L’économiste Clément Gignac estime que les Américains ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas se mettre tous leurs partenaires commerciaux à dos.

Tarifs sur l'acier et l'aluminium: le Canada en sortirait gagnant

Selon Clément Gignac, l’économiste en chef et vice-président d’iA Groupe Financier (Industrielle Alliance), les tensions commerciales avec la Chine ont poussé les Américains à adoucir le ton avec leurs partenaires commerciaux canadiens, mexicains et européens.

« Je trouve que c’est intéressant de voir que le secrétaire américain au Trésor (Steven Mnuchin) annonce qu’une entente de principe est imminente pour faire tomber les tarifs sur l’acier et l’aluminium avec le Canada et le Mexique, et que, la même journée, l’administration américaine annonce un report d’au moins six mois avant de décider si elle imposera des tarifs en Europe. M. Trump et son administration, qui semblent attaquer tout le monde, commencent à réaliser qu’ils ne peuvent pas mener une guerre commerciale contre la Chine et se mettre à dos les Canadiens, les Mexicains et les Européens », a mentionné l’ancien ministre, en marge d’une conférence tenue lors du congrès annuel du Conseil de l’industrie forestière (CIFQ), mercredi, à Québec.

Ces annonces pourraient même être un signe que le conflit avec la Chine pourrait être plus long que prévu, ajoute ce dernier.

Membre influent de l’administration Trump, Steven Mnuchin a prédit, vendredi, la suppression définitive des droits de 25 pour cent sur l’acier et de 10 pour cent sur l’aluminium, alors qu’il témoignait devant le sous-comité des crédits du Sénat américain.

Mercredi, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, était à Washington pour rencontrer le représentant au Commerce, Robert Lighthizer, dans une nouvelle tentative pour faire lever ces tarifs punitifs.

« Nous avons fait valoir, comme nous le faisons depuis un certain temps, que le meilleur résultat pour les Canadiens et les Américains serait de lever ces tarifs et de permettre le libre-échange entre nos deux pays », a déclaré Mme Freeland, qui a ensuite rencontré l’influent président du Comité sénatorial des finances, le républicain Chuck Grassley.

Selon Clément Gignac, si la fin des tarifs se concrétise, le Canada et le Mexique pourraient alors ratifier l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACÉUM), l’accord de libre-échange qui remplacerait l’ALÉNA.

Aux États-Unis, la signature de l’entente devrait toutefois être plus compliquée, estime John Parisella, un expert de la politique américaine et conseiller spécial chez National, car c’est le congrès, dominé par les démocrates, qui devra ratifier l’entente. « Trump va dire : ‘‘J’ai négocié, j’ai obtenu des concessions et j’ai eu une entente ; maintenant, c’est à vous de faire le travail’’ », affirme John Parisella, qui était aussi présent au congrès du CIFQ.

Selon Clément Gignac, la guerre commerciale avec la Chine, qui s’étend aux domaines de la technologie et de la sécurité nationale, annonce un repositionnement de l’approvisionnement mondial.

« Clairement, la chaîne d’approvisionnement mondiale va changer, estime l’homme qui siège sur le Conference of Business Economics, un groupe sélect de 35 économistes mondiaux – dont il est le seul Canadien – qui se réunit trois fois par année à Washington. On s’en va vers une chaîne d’approvisionnement continentale. Et pour le Canada, ça peut être un avantage. »

Par exemple, une chaîne d’approvisionnement américaine pourrait permettre de résoudre le sempiternel conflit du bois d’oeuvre, ajoute ce dernier. « Si on renforce nos liens en Amérique du Nord avec cette entente-là, qu’on enlève des tarifs sur l’acier et l’aluminium, pourquoi le bois d’oeuvre serait traité autrement ? », a-t-il questionné. avec la Presse canadienne