Témoignage hésitant et évasif: le père nie les abus sexuels et les gestes de violence

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le père qui subit son procès depuis le début de la semaine a nié avoir agressé sexuellement ses deux enfants et les avoir violentés physiquement, admettant seulement leur avoir donné quelques claques derrière la tête lorsqu’ils n’écoutaient pas ou lorsqu’il était lui-même au bout du rouleau.

Dans le cadre de sa défense, cet homme de 51 ans a offert un témoignage hésitant et évasif, ponctué de trous de mémoire et d’invraisemblances. L’exemple le plus frappant est celui concernant les allégations de pénétration digitale dans le vagin de sa fille, alors âgée entre 7 et 11 ans. À une question de son avocate Me Martine Garceau-Lebel à savoir s’il avait effectivement posé ce geste, il a répondu que c’était impossible à cet âge-là. En contre-interrogatoire, la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, est revenue sur cette affirmation alors qu’elle attaquait sa crédibilité. Constatant qu’il tenait les mêmes propos, le juge Rosaire Larouche a lui aussi insisté auprès du prévenu en lui demandant si, en tant qu’amateur de films pornographiques, il pensait véritablement qu’on ne pouvait pas insérer un doigt dans le vagin d’un enfant de cet âge. Il a réitéré que selon lui, c’était impossible.

Toujours en lien avec les abus sexuels qu’il aurait commis sur ses deux enfants, il a indiqué ne pas leur avoir demandé des fellations. Quant à une tentative de pénétration anale sur sa fille, il a répondu: «Ça, je le nie catégoriquement.»

Il a aussi indiqué qu’il ne voit pas comment il aurait pu leur faire des attouchements. Il a cependant avoué en bafouillant qu’il lui arrivait d’aller s’allonger auprès de sa fille dans son lit le jour pour y faire une sieste. Pourtant, il avait été établi qu’au départ, elle ne faisait pas de sieste. Il a ensuite dit qu’elle en faisait mais avant de commencer l’école pour ensuite dire qu’il pouvait lui en arriver d’en faire pendant ses années de scolarité.

Quant aux épisodes de violence relatés par ses enfants, il a donné des explications. Ainsi, il soutient ne pas avoir lancé une auto Barbie sur son fils. Il aurait plutôt balancé le jouet en plastique par-dessus son épaule parce qu’il était dans ses jambes mais sans savoir que son fils était alors derrière lui. À une autre occasion, il se défend d’avoir poussé son fils dans un bac à linge. Il aurait plutôt fait un pas vers lui avec un air menaçant et c’est l’enfant qui serait tombé en exagérant son mouvement de recul. Il n’aurait pas non plus donné des coups de poing ou des coups de pied.

En fait, il a seulement admis des claques derrière la tête puisque selon lui, il a été élevé de cette façon et avoir empoigné une fois par panique les cheveux de sa fille afin de l’écarter de son frère à qui elle venait d’asséner un coup avec un 2X4 sur le visage.

Quant à l’épisode où il aurait touché le vagin de sa fille pendant une balade en quatre roues, il a précisé qu’il l’avait tout simplement prise par l’entrejambe pour la reculer vers lui afin qu’elle ne touche pas au réservoir d’essence, tout en précisant qu’elle était vêtue d’un maillot de bain.

Il a aussi nié avoir fait écouter des vidéos de pornographie aux enfants sous prétexte qu’il n’avait pas à ce moment le fil HDMI nécessaire pour connecter l’ordinateur à sa télévision.

Dans son témoignage, il a aussi été question des graves problèmes de santé de la mère des enfants à l’époque des délits qui lui sont reprochés. Il est alors devenu très émotif en parlant de cette période où il devait s’occuper d’elle et de l’ambiance qui régnait dans la maison. Toujours en lien avec un épisode de violence relaté par les enfants dans un walk-in, il a plutôt mentionné les avoir grondés en leur demandant d’être doux avec elle et qu’ils allaient devoir passer deuxièmes parce qu’elle était plus vulnérable qu’eux.

De même, il soutient que ses propos ont été mal interprétés lorsqu’il aurait dit aux enfants: «J’espère que vous allez mourir tout seuls avec personne à vos côtés». À ce sujet, il a mentionné: «Ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est plutôt que je ne voulais pas que leur mère meure toute seule».

Il a parlé de ses propres problèmes de santé aux poumons et des incapacités qui en découlent qui l’empêchent par exemple d’avoir la force nécessaire pour pousser son fils sur un mur en le maintenant au-dessus du sol comme il l’a prétendu.

Enfin, il a avoué lors du contre-interrogatoire avoir menti sur son adresse. Il a en effet déménagé depuis le début du processus judiciaire sans en aviser la cour comme requis.

Le procès va se poursuivre vendredi avec les plaidoiries des avocates.