À la résidence Notre-Dame, du secteur Cap-de-la-Madeleine, des résidents inquiets pour leur santé et leur sécurité quittent les lieux avant la fin de leur bail.

Résidences pour aînés Chemin du Roy: des résidents inquiets désertent les lieux

TROIS-RIVIÈRES — Inquiets pour leur santé et pour leur sécurité, des résidents en sont à se sauver en catimini des résidences privées pour aînés Chemin du Roy. Fausse représentation, climat de peur, insalubrité, maltraitance, nourriture avariée, les allégations sont nombreuses à l’endroit de l’entreprise et de son gestionnaire, Jean-Guy Pronovost. Pendant ce temps, huit causes sont en attente de jugement à la Régie du logement, puisque M. Pronovost essaie de recouvrer des loyers non payés par d’anciens résidents qui ont eux aussi quitté les lieux avant la fin de leur bail.

Le Nouvelliste a rencontré quatre locataires de la résidence Notre-Dame, du secteur Cap-de-la-Madeleine et membre du réseau que dirige M. Pronovost. Ceux-ci ne ménagent pas leurs mots pour décrire la situation dans laquelle ils sont plongés et de laquelle ils tentent de s’extraire. «Il y a des choses affreuses qui se passent là», lance l’un d’eux. S’ils décident de sortir publiquement, «pour que personne d’autre ne tombe dans ce piège-là», disent les résidents, ils désirent également garder l’anonymat, afin de se protéger.

«Il y a du bardassage, ils enferment les gens dans leur chambre, ça crie», raconte un résident. Un autre exhibe une série de photos qui révèlent des lieux malpropres, de grands bacs à ordure destinés à l’entreposage extérieur laissés entre les chambres et de la nourriture peu appétissante. Selon leur récit, pas moins de six résidents auraient quitté les lieux dans le dernier mois seulement. La résidence compte 29 unités locatives, selon le registre des résidences pour personnes âgées du ministère de la Santé et des Services sociaux.

À la résidence Le Cénacle St-Pierre du secteur Pointe-du-Lac, également sous l’égide des résidences Chemin du Roy, Le Nouvelliste a obtenu le témoignage de deux personnes qui ont récemment aidé leur proche à quitter les lieux, encore une fois, avant la fin de leur bail. «J’appelle ça un mouroir à petit feu», déclare un membre de la famille Duval, qui héberge maintenant son frère Denis, en attendant de trouver mieux. «C’est sale là-dedans, ce n’est pas adapté pour des personnes comme ça», dit-il, en expliquant que son frère a besoin de soins quotidiens. «Si j’avais été capable de sortir les 33 autres, je l’aurais fait», laisse-t-il tomber. Ils sont partis en prétextant des vacances.

Avant d’aboutir à la résidence Le Cénacle St-Pierre, Denis Duval était à la résidence Notre-Dame. Or, c’est sans l’accord de la famille qu’il aurait été transféré, quand sa santé s’est mise à décliner, se désole celui qui s’occupe maintenant de lui.

De son côté, Rollande Thériault a décidé de sortir son mari de la résidence Le Cénacle St-Pierre il y a quelques jours, après avoir constaté que les soins qui y sont prodigués ne répondaient pas à ses attentes. «On vient de lui amputer un orteil. Il a un pansement qui doit être changé aux deux jours. Ils lui ont changé une seule fois en neuf jours», s’indigne-t-elle. Mme Thériault explique avoir pris un accord verbal avec un des fils de M. Pronovost pour la résiliation du bail.

Nous avons joint le Regroupement québécois de résidences pour aînées (RQRA) pour connaître leur position quand un de leurs membres se retrouve sous les projecteurs pour de telles allégations. Or, il s’avère que si les résidences Chemin du Roy s’affichent comme membre de ce regroupement, logo à l’appui, elles n’en ont jamais fait partie. Le RQRA, qui a pris connaissance de l’affaire lorsqu’informé par Le Nouvelliste, a aussitôt contacté ses avocats pour remédier à la situation. «C’est de la fausse représentation», martèle Marie-Claude Dion, responsable des communications au RQRA.

Selon son site Internet et au registraire des entreprises du Québec, les résidences Chemin du Roy comptent quatre résidences. En plus des résidences Notre-Dame et Le Cénacle St-Pierre, il y a les résidences Béthanie, dans le secteur Pointe-du-Lac et la résidence Yamachiche, à Yamachiche. Une cinquième résidence apparaît dans le réseau, selon les sites que l’on consulte. Il s’agit de la résidence Villa Soleil, à La Tuque. Si le nom d’Olivier Pronovost apparaît au registre des résidences pour personnes âgées, comme gestionnaire de celle-ci, c’est un certain Jean-Guy Jobin qui serait gestionnaire des quatre autres résidences.

Appelée à commenter la récurrence des causes portées à son attention par les résidences Chemin du Roy, la Régie du logement dit ne pas disposer de pouvoir d’enquête. Son rôle se limite «à faire respecter les obligations qui découlent du bail signé entre une personne âgée et l’exploitant d’une résidence privée pour aînés», nous a-t-on répondu par courriel. La Régie, ajoute-t-on, «ne peut se substituer au ministère de la Santé et des Services sociaux en ce qui concerne toutes questions visant la certification des résidences privées pour aînés».

La version des Pronovost

Contacté par Le Nouvelliste, Jean-Guy Pronovost s’est dit trop occupé pour répondre à notre demande d’entrevue. Son fils Olivier s’est quant à lui brièvement prêté à nos questions. «Je vous assure qu’on traite très bien nos résidents», déclare-t-il.

Pour ce qui est des nombreuses causes en attente de jugement à la Régie du logement, il fait valoir que les résidences Chemin du Roy suivent la loi. «S’il y a des gens qui partent avant la fin de leur bail, c’est leur choix», soutient-il. Quand on lui demande ce qui peut pousser autant de résidents à quitter avant la fin du terme, il dira que «parfois il y en a qui ont besoin de plus de soins». «Il y a toutes sortes de résidents», ajoute celui qui se décrit comme assumant «une certaine partie de la gestion» des résidences Chemin du Roy.

Olivier Pronovost n’a pas voulu départager les tâches qui incombaient à Jean-Guy Pronovost ou à Jean-Guy Jobin. «Vous leur demanderez», se contente-t-il de dire, sans toutefois consentir à fournir les coordonnées de M. Jobin ni commenter l’organigramme de l’entreprise.

Pour ce qui est de la présence du logo du RQRA sur le site des résidences du Chemin du Roy et des allégations de fausse représentation de la part de l’organisme, Olivier Pronovost déclare «je ne m’occupe pas de ces affaires-là». À noter qu’en fin d’après-midi, ledit logo avait finalement été retiré du site des résidences Chemin du Roy.

Le CIUSSS-MCQ se dit préoccupé

Appelée à commenter la situation aux résidences Chemin du Roy, Julie Michaud, agente d’information pour le Centre intégré universitaire de Santé et Services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), convient que les faits allégués sont préoccupants. «Les informations ont été transmises aux personnes compétentes et assurément, un suivi va être fait», laisse-t-elle savoir.

Les cinq résidences sous la gestion des résidences Chemin-du-Roy détiennent toutes une certification accordée par le CIUSSS. Julie Michaud explique que cela indique qu’elles répondaient à des normes et des critères établis au moment de la dernière inspection. Ces inspections ont minimalisent lieu tous les quatre ans, souligne-t-elle. De plus, fait-elle valoir, tous les intervenants du réseau dépêchés sur place pour un suivi auprès de bénéficiaire rapportent aussi de l’information qui est colligée et des inspections surprises peuvent également avoir lieu.

«Quand il y a des personnes qui nous rapportent des faits, il y a une analyse qui est faite et un suivi est fait auprès des exploitants», plaide par ailleurs Mme Michaud. Elle indique à ce titre que le Commissaire aux plaintes et à la qualité des services est une porte d’entrée pour quiconque se sent lésé dans ses droits ou est témoin d’un acte répréhensible.

Quant aux récurrences des cas de locataires amenés en cour pour recouvrement de loyer, l’agente d’information convient que la situation est particulière. «Je ne peux pas dire à quel point on a toutes ces informations-là», concède-t-elle toutefois. Le Centre d’assistance et d’accompagnement aux plaintes offre un service pour venir en aide aux résidents dans leurs démarches légales devant la Régie du logement, souligne-t-elle par ailleurs.

Mme Michaud n’a pas pu préciser qui de Jean-Guy Jobin ou de Jean-Guy Pronovost était l’interlocuteur du CIUSSS MCQ. Si le premier est l’exploitant des résidences, selon le registre des résidences pour personnes âgées du ministère de la Santé et des Services sociaux, c’est le second qui est administrateur de l’entreprise qui fait des représentations répétées devant la Régie du logement.