Devant les problèmes de salubrité et de qualité de l’air dans les immeubles des Terrasses de la Chaudière, l’Alliance de la fonction publique fait circuler une pétition et organise des activités de mobilisation.

Terrasses de la Chaudière: «Ce n’est plus vivable» [VIDÉO]

Devant l’ampleur des problèmes de qualité d’air et de salubrité dans les immeubles des Terrasses de la Chaudière, à Gatineau, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) hausse d’un cran la pression sur le gouvernement en affirmant carrément que « ce n’est plus vivable pour ses membres » à l’intérieur des murs du complexe érigé en 1978.

Réclamant des actions concrètes et davantage de transparence de la part de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), le syndicat a invité les fonctionnaires mardi midi à se mobiliser pour que les choses changent. L’activité était intitulée « T’amènes ta chauve-souris au travail ? », en référence à la présence de ce mammifère volant dans les édifices. Une vidéo partagée par l’AFPC permet entre autres d’en apercevoir une en mouvement au quatrième étage du 15, rue Eddy. Pour ajouter à cela, la présence de punaises de lit a également été signalée lundi, indique-t-on. Une information que réfute toutefois SPAC, qui a dit mercredi que la présence de ces insectes n'a pas été détectée à cet endroit. 

Aux abords de l’édifice fédéral, les fonctionnaires étaient entre autres invités à signer une pétition. À 48 heures d’Halloween, on distribuait aussi des autocollants sur lesquels on peut lire « Salut Batman, je ne savais pas que tu travailles au Complexe La Chaudière. #PasdeChauveSouris ».

Le syndicat affirme que plusieurs questions « urgentes en matière de santé et de sécurité » au travail se posent dans ce dossier et que malgré des mises à jour fournies par l’employeur à la fin août au sujet des progrès réalisés jusqu’ici, il est toujours en attente d’une réponse en lien avec l’une de ses principales revendications. L’AFPC milite pour la création d’un comité mixte, formé de représentants de SPAC, des ministères concernés et de représentants syndicaux ; lequel aurait comme mandat de trouver des solutions à cette série de problèmes « qui perdurent ».

« Le message-clé, c’est qu’on veut que nos membres soient au courant des actions proposées, tout le monde doit savoir ce qui se passe. Il ne faut pas travailler en silo. C’est frustrant de ne pas avoir de forum et de toujours devoir poser des questions et attendre des réponses. Ce qu’on voit beaucoup, ce sont des gestes posés un peu au hasard par certains ministères, mais pas par d’autres. Les courriels aussi sont transmis au hasard, sujet par sujet. On veut que ce soit plus clair, avec des échéanciers fixés, pour qu’on puisse voir des résultats. On veut que l’employeur soit davantage proactif et moins en mode réactif », de dire le vice-président exécutif national du Syndicat des employés nationaux à l’AFPC, Andrew Shaver.

Se disant en attente d’engagements formels, le syndicat soutient que le plan de SPAC est pour l’instant « assez abstrait ».

Au nombre des 5000 employés qui œuvrent entre les murs de ce complexe gouvernemental du secteur Hull, bon nombre travaillent à Patrimoine canadien, Services aux Autochtones Canada, au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et à Condition féminine Canada.

M. Shaver affirme qu’on dénombre plusieurs cas de maux ou de problèmes de santé chez des fonctionnaires et que l’air respiré dans l’immeuble est pointé du doigt à titre de cause.

« Ce n’est pas du tout normal, je ne crois pas que ce serait toléré dans le secteur privé », lance-t-il.

L’AFPC ne s’avance pas à dire si les immeubles des Terrasses de la Chaudière ont atteint la fin de leur vie utile, mais espère qu’une solution permanente sera trouvée plus tôt que tard.

« J’aimerais pouvoir dire quelque chose de clair, mais il nous manque des informations. Nous ne sommes pas ici pour contredire l’employeur, c’est vraiment de pouvoir s’asseoir pour savoir où on en est rendu. Est-ce qu’on peut investir (réfection du complexe) de façon efficace pour avoir un milieu de travail conforme aux exigences ? Je crois que oui, mais il faut une collaboration », conclut M. Shaver.

Rappelons que le gouvernement fédéral a annoncé l’an dernier une cure de rajeunissement de 175 millions $ pour ces édifices. Les travaux de réfection, qui devaient s’amorcer cet automne, doivent s’échelonner jusqu’en 2023 ou 2024.

+

Une fonctionnaire exaspérée

« Beaucoup de gens sont craintifs des effets s’ils disent quelque chose. Sauf que moi, je m’en fous, c’est ma santé. Ils doivent réaliser que quelque chose ne va pas, que ça ne peut pas continuer comme ça ». 

Sous le couvert de l’anonymat, une fonctionnaire fédérale qui n’a d’autre choix que de faire du télétravail depuis plusieurs mois soutient qu’elle peine à croire que l’employeur n’a toujours pas été en mesure de régler les nombreux problèmes signalés aux Terrasses de la Chaudière. 

Personnellement, avant d’obtenir un billet du médecin, elle était aux prises avec des difficultés respiratoires en entrant au bureau. Des symptômes qu’elle n’avait jamais auparavant ressentis au fil de sa carrière à ce même endroit.

« Si la qualité de l’air redevenait bonne, je pourrais revenir travailler sur place, ce serait simple comme bonjour. Je n’ai jamais eu de problèmes (pulmonaires) auparavant. Tout a débuté lorsque les rénovations ont été entamées, ç’a tout provoqué. Il y a de la poussière, en plus des chauves-souris et de moisissures. Certains ont commencé à tousser. Mon médecin a demandé que je sois retirée de cet endroit. J’ai dû prendre antibiotique après antibiotique. Je dois maintenant prendre trois pompes », s’exclame-t-elle au bout du fil. 

Forcée de travailler à la maison, elle souhaite ardemment qu’on remédie à la situation pour qu’elle puisse retourner dans le Vieux-Hull. 

« Je suis quelqu’un de sociable, qui adore travailler en équipe. La collaboration et les échanges, ça me manque. Là, je suis assise devant un ordinateur entre quatre murs, ce n’est pas trop valorisant ni motivant. [...] Et je ne suis pas là pour créer des problèmes, je veux juste être bien. Je n’ai jamais été malade comme ça dans ma vie. Laissez-moi travailler en paix, avec mes collègues et leur sourire tous les jours », raconte-t-elle au Droit. 

La dame affirme que le gouvernement fédéral aurait intérêt à faire preuve de plus de transparence au sujet de l’état des lieux aux Terrasses de la Chaudière. 

« Il y a un manque de clarté, alors que moi, ça me tient à cœur. On dirait qu’il y a trop d’échelons au fédéral, alors tout le monde se lance la balle entre différents départements ou encore demande des études », dénonce-t-elle.