Des mesures ont été prises dans le fossé face à la Maison de la pomme pour empêcher les hydrocarbures de se rendre à la rivière aux Brochets.
Des mesures ont été prises dans le fossé face à la Maison de la pomme pour empêcher les hydrocarbures de se rendre à la rivière aux Brochets.

Un déversement qui se poursuit à Frelighsburg

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Le déversement d’hydrocarbures dans un fossé qui se décharge dans la rivière aux Brochets, à Frelighsburg, se poursuit. Signalé une première fois le jeudi 26 novembre, puis le lendemain et encore cette semaine, le problème n’est toujours pas réglé à sa source.

La Voix de l’Est est allée constater l’état de la situation sur place, mercredi après-midi. La forte odeur d’essence a confirmé à l’équipe qu’elle avait bel et bien trouvé le fossé en question. Avec le nez fin, on peut percevoir l’odeur dès l’accotement de la route 237. Elle est encore plus forte en descendant près du fossé.

Anthoni Barbe, responsable des communications de l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi, dont la rivière aux Brochets et ses affluents font partie, a signalé que le déversement se poursuivait, mardi, et qu’il se poursuivrait encore.

L’inspecteur du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) ne considèrerait pas ce déversement comme une urgence puisqu’il n’est pas assez significatif, même s’il s’étire dans le temps, selon ce qu’a rapporté le maire de Frelighsburg à M. Barbe. Interpellé par téléphone, le maire Jean Lévesque ne nous a pas rappelés.

Contamination « minime »

Le MELCC avance qu’il s’agit d’une contamination minime, à l’état de traces.

« Des eaux de ruissellement ont pu atteindre le fossé durant les travaux d’excavation, mais pas d’hydrocarbures, écrit Daniel Messier, conseiller en communication et porte-parole régional du MELCC, dans un échange de courriels. Aucun déversement des eaux usées industrielles ni de bris d’équipements n’aurait eu lieu. Le ministère n’a décelé aucun indice de déversement au sol, dans le fossé ou au cours d’eau. Aucune odeur perceptible caractéristique au diesel ou à l’essence n’a été constatée. »

Pourtant, sur place mercredi, une odeur d’essence était perceptible. Anthoni Barbe et ses contacts à Frelighsburg avaient aussi décelé cette odeur assez forte. Informé de ces détails à jour, M. Messier a confirmé qu’il poserait d’autres questions au personnel du ministère.

« Il est possible que des traces d’hydrocarbures d’une vieille contamination aient émergé des travaux d’excavation, puisque ceux-ci sont situés dans l’ancien stationnement de l’entreprise, poursuit-il. Avec le phénomène de l’irisation [NDLR: reflet rappelant les couleurs de l’arc-en-ciel], il faut comprendre qu’une très petite quantité d’hydrocarbures s’étend sur une grande surface au contact de l’eau. »

La nature du produit et la quantité rejetée dans la nature sont des variables toujours inconnues. Le MELCC ajoute également qu’il n’y aurait plus de traces d’hydrocarbures depuis lundi dernier, contrairement à ce qui a été observé depuis.

Sur le terrain de l’entreprise, une barrière à sédiments a été érigée.

Collaboration de la Maison de la pomme

Daniel Messier assure que l’entreprise d’où proviennent les contaminants, la Maison de la pomme, collabore avec le ministère. Elle a effectué les travaux demandés par « mesures de précaution » en installant un bassin de rétention, une barrière à sédiments ressemblant à une clôture de bâches, des boudins et des couches absorbantes.

Le sol a également été creusé autour pour remblayer les côtés du fossé et forcer l’eau à passer à travers un tuyau placé au fond du fossé.

Entrevue refusée

Rencontré par hasard sur place, le copropriétaire Benoit Caron n’a pas voulu commenter la situation, même pour faire la lumière sur ce qui s’est passé ou sur la nature du produit chimique qui s’est retrouvé dans la nature.

Il assure ne pas savoir de quoi il s’agit, ni d’où ça provient, et qu’Urgence Environnement a fait affaire avec ses employés, si bien qu’il n’en saurait pas plus.

L’entreprise a obtenu un permis de la Municipalité pour agrandir l’entrepôt réfrigéré. L’usine a également fait des travaux, dernièrement, pour alimenter en eau cette nouvelle section.

Délais d’action

Mis au fait des derniers développements, le président et cofondateur de la Fondation rivières, Alain Saladzius se questionne sur le temps de réaction du ministère de l’Environnement.

« C’est un mystère pour moi, pourquoi le ministère de l’Environnement ne réussit pas à éclaircir tout ça ? C’est invraisemblable qu’ils ne réussissent pas à déterminer la cause de ça et que ça se poursuive. »

L’ingénieur en génie civil, avec une orientation en protection de l’environnement, était surpris d’apprendre que l’eau contaminée dans le fossé n’était pas pompée. Selon lui, le fait que la quantité soit « minime », selon les inspecteurs du ministère, n’est pas une explication acceptable. Elle doit être confinée puis pompée.

« Il faut qu’il y ait des amendes! Si le pollueur avait des amendes, il agirait sûrement plus rapidement. Ça traîne, c’est vraiment regrettable. »

M. Saladzius salue par ailleurs la vigilance de M. Barbe dans ce dossier.