Le RAPQ veut que la CNESST reconnaisse d'autres types de cancers comme maladies professionnelles pour les pompiers, notamment ceux du cerveau, du côlon et des testicules.

Risques de cancer chez les pompiers: Québec interpellé

Il est urgent de hausser le nombre de cancers reconnus comme maladies professionnelles, estime le Regroupement des associations de pompiers du Québec (RAPQ), qui représente 4500 membres y compris ceux du Service de sécurité incendie de Gatineau. La Belle Province doit emboîter le pas aux autres provinces, martèle-t-on.

L’organisation a exhorté vendredi le gouvernement Legault à soutenir les revendications des pompiers québécois auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) afin que d’autres types de cancers, notamment ceux du cerveau, du côlon et des testicules, soient ajoutés à la liste incluse dans la politique intitulée «L’admissibilité à la lésion professionnelle».

Au printemps 2016, «après 15 ans de bataille et de représentations», dit-on, la CNESST avait accepté d’inclure sept cancers, dont ceux du poumon, du rein et de la vessie. Or, malgré cette avancée, le Québec est encore l’un des derniers de classe en la matière à la fois à travers le pays et en Amérique du Nord, soutient le RAPQ.

«On veut que la liste soit bonifiée, il en revient au gouvernement d’agir. À plusieurs endroits, une quinzaine de cancers sont reconnus, sans compter des maladies cardiaques. Les incendies et le niveau de risque ne sont pourtant pas différents. Les pompiers méritent la même protection qu’ailleurs au pays. [...] En plus, il y a une nuance, car au Québec il s’agit d’une reconnaissance administrative, il n’y a pas de législation propre aux pompiers comme dans les autres provinces. Un document administratif, comparativement à une loi, est facile à changer. C’est la grande différence. Et le fardeau de la preuve incombe au travailleur, tandis qu’ailleurs c’est renversé et ça revient à l’employeur», explique le président du regroupement, Chris Ross.

Selon diverses études, les pompiers ont de 20 à 200% plus de chances de recevoir un diagnostic de cancer au cours de leur vie, ajoute ce dernier. Le nombre de cas est en augmentation notable et ce danger insoupçonné les guette en raison des fumées toxiques et des nanoparticules auxquelles ils sont exposés chaque fois qu’ils combattent des brasiers.

«Il y a une soixantaine d’années, quand tout était en bois et en carton, ce n’était pas aussi nocif pour les pompiers. De nos jours, avec le plastique et les hydrocarbures, les produits auxquels nous sommes exposés sont hautement plus toxiques qu’à l’époque. Il y a par exemple le benzène, reconnu comme cancérigène. Même avec la protection respiratoire, notre peau est quand même exposée, l’habit de combat n’est pas étanche», de dire M. Ross.

En plus de l’ajout de présomptions relativement à d’autres types de cancers par la CNESST, l’organisation souhaite ultimement une refonte de la Loi québécoise sur la santé et la sécurité du travail. Elle ajoute qu’à la limite, la reconnaissance de cancers additionnels «pourrait représenter, à moyen et long termes, des économies intéressantes, pour toutes les parties impliquées en raison de l’absence de coûts reliés à la multiplication appréhendée de dépôts de requêtes en contestation judiciaire».

La porte-parole de la CNESSST, Geneviève Trudel, affirme que les travaux visant la reconnaissance d’autres formes de cancers se poursuivent et ajoute que «tous les cancers peuvent être reconnus à titre de lésion professionnelle si le travailleur prouve, de façon prépondérante, la relation de causalité entre son travail et le développement de sa maladie».

D’autre part, le processus de décontamination après un feu, qui s’effectue en quatre étapes (retrait de l’équipement, lavage de l’équipement, décontamination rapide de la peau avec des lingettes humides, douche avec savon dans l’heure suivante) et qui contribue en partie à prévenir la maladie, est loin d’être suivi à la lettre dans toutes les villes.

«C’est un changement de culture long et complexe qui est à instaurer. En Europe, par exemple, c’est complètement différent. Même à Ottawa, on sait qu’ils sont plus avancés que nous là-dessus», soutient M. Ross.

Le Service des incendies d’Ottawa confirme par ailleurs que ces mesures de décontamination sont en vigueur au sein de l’organisation, où une directive officielle en ce sens a été émise.