Sylvie Boisclair déplore le fait que les professionnels de la santé ne croient que très rarement les doléances des parents ou des intervenants.
Sylvie Boisclair déplore le fait que les professionnels de la santé ne croient que très rarement les doléances des parents ou des intervenants.

Santé mentale: «Ces personnes ont besoin d’aide», implore une mère dont la fille est décédée

TROIS-RIVIÈRES — Au cours des derniers mois, un certain nombre de personnes atteintes de problèmes de santé mentale sont décédées après avoir été prises en charge au sein d’un établissement de santé. À la suite de ces malheureux événements, des citoyens ont tenu à prendre la parole afin de souligner l’importance d’agir de la bonne façon auprès de cette clientèle «différente, mais tout de même humaine». C’est le cas de Sylvie Boisclair, une Trifluvienne dont la fille est décédée dans des circonstances semblables en avril dernier.

«Il y a au Québec de grandes difficultés en ce qui concerne les personnes souffrant de troubles de santé mentale. Dans les urgences, ces personnes sont souvent mises de côté et évaluées hâtivement de par leurs comportements. Si elles ont consommé des psychotropes, ce qui arrive souvent, elles sont étiquetées et évaluées rapidement, car elles sont bizarres et dérangeantes. Cependant, derrière cette toxicomanie, il y a des personnes souffrantes, qui consomment afin d’atténuer leurs symptômes et détresse. C’était le cas de ma fille», raconte dans une lettre la mère d’Émilie-Jade Boisclair, 32 ans, décédée le 27 avril dernier à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec.

Lors de cette soirée, la jeune femme aurait consommé de la drogue, notamment du GHB. Selon les faits relatés par sa mère, elle se trouvait dans un dépanneur lorsqu’elle a commencé à avoir des endormissements répétitifs. Elle tombait au sol et se relevait quelques minutes plus tard. Aussitôt, la commis de l’endroit aurait contacté les autorités pour qu’Émilie-Jade soit prise en charge. Cette dernière a donc été conduite au centre hospitalier, où un médecin l’a évaluée, puis renvoyée rapidement à la maison, pensant qu’elle ne risquait rien.

Or, une fois sortie de l’hôpital, avec un ami, la femme a subi un arrêt cardiorespiratoire. L'homme qui l’accompagnait s'est rendu compte de son état après quelques minutes et a contacté les ambulanciers afin qu’elle soit transportée le plus rapidement possible à l'institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Après de nombreuses tentatives de réanimation, le décès d’Émilie-Jade Boisclair a été constaté.

Laissée dans le deuil, sa mère a tenu à déplorer la façon dont on a pris soin de sa fille à l’hôpital. Selon elle, les autorités médicales présentes ont fait preuve de négligence en renvoyant trop rapidement une femme visiblement dans un état précaire à la maison.

«Ce qu’on m’a dit, c’est que ma fille ne voulait pas rester et qu’elle avait refusé l’aide qui lui était offerte en ce qui a trait à la toxicomanie. De mon côté, je crois que ce n’était pas le temps de lui poser cette question-là en ce sens où elle était clairement intoxiquée. Ça a pris cinq minutes et elle était sortie de l’urgence», soutient Sylvie Boisclair, qui agit elle-même à titre de psychoéducatrice en santé mentale depuis maintenant plus de 20 ans.

«Si les personnes responsables avaient regardé comme il faut le dossier médical, elles auraient rapidement pu se rendre compte qu’Émilie-Jade avait des antécédents médicaux, dont de l’asthme. De plus, bon nombre de professionnels avaient observé des symptômes risqués chez elle», a-t-elle ajouté.

Deux événements impliquant des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale se sont produits dans les derniers jours, soit le meurtre de Suzanne Desjardins commis par son fils, à Drummondville, ainsi que le décès d’un jeune homme de 21 ans traité à l’unité de réadaptation comportementale intensive de Centre multiservices de santé et de services sociaux Saint-Joseph de Trois-Rivières.

«Un problème récurrent»

Par ailleurs, l’histoire d’Émilie-Jade Boisclair ne représente malheureusement pas un cas isolé. Il n’y a qu’à se remémorer le décès tout récent d’un jeune homme de 21 ans au Centre multiservices de santé et de services sociaux Saint-Joseph de Trois-Rivières, vendredi dernier.

Même constat en ce qui a trait au drame qui s’est produit à Drummondville, dimanche. Jean-Luc Ferland, connu pour ses problèmes de santé mentale, aurait alors tué sa mère, Suzanne Desjardins, après qu’elle eut tenté en vain de lui faire subir une évaluation psychologique. L’homme de 32 ans a ensuite été inculpé, mardi, au palais de justice de Drummondville, du meurtre non prémédité de sa mère.

«Cette maman avait tenté d’aller chercher de l’aide auprès des policiers en dénonçant les comportements très préoccupants de son fils. Malgré ses dénonciations, elle n’a pas été entendue et la résultante est son décès. Son fils souffrait d’ailleurs assurément de troubles de santé mentale et était décompensé à ce moment», a indiqué Sylvie Boisclair.

Celle-ci affirme également que ces incidents se produisent trop souvent au Québec et qu’il est primordial pour les centres hospitaliers d’agir rapidement afin d’enrayer pour de bon cette problématique.

«Malheureusement, c’est un problème qui est récurrent. La santé mentale est un peu l’enfant pauvre du réseau de santé provincial. Il faut impérativement que les gens comprennent que ces personnes ont besoin d’aide et doivent être traitées par des professionnels qualifiés, qui savent comment agir auprès d’elles. Pour évaluer convenablement quelqu’un, il faut prendre le temps. Je comprends que les médecins puissent être occupés par moment, mais des équipes de personnes compétentes pourraient être formées afin de prendre en charge les individus atteints de maladies mentales», explique Mme Boisclair.

Dans l’exercice de ses fonctions, cette intervenante en santé mentale dit avoir souvent été contrainte de se disputer avec des professionnels de la santé dans le but de produire un rapport P38, stipulant qu’un patient aux prises avec des problèmes mentaux représente un danger pour lui ou pour autrui et doit être pris en charge sérieusement.

Difficile de porter une plainte fructueuse

Désireuse de voir les choses changer dans les milieux hospitaliers québécois, celle dont la fille est décédée en avril dernier a porté plainte à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec afin de dénoncer les agissements du médecin impliqué. Toutefois, à ses yeux, sa plainte ne servira à rien, puisqu’elle sera analysée par un collègue du présumé fautif.

Émilie-Jade Boisclair a perdu la vie le 27 avril dernier après qu’un médecin l’eut, semble-t-il, renvoyée hâtivement chez elle.

«On peut porter plainte, mais malheureusement, ça ne donne jamais grand-chose. Ces doléances sont analysées par des médecins, qui font tout en leur pouvoir pour protéger leurs collègues. Dès que j’ai envoyé ma lettre, je venais de perdre», a spécifié Sylvie Boisclair.

Cette dernière souhaite que sa sortie médiatique contribue à enrayer ce problème dans les hôpitaux. «Pour moi, ça doit sortir. Je vais assurément écrire au ministère de la Santé et des Services sociaux pour en parler. Il faut absolument que ça arrête. Il suffit de parler à des intervenants ou des parents pour constater que mon opinion est partagée. Ce sont peut-être des gens malades, mais ça demeure des êtres humains. Moi, ma fille avait 32 ans, c’est trop jeune pour mourir», conclut-elle.