L’auteur Daniel Brouillette a choisi de parler de puberté, de sexualité et d’adolescence sur un ton intimiste et totalement décomplexé.

Sexualité et puberté: parler aux gars dans leurs mots

Daniel Brouillette ne craint pas les sujets tabous. Il ne craint pas de choquer non plus. Avec son nouveau guide La masturbation ne rend pas sourd ! , l’auteur jeunesse souhaite parler de puberté et de sexualité aux garçons, de façon décomplexée et dans leurs propres mots.

« Selon moi, c’est important de parler de tout et de rire de tout. Plus on parle de sujets tabous, mieux c’est, croit le Granbyen d’origine. Je voulais un titre-choc et j’ai été surpris que l’éditeur l’accepte. C’est la première fois qu’un de mes projets fait l’unanimité à ce point. Je pense que tout le monde réalise à quel point c’est un sujet nécessaire. »

Après avoir enseigné au primaire durant quelques années, Daniel Brouillette a choisi de gagner sa vie en écrivant. On le connaît surtout pour ses séries Bine et Couche-toi moins niaiseux, dont le ton est résolument drôle et irrévérencieux.

Avec La masturbation ne rend pas sourd ! , il souhaitait conserver cette touche de folie intimiste, pas trop moralisatrice, mais sans s’éloigner du volet didactique. Pas question pour lui d’écrire un ouvrage s’apparentant à « une brochure de CLSC » !

On en est bien loin, en effet. Le propos et des éléments visuels (bonjour les poils et les boutons d’acné) pourraient en heurter certains, mais la plupart y verront une manière ludique — et hyper réaliste — de parler « des vraies affaires ».

L’anatomie masculine, l’hygiène, la masturbation, l’identité sexuelle, la séduction à l’ère des médias sociaux, le corps des filles, les relations sexuelles, les infections transmises sexuellement, la pornographie, la notion de consentement, « les conneries d’ado » — oui, le monsieur a déjà eu un casier judiciaire —, l’intimidation et la consommation... rien n’est glissé sous le tapis des convenances.

Manifestement, remettre sa casquette d’ado de 14 ans ne lui a pas exigé beaucoup d’efforts. « Revenir à ma jeunesse, c’est ce que je fais constamment pour écrire. C’est un exercice intéressant ! », fait remarquer le quadragénaire, qui va régulièrement dans les écoles pour donner des conférences. S’adresser aux garçons, la clientèle cible de ses bouquins, allait donc de soi.

Pour que ceux-ci se sentent directement interpellés, il n’a pas non plus hésité à confier des pans très personnels de son adolescence, dont sa méga peine d’amour, gracieuseté d’une certaine Maxime. « Ça me rend plus humain à leurs yeux. Et si en me livrant, je peux aider ne serait-ce que deux jeunes, ce sera ça de gagné. »

Pour valider la totalité de ses écrits, ce dernier dit avoir fait appel à des mères, des enseignantes, une médecin et une infirmière clinicienne en milieu scolaire.

Publié aux Éditions les Malins, La masturbation ne rend pas sourd ! paraîtra le 16 mai prochain.

Sexualité et côtés sombres

La masturbation ne rend pas sourd ! trottait dans la tête de Daniel Brouillette depuis un bon moment. « Ça fait quatre ans que je voulais faire un tel projet. Quand on a annoncé le retour des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, je me suis lancé, en me demandant ce que je pouvais apporter de différent en tant que gars », explique-t-il, en se réjouissant que les jeunes aient à nouveau accès à ces cours. « Je trouve que notre rapport à la sexualité n’a pas évolué au cours des 30 dernières années ! », déplore le papa de trois enfants. « En 1989, j’étais en sixième année et une infirmière était venue nous montrer à dérouler un condom sur un pénis de bois. Aujourd’hui, ça ferait scandale... »

Mais il n’est pas question que de sexualité dans ce livre. Daniel Brouillette aborde également les côtés plus sombres de l’adolescence, n’hésitant pas à survoler les problèmes d’anxiété, de dépression et de suicide.

C’est d’ailleurs ce dernier chapitre qui lui a donné le plus de fil à retordre, admet-il. Parce que c’est délicat, parce qu’il fallait bien documenter son propos. « C’est difficile de différencier le stress de l’anxiété, la déprime de la dépression... J’ai dû le réécrire au complet. »

Le livre se termine par une lettre de son cru intitulée « Au futur homme que tu es » et dans laquelle il lance un message simple et terre-à-terre aux garçons, y allant d’un « lâche pas, mon homme » bien senti.

Bref, Daniel Brouillette explique l’adolescence comme il aurait aimé qu’on la lui explique.

« Je pense que j’ai vraiment fait le tour de tous les sujets possibles dans ce livre. Si, malheureusement, j’ai oublié quelque chose, on les ajoutera dans les rééditions. Je suis certain que c’est un livre qui va évoluer avec les années », dit-il.

« Mon souhait, c’est qu’avec ce bouquin, les jeunes aient envie de lire un livre qu’ils n’auraient jamais lu autrement. Mon autre souhait, c’est qu’un parent me dise un jour que ce livre lui a permis de jaser de sexualité avec son enfant. »

Et parce qu’il n’est jamais à court de défis, il souhaite aussi aller à la rencontre des élèves du secondaire pour parler, face à face, de toutes ces choses qui méritent d’être dites.