La tornade de force EF-3 a balayé le secteur Mont-Bleu, à Gatineau et le secteur Dunrobin, à Ottawa, la semaine dernière.

Tornade: «Je me disais que j’allais y passer»

« C’est la pire chose que j’ai vécue. Je n’arrêtais pas de me dire dans ma tête que c’était fini, que j’allais mourir. J’en tremblais. »

Nul doute que le jeune Gatinois Julien Moyneur, dont le témoignage donne froid dans le dos, se souviendra toute sa vie du 21 septembre 2018, jour où une puissante tornade de force EF-3 a balayé le secteur Dunrobin, à Ottawa, et le secteur Mont-Bleu, à Gatineau. 

Il était 16 h 44 lorsque l’adolescent de 17 ans, tout juste revenu du travail et seul dans l’appartement de la rue Tassé qu’il partageait avec son père et sa sœur, a reçu sur son téléphone cellulaire la première alerte émise par Environnement Canada. La deuxième a suivi à peine quelques minutes plus tard. 

« Au début, je n’en ai pas fait de cas, car on en avait déjà eu dans le passé. Mais je suis allé sur le balcon et à un moment donné, je l’ai vu au loin. Je voyais des choses en train de s’envoler, des arbres s’affaisser, des maisons qui se faisaient détruire. J’ai eu le temps d’observer cinq secondes et par la suite, la première chose que j’ai faite, c’est d’agripper mon chat, mais il s’est enfui. Des fenêtres se sont alors fracassées et un morceau du plafond d’environ un mètre de long est tombé sur mon bras droit. Je suis allé me réfugier dans l’entrée, l’endroit le plus sécuritaire. Je me disais que j’allais y passer. Ç’a peut-être duré trente secondes, une minute tout au plus », raconte le principal intéressé. 

Une fois que la tempête destructrice s’est éloignée, il a fait face à une scène désolante : une foule de débris jonchaient le sol, les murs étaient instables, il y avait une importante accumulation d’eau au sol et on pouvait apercevoir le ciel à partir du salon du logis, qui se trouvait au troisième étage. 

Il s’est emparé de son porte-feuille et de quelques vêtements puis a dû évacuer l’immeuble en toute vitesse. Le petit félin, lui, a été retrouvé dans la baignoire, sain et sauf. 

Une fois sorti à l’extérieur pour constater l’ampleur des dégâts avec d’autres habitants du quartier, il a même cru que la tornade revenait sur ses pas en raison de la force soudaine des vents, si bien qu’il a dû se mettre à l’abri quelques secondes. C’était heureusement une fausse alerte.

« Dans la rue et aux alentours, c’était une zone de guerre. C’était l’anarchie totale. La première chose que j’ai pensée, c’est que c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de morts. Oui, on a tout perdu ou presque et je ne souhaite pas ça à personne, mais on est en vie, ça demeure du matériel. Nous avions des assurances », dit-il. 

Le jeune homme s’en est sorti sans blessures physiques, chose pour laquelle il se dit très reconnaissant. Mais les séquelles psychologiques, elles, sont là.

« Pendant 48 heures, je n’ai pas parlé, j’avais de la misère à respirer. Je fais des crises d’anxiété. Quand je me promène là-bas, les images me reviennent en tête », indique celui dont l’employeur lui a accordé une semaine de congé payé pour se remettre de cette épreuve. 

L’immeuble où habitaient sa famille et lui sera reconstruit sans être complètement démoli. En attendant, l’adolescent est hébergé temporairement chez sa copine. 

Chose certaine, Julien Moyneur ne verra plus jamais du même œil la météo et surtout, le vent. 

« On l’impression que ça se passe juste aux États-Unis, mais non. Ceux qui doutent encore du réchauffement climatique vont devoir se réveiller. Mais là, on doit continuer à avancer, on ne peut pas rester là à se morfondre », termine-t-il.