En compagnie de la candidate Nathalie Rochefort, Justin Trudeau a rencontré des citoyens de Nicolet, mardi.

Taxation des géants du web et crise des médias: le sujet abordé au G7, selon Trudeau

Trois-Rivières — Interpellé sur la crise des médias écrits aux prises avec la fuite de revenus publicitaires vers des entreprises comme Facebook et Google, Justin Trudeau déclare que la taxation des géants du web sera assurément à l’ordre du jour de la réunion du G7 qui aura lieu en fin de semaine en France.

Le premier ministre du Canada y est allé de cette déclaration mardi à Trois-Rivières. Invité à réagir au lendemain de l’annonce d’une aide de cinq millions de dollars du gouvernement québécois pour assurer la survie des journaux de Groupe Capitales Médias, M. Trudeau affirme qu’un gouvernement ne peut trouver de solution à la pièce. La taxation des géants du web, ces entreprises qui ont quelque 80 % du marché publicitaire sur Internet en payant très peu d’impôt au Canada, doit être discutée pour ensuite être appliquée.

«On a déjà reconnu que les médias forts sont essentiels pour la démocratie. On reconnaît qu’on est dans une période difficile avec la transition numérique, les changements au niveau des médias sociaux. Il y a toujours des réflexions sur cette consolidation des médias. On reconnaît que tout le monde doit payer sa part. C’est une question dont on va parler certainement en fin de semaine au G7. La communauté internationale est en train de regarder comment on peut s’assurer que c’est équitable pour tout le système. Il faut rassembler la communauté mondiale pour ça», indique le premier ministre, tout en assurant qu’il n’imposera aucune taxe supplémentaire aux citoyens dans ce dossier.

La tempête qui frappe depuis quelques années les médias écrits est attribuable en bonne partie à la perte de revenus publicitaires. Ces revenus glissent vers ces géants du web qui diffusent du contenu journalistique, ce qui engendre du trafic sur leurs réseaux, sans toutefois payer pour ce contenu.

Selon des données récoltées par La Presse en mars 2018, Google et Facebook avaient engrangé au Canada des revenus de quelque six milliards de dollars en 2017 tout en payant un minimum d’impôts et aucune taxe sur leurs ventes de publicité en ligne.

«Dans le cadre de la taxation des géants du web, il y a une coordination internationale qui est nécessaire. C’est ce que ça prend pour avoir un impact important. La seule façon d’y arriver est de travailler en coordination avec les pays du G7 (le Canada, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie et l’Allemagne) et de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économique). On a des traités d’imposition internationale. Il faut développer une législation qui sera acceptée largement pour taxer ces gens-là», ajoute François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités et député de Saint-Maurice-Champlain.

Le ministre Champagne rappelle que le gouvernement du Canada a mis 600 millions de dollars dans un programme d’aide aux médias écrits. Selon le député de Saint-Maurice-Champlain, l’information régionale est vitale.

«Plus que jamais, on a besoin de diversité, de gens qui vont amener une vision éclairée sur l’information. Le Nouvelliste, c’est 99 ans d’histoire, d’information régionale. Je ne peux pas imaginer la Mauricie et le Centre-du-Québec sans Le Nouvelliste. Avoir un quotidien régional est essentiel.»

En juin 2018, le ministre des Finances, Bill Morneau, annonçait qu’il avait bon espoir de voir la communauté internationale s’entendre d’ici environ un an sur la façon de faire payer une taxe aux géants du web. La France vient tout juste de mettre en place une taxation de 3 % du chiffre d’affaires imposée aux géants du numérique. Le Royaume-Uni vient d’adopter un projet de loi visant à taxer les entreprises numériques à hauteur de 2 %.

Autant le gouvernement français que le gouvernement britannique souhaitent cependant trouver une solution mondiale et vont profiter de la réunion du G7 pour discuter du sujet, comme le rapportait l’Agence France-Presse en juillet.