Le Centre des arts de Shawinigan se retrouve au cœur d’un litige entre la Ville et la famille de Carole Genest, décédée en raison d’un accident dans cette salle de spectacle en septembre 2017.

Shawinigan poursuivie pour 200 000 $ après le décès d'une personne à mobilité réduite

SHAWINIGAN — Le décès de Carole Genest au Centre des arts juste avant un spectacle mettant en vedette Fabien Cloutier, le 29 septembre 2017, incite son conjoint et ses enfants à réclamer 200 000 $ en dommages à la Ville et à la Corporation culturelle de Shawinigan. Dans la requête déposée en Cour supérieure le 23 mai, la famille prétend que les lacunes observées pour les personnes à mobilité réduite dans cette salle ont causé ce malheureux accident.

Les circonstances du décès de Mme Genest étaient passées sous silence jusqu’à ce que le directeur général et artistique de Culture Shawinigan, Bryan Perreault, utilise cet exemple pour démontrer la désuétude du Centre des arts. Il avait publiquement soulevé cet enjeu lors d’un déjeuner organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, le 17 avril dernier.

En entrevue avec l’animateur Robert Pilotte au 106,9 FM le lendemain, M. Perreault avait dévoilé les grandes lignes de cet incident, qui mettait possiblement en cause, selon ses dires, la pente trop abrupte du parterre. Ne pouvant s’entendre avec la Ville de Shawinigan depuis une mise en demeure envoyée le 5 décembre 2018, la famille a déposé une demande introductive d’instance en dommages la semaine dernière.

Trois demandeurs sont inscrits au dossier, à savoir le conjoint et proche aidant de la défunte, Serge Massicotte, de même que les enfants de la dame de 60 ans, Johanie et Simon Lesieur. Ils sont représentés par la firme d’avocats Beauvais Truchon de Québec.

Selon leur récit, le 29 septembre 2017, Mme Genest et une voisine s’étaient déplacées au Centre des arts pour assister au spectacle de Fabien Cloutier. Puisqu’elle se déplaçait en fauteuil roulant, Mme Genest prenait habituellement place dans la section réservée aux personnes à mobilité réduite, à l’arrière de la salle Philippe-Filion.

Or, le placier la dirige plutôt à l’avant, puisque selon les informations obtenues par Le Nouvelliste, ce spectacle était offert en demi-salle. L’habituelle section arrière réservée aux personnes à mobilité réduite était fermée, de sorte qu’il n’existait aucun espace dédié à cette clientèle avec cette formule plus intime.

En se rendant vers l’avant de la salle, l’angle du plancher surprend Mme Genest, selon la requête.

«(...)Dès que la défunte s’engage dans l’allée menant vers l’avant de la salle, elle perd le contrôle de son fauteuil roulant, en raison de l’angle prononcé de la pente», plaident les demandeurs.

Ni le placier ni l’accompagnatrice ne réussissent à retenir la pauvre dame.

«La descente de la défunte s’arrête finalement lorsqu’elle entre violemment en collision avec les escaliers menant sur la scène, lesquels se trouvent directement au pied de la pente menant vers l’avant de la salle (...)», raconte la partie demanderesse. «L’impact est si violent que la défunte est éjectée de son fauteuil et se retrouve face première dans les escaliers. Les jambes de la défunte sont alors coincées entre son fauteuil et les escaliers et il est impossible pour elle de se déplacer.»

«Bien qu’un médecin se trouvant dans la salle intervienne pour lui porter secours et que des techniciens ambulanciers soient rapidement mobilisés sur place, la défunte succombe malheureusement au choc et aux blessures occasionnées par sa chute.»

Mme Genest était atteinte du syndrome post-poliomyélite, entraînant des problèmes respiratoires et une paralysie des membres inférieurs. Selon la requête, rien n’indiquait toutefois qu’elle risquait de succomber de cette maladie dans un avenir prévisible.

Aveux

En avril, M. Perreault avait donné plusieurs entrevues à la suite de sa sortie devant les membres de la CCIS, où il plaidait la nécessité de construire un nouveau Centre des arts tellement l’actuel est devenu désuet. Il relevait notamment que la pente de la salle de spectacle ne répondait plus aux normes.

Or, il s’agit justement, pour les demandeurs, de l’élément principal qui explique le décès de Mme Genest.

«(...)Tel qu’admis par M. Perro, représentant de la Corporation, l’immeuble est non seulement désuet, mais tout simplement dangereux vu les pentes hors normes qui s’y trouvent», indique la requête. «Cette admission de M. Perro constitue un aveu extrajudiciaire de la responsabilité de la Corporation à l’égard du décès de la défunte, survenu précisément en raison de l’angle d’une pente se trouvant dans le Centre des arts.»

En conséquence, M. Massicotte réclame 100 000 $ en guise de compensation «pour la peine, la douleur, le stress et les inconvénients occasionnés par la perte de sa conjointe», qui partageait sa vie depuis 25 ans.

Bien que les enfants de Mme Genest n’habitaient plus avec leur mère, les liens qu’ils continuaient à entretenir avec elle les incitent à réclamer chacun 50 000 $, pour les mêmes motifs.

La requête réclame également les intérêts sur ces montants, qui courent depuis la mise en demeure initiale acheminée le 5 décembre 2018.

À noter que les demandeurs déplorent que malgré ce triste événement, des places situées à l’avant de la salle Philippe-Filion sont toujours utilisées pour les personnes à mobilité réduite.