Andrée-Anne Deschênes lors de son passage au palais de justice de Shawinigan mardi.

Série de fraudes dans des pharmacies: une ex-infirmière plaide coupable

Shawinigan — Une ex-infirmière de la région, Andrée-Anne Deschênes, a plaidé coupable, mercredi, au palais de justice de Shawinigan, à plus d’une trentaine d’accusations presque toutes reliées à des fraudes à l’identité, la fabrication et l’utilisation de faux documents.

Entre septembre et décembre 2018, la jeune femme de 27 ans de Notre-Dame-du-Mont-Carmel s’est en effet présentée dans 12 pharmacies de la région en fournissant une fausse identité et de fausses prescriptions afin d’obtenir des opioïdes pour son usage personnel, plus précisément de l’oxycontin ou de l’oxycodone. Dans la majorité des cas, elle a été incapable d’obtenir ce qu’elle voulait. Compte tenu de la nature des médicaments réclamés, de l’écriture qui apparaissait sur les prescriptions (trop lisible notamment) ou de l’absence d’une preuve d’identité, les pharmaciens ont en effet pris soin de vérifier la validité du document auprès du médecin. À d’autres occasions, ils ont aussi été alertés via leur système interne ou un regroupement de pharmaciens sur Facebook. En fait, elle a réussi à obtenir des médicaments à quatre reprises sur 16 tentatives.

Tel que l’a expliqué Me Valérie Thiffeault Duchemin au juge Jacques Trudel, sa cliente souffre de fibromyalgie, une maladie qui a d’ailleurs fait l’objet d’un diagnostic formel et qui lui a valu des prescriptions d’opioïdes de son médecin traitant.

Or, elle trouvait que les quantités étaient insuffisantes pour atténuer ses douleurs. Qui plus est, elle a appris qu’elle ne serait plus en mesure de travailler comme infirmière si on devait lui remettre des doses plus élevées, déjà qu’elle ne voulait pas en consommer dans le cadre de ses fonctions.

Elle a donc entrepris de fabriquer de fausses prescriptions et de se rendre dans des pharmacies en fournissant l’identité d’une personne différente à chaque fois pour obtenir la médication souhaitée. Il s’agissait certes de personnes réelles mais elle n’avait pas de papiers d’identité pour le confirmer. Pour payer, elle utilisait par contre sa propre carte de crédit ou de débit. Elle donnait même son numéro de téléphone en cas de besoin.

Au terme d’une enquête policière, Mme Deschênes a été arrêtée à la fin de l’année et remise en liberté avec des conditions dont celles de garder la paix et de ne plus se rendre dans des pharmacies, des conditions qui ont cependant été enfreintes en décembre 2018 dans une autre pharmacie, d’où un plaidoyer sur des chefs de bris d’engagements. Le procureur de la Couronne, Me Louis-Philippe Desjardins, a souligné que la preuve était évidemment très forte dans cette affaire, d’autant plus que l’ex-infirmière a été filmée par des caméras de surveillance.

Les délits ont été commis dans des pharmacies de Shawinigan, Saint-Narcisse, Trois-Rivières et Bécancour. D’un autre côté, ils ne sont pas survenus dans le cadre du travail de Mme Deschênes, a tenu à préciser l’avocate de la défense. Elle a également indiqué que celle-ci avait de toute façon cessé le travail en raison de son état de santé et de sa mauvaise gestion de sa médication à la fin de septembre 2018. Présentement, elle n’est plus inscrite au tableau de l’Ordre des infirmières.

Depuis, il semble toutefois qu’elle s’est reprise en main sur le plan de sa dépendance. Son avocate a présenté à la cour un document démontrant son cheminement à Domrémy et la dame ne prend plus d’opioïdes, dont le degré d’accoutumance est réputé être très élevé. Son médecin lui a prescrit des médicaments d’une autre nature.

En tenant compte de son plaidoyer de culpabilité, des faits de la cause et de son absence d’antécédent judiciaire, le juge a approuvé la suggestion des avocats afin qu’elle fasse l’objet d’un rapport présentenciel pour le guider sur la peine à prononcer. La cause a donc été reportée au 12 février.