Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Serait-il éthique d'utiliser un robot sexuel simulant Justin Trudeau sans son consentement?

Serait-il mal d’utiliser un robot sexuel simulant le premier ministre Justin Trudeau sans son consentement? La réponse n’est ni noire ni blanche. Tout dépend du courant éthique auquel chacun adhère, expose un chercheur de l’Université de Montréal (UdeM).

Chercheur en éthique de l’intelligence artificielle à l’UdeM, Martin Gibert admet d’emblée que le titre de sa conférence, présentée jeudi à Gatineau dans le cadre du congrès de l’ACFAS, est un peu «un piège à journalistes».

La question sur laquelle il s’est penchée — à savoir s’il serait mal de se servir d’un robot à l’effigie de Justin Trudeau à des fins sexuelles — permet tout de même d’explorer les différentes réponses possibles.

Le chercheur a voulu étudier l’impact des robots sexuels sur les individus, et non sur des groupes comme les femmes ou les minorités visibles, afin d’«évacuer» les questions liées aux stéréotypes. Son choix s’est arrêté sur le premier ministre du Canada, mais il aurait très bien pu opter pour quelqu’un d’autre comme le président français Emmanuel Macron, a-t-il souligné.

«Ça fait rire mes collèges du centre de recherche en éthique, a mentionné M. Gibert. Les gens savent qui c’est, et ce n’est pas complètement irréaliste [parce que] clairement, il y a des gens qui fantasment sur Justin Trudeau.»

L’«expérience de pensée» dans laquelle il s’est lancé supposait qu’un robot sexuel à l’effigie de Justin Trudeau soit utilisé sans que le premier ministre le sache.

Le chercheur estime qu’avec la société «quand même libérale» du Canada, «la majorité des gens endossent le principe de non-nuisance, donc le principe de John Stuart Mill qui dit que si ça ne fait de tort à personne, c’est correct».

Selon ce principe, puisqu’il est «acceptable d’avoir des fantasmes sur quelqu’un sans lui demander son consentement», la «matérialisation» du fantasme n’ajoute rien qui puisse rendre problématique l’utilisation d’un robot sexuel représentant une personne en particulier.

La donne changerait évidemment si un tel robot était utilisé devant une caméra filmant la scène et que le tout était diffusé. Justin Trudeau pourrait alors «être légitimement choqué», souligne M. Gibert. Dans un tel cas, des «enjeux légaux» entreraient aussi en ligne de compte, mais le chercheur a exclu toute considération du droit à l’image dans son exercice.

À l’opposé de ceux qui croient que ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal, des gens pourraient être offusqués de savoir qu’il existe un robot sexuel aux allures de Justin Trudeau. «Il y a des théories préférentialistes qui vont dire que […] si j’ai un désir de ne pas être utilisé comme robot sexuel, quand bien même que je ne le sais pas et que quelqu’un le fait, ça peut affecter mon bien-être», a expliqué le chercheur.

La même analyse pourrait se transposer chez des proches du premier ministre, entre autres chez sa conjointe Sophie Grégoire, croit Martin Gibert. Si l’épouse de M. Trudeau «a un désir que personne ne couche avec un robot qui simule son conjoint, elle serait affectée». «Si, en revanche [...], elle considère que le bien-être c’est simplement les expériences qu’elle éprouve et qu’elle n’est pas au courant, dans ce cas-là, ça ne va rien changer à son bien-être, expose le chercheur. Mais encore une fois, on est dans une expérience de pensée. Parce que s’il y avait un robot qui était développé à l’effigie de Justin Trudeau, ça risquerait de se savoir et ça, ça pourrait affecter psychologiquement l’un et l’autre.»

M. Gibert note qu’il y a «peu de chances», pour des raisons légales, qu’un robot sexuel représentant le premier ministre du Canada soit un jour commercialisé. «Ce qui pourrait arriver, c’est que ce soit illégal, mais qu’il y ait des genres de versions pirates […] du visage ou de la voix de Justin Trudeau qu’il soit possible de télécharger sur le darkweb», souligne-t-il toutefois.

Martin Gibert a admis s’être «un peu posé la question» à savoir s’il y avait des enjeux éthiques à faire une conférence sur cette question sans en aviser M. Trudeau. «C’est sûr que si j’apprenais que ça affecte son bien-être de savoir qu’il y a eu un panel où on parlait de ça, oui, je serais embêté», a-t-il mentionné.