À l’instar de la rentrée scolaire, de la fin de session et de la relâche, les cas de surconsommation d’alcool grimpent pendant la semaine de l’Halloween.

Surconsommation d’alcool : un jeune aux urgences tous les deux jours

À l’instar de la rentrée scolaire, de la fin de session et de la relâche, les cas de surconsommation d’alcool grimpent pendant la semaine de l’Halloween. C’est notamment pour cette raison que différents partenaires ont lancé la campagne « Garde ça l’fun », visant à prévenir la consommation excessive d’alcool. Entre 2012 et 2017, les urgences de l’hôpital Fleurimont et de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke ont dénombré 855 consultations de jeunes patients pour des abus d’alcool. Ainsi, tous les deux jours, un jeune âgé entre 12 et 24 ans s’est présenté pour une urgence médicale reliée à l’alcool.

Ces données, révélées pour la première fois au public en 2017, proviennent d’une étude du pédiatre Claude Cyr et de son équipe.

Pour l’ensemble des consultations, 10 % des jeunes sont restés plus de 24 heures et un jeune patient sur 20 a présenté une insuffisance respiratoire.

« Si on ne les emmène pas à l’urgence, ils vont mourir », vulgarise Dr Cyr, au sujet de cette dernière statistique. Dans près de 25 % des cas, l’admission à l’urgence répondait à « une menace potentielle pour la vie ».

« Médicalement, et d’un point de vue de la recherche, on a vraiment été surpris par le nombre de complications, des complications qui ne sont pas décrites dans les livres : de l’arythmie cardiaque, des convulsions assez fréquentes... »

« La semaine de l’Halloween, c’est trois fois plus de jeunes qui vont à l’urgence », note Dr Cyr. La campagne de sensibilisation est notamment déployée dans les établissements d’enseignement supérieur et dans des autobus de la Société de transport de Sherbrooke (STS). Elle propose des messages comme « C’est correct de caler un verre d’eau ». Parce que, mine de rien, ce simple geste peut aider grandement à diminuer le taux d’alcoolémie, note Dr Cyr.

Entre 2012 et 2017, les urgences de l’hôpital Fleurimont et de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke ont dénombré 855 consultations de jeunes patients pour des consommations excessives d’alcool, montre une étude du pédiatre Claude Cyr, également chercheur et professeur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS.

Devant le portrait troublant de l’étude sherbrookoise, différentes mesures ont été mises en place dans la communauté sherbroookoise afin de réduire les méfaits de l’alcool chez les jeunes.

Parmi elles, outre la campagne de sensibilisation, une zone sécuritaire est créée depuis deux ans à la Fête du lac des Nations.

Des intervenants vont à la rencontre de jeunes qui semblent éméchés. Le nombre d’admissions aux urgences durant la Fête du lac est passé de six à deux, précise Dr Cyr. Avec le succès rencontré, d’autres zones sécuritaires pourraient voir le jour sur le territoire sherbrookois, précise Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politiques au Centre canadien sur les dépendances et l’usage des substances (CCDUS). Mme Paradis est aussi vice-présidente du Partenariat en éducation postsecondaire — Méfaits de l’alcool (PEP-MA), qui regroupe plusieurs collèges et universités canadiennes, dont l’Université de Sherbrooke et l’Université Bishop’s.

« Avec notre collecte de données, on est en mesure d’identifier les moments très à risque ainsi que les lieux très à risque. Sur la base de ces données-là, on peut très bien cibler les moments et les endroits où on devrait mettre sur pied d’autres espaces sécuritaires. Ce sont des choses dont on va discuter au comité de travail de Sherbrooke, Ville en santé. »

Les urgentologues ont aussi quelque peu modifié leur approche. Même nous, médicalement, on avait tendance à banaliser ces hospitalisations », indique Claude Cyr, qui est aussi chercheur au Centre de recherche du CHUS et professeur à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

« On a fait la promotion d’une stratégie prouvée scientifiquement comme étant efficace, qui est une entrevue motivationnelle, qui se fait rapidement à l’urgence, qui peut être faite par la travailleuse sociale ou par l’urgentologue. Ils se sont engagés à faire ça et une référence à nos centres de réadaptation sur les dépendances, qui offrent un suivi téléphonique... » explique M. Cyr.

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Une étude qui fait des petits

Des collectes de données comme celles du pédiatre Claude Cyr et son équipe sont maintenant menées ailleurs au Québec et au Canada.

« Cette étude-là a tellement eu de succès, tellement attiré l’attention de plein de gens — jusqu’à Santé Canada et même la ministre fédérale de la Santé — qu’on a décidé de l’élargir et d’inviter d’autres centres au Canada à faire pareil. À l’heure actuelle, on mène un projet de recherche en partenariat avec les urgences d’Halifax, la ville de Québec et de Saskatoon. Ces centres-là collectent des données depuis 2012. On va regarder le nombre de jeunes admis aux urgences pour une urgence médicale liée à leur consommation d’alcool, mais aussi de cannabis et d’opioïdes. La problématique la plus sévère, ça demeure celle de l’alcool », commente Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politiques au Centre canadien sur les dépendances et l’usage des sybstances (CCDUS). 

Mme Paradis est aussi vice-présidente du Partenariat en éducation postsecondaire — Méfaits de l’alcool (PEP-MA). 

Par ailleurs, le cumul de données se poursuit dans les deux hôpitaux sherbrookois du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. La collecte a été étendue aux opioïdes et au cannabis. 

L’étude menée entre 2012 et 2017 a aussi permis de mieux cerner les facteurs qui font en sorte que des jeunes se retrouvent à l’urgence lors de soirées trop arrosées... et parfois même aux soins intensifs. Dr Cyr cite notamment les mélanges d’alcool incluant de l’alcool fort.