses factures d’avocat.

« La victime n’a pas subi de blessure. On se situe dans une fourchette d’un à sept ans de détention et non neuf ans. Il n’y a pas eu de tentative de meurtre qui a causé des blessures », a déclaré en point de presse le criminaliste, qui a de son côté fait une suggestion de 41 mois de détention.

Devant le juge Hudon, Me Louis Belliard a critiqué la peine cumulative réclamée par la Couronne. 

Il explique qu’il s’agit d’un concept politique qui veut que l’on frappe deux fois sur le clou. Dans le présent cas, Louis Belliard assure que le crime de possession d’explosifs est indépendant de l’autre crime puisque dès 2015, Jimmy Bouchard a abandonné cette idée. 

Encore hier, Me Belliard a soumis au juge que le matériel explosif retrouvé par les policiers était moins puissant que les feux d’artifice en vente libre.