Le peintre trifluvien bien connu Serge Brunoni est décédé mercredi. Il avait 81 ans.

Serge Brunoni n’est plus

Trois-Rivières — C’est avec une grande tristesse que le milieu culturel a appris mercredi le décès du peintre trifluvien Serge Brunoni. Celui-ci a marqué la scène régionale des arts visuels à travers une carrière de plus de cinquante ans qui lui a permis d’être représenté dans un grand nombre de galeries d’un bout à l’autre du pays.

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Né en septembre 1938 à Igny-sur-Braise, en Lorraine, il a immigré au Canada en 1963 après trois années au sein des troupes coloniales françaises en Afrique noire et s’est immédiatement établi à Trois-Rivières. Peintre autodidacte, il s’est rapidement fait un nom grâce à une touche caractéristique et un travail acharné. On évalue qu’il aurait réalisé près de 8000 toiles au cours de sa carrière pour une moyenne de quelque 160 tableaux par année, et ce, malgré que la maladie ait ralenti son rythme de production au cours des dernières années. Le nom de Serge Brunoni est associé à des paysages urbains du Vieux-Montréal, du Vieux-Québec ou même de la rue des Ursulines à Trois-Rivières au même titre qu’à des scènes croquées dans la quiétude des bois. C’est en 1970 qu’il a commencé à peindre et sa première exposition solo date de 1976. Il est représenté dans pas moins d’une dizaine de galeries privées à travers le Canada. À noter que l’artiste réservait depuis plusieurs années, l’équivalent de 5 % de sa production pour diverses causes caritatives.

En 2012, il a été décoré de la médaille du Jubilée de Diamant dans le cadre des célébrations du 60e anniversaire du règne de la reine Élisabeth.

Le peintre trifluvien Normand Boisvert a été un compagnon d’armes de longue date. Il le savait malade mais c’est Le Nouvelliste qui lui a appris son décès. «C’est un choc. Je trouve ça vraiment triste. On a commencé à peindre ensemble dans les années 70, alors qu’il venait à mon atelier et on est toujours demeurés amis. On a eu un parcours assez similaire: nous sommes distribués à travers pas mal les mêmes galeries au Canada. On s’est tous les deux bien débrouillés de sorte qu’on a été parmi les rares qui ont pu vivre de leur art pendant de nombreuses années. Il a eu une très belle carrière.»

Le choc de la disparition du peintre a été ressenti jusqu’à Baie Saint-Paul où Stéphane Bouchard, propriétaire de la Galerie d’art Iris qui présente de ses œuvres depuis plus de 25 ans, vit un véritable deuil. «Nous avons appris son décès ce matin (mercredi) et nous sommes très affectés à plusieurs niveaux. D’abord humain, parce que Serge était la définition même d’un chic type. C’était carrément un ami de la famille. Nous avons travaillé ensemble sans avoir de contrat et il a toujours été très généreux avec nous. Nous avons présenté sa toute dernière exposition l’automne dernier et je le savais diminué par l’emphysème mais il a tout fait pour nous fournir une vingtaine de nouvelles œuvres. C’était quasiment miraculeux qu’il y soit arrivé. Notre longue collaboration a été bien au-delà de ce qu’on peut attendre d’un artiste.»

«Par ailleurs, on perd aussi un artiste exceptionnel. Une galerie vit grâce aux ventes qu’elle fait et Serge a toujours eu beaucoup de succès. Il a constamment été parmi nos dix meilleurs vendeurs. Le public aime qu’il soit toujours sur la frontière entre l’abstraction et le figuratif. Il peignait des paysages mais si on regarde de près, il s’agit essentiellement de taches de couleurs ou de vagues traits qui ne prennent forme qu’avec du recul. Il avait un instinct exceptionnel. C’était un peintre du geste, pas un cérébral. Parmi plus de soixante artistes qu’on représente, c’était un des trois ou quatre qui m’impressionnaient le plus à regarder travailler. Il pouvait créer un tableau magnifique tout en discutant.»

«J’ai vu son œuvre évoluer dans le temps: il s’est épuré, allant encore plus à l’essentiel de l’image parce qu’il avait le trait juste. Il donnait vie à ses personnages juste par le coup de pinceau et surtout, c’était un coloriste exceptionnel. Il n’a jamais changé sa palette de couleurs pour être dans une tendance mais à l’intérieur de cette gamme, il savait créer des contrastes extrêmement efficaces et évocateurs. On vient de perdre un grand artiste.»

Quant à savoir si sa cote va monter avec sa disparition, Serge Bouchard dit être incapable de l’évaluer. «C’est toujours du cas par cas. Les collectionneurs savaient depuis un moment que sa production baissait à cause de la maladie et sa cote a augmenté d’à peu près 20 % au cours de la dernière année. Comme il n’y aura plus d’autres œuvres qui vont arriver sur le marché et qu’il est toujours en demande, je m’attends à ce que la valeur de ses tableaux augmente d’un autre 30 %, peut-être.»

Directrice des arts visuels à Culture Trois-Rivières, Marie-Andrée Levasseur estime que Serge Brunoni est un artiste incontournable à Trois-Rivières. «Il a été très important dans le paysage des arts visuels trifluviens. Il a eu un impact ici mais également bien au-delà de la région. En tant que conservatrice de la collection de la ville, j’estime essentiel que nous possédions de ses œuvres; heureusement, c’est le cas. Il a beaucoup produit et même alors qu’il était malade, il continuait de travailler: je pense que peindre faisait carrément partie de sa vie.»

«Son travail est toujours facilement reconnaissable. Il avait cette capacité de conjuguer des couleurs pour créer une vibration particulière qui donnait l’illusion du mouvement. Les scènes qu’il peignait avaient toujours le don d’évoquer des souvenirs et de créer des émotions chez le spectateur.»

Serge Brunoni laisse dans le deuil ses deux fils, Nicolas et Hugues.