Les résidents de la Villa Saguenay étaient bien heureux de se faire beau pour la lentille de Marie-Claude Tremblay.
Les résidents de la Villa Saguenay étaient bien heureux de se faire beau pour la lentille de Marie-Claude Tremblay.

Remplir son coeur plutôt que son « frigidaire »

Pour la photographe Marie-Claude Tremblay, la pandémie de COVID-19 a eu un lourd impact alors que la grande majorité de ses contrats de photos ont été annulés. Si les répercussions sur son budget se font sentir, c’est plutôt son capital humain qui a pris un dur coup alors que pour elle, les sourires des gens dont elle tire le portrait valent beaucoup plus qu’une paie.

La photographe s’est donc demandé ce qu’elle pouvait faire pour occuper son temps, mais aussi pour remettre le sourire aux visages des gens touchés de loin ou de près par la COVID-19. C’est là qu’elle a eu la brillante idée de photographier les résidents de la Villa Saguenay de Chicoutimi, sur leur balcon.

Sous un chaud soleil de juin, des centaines de personnes sont sorties sur leur balcon, mardi après-midi, pour arborer leur plus beau sourire, question de faire fonctionner la lentille de l’artiste qui donnait, avant la crise, des cours de peintures aux résidents depuis plus de cinq ans.

« Je m’ennuyais d’eux et je me suis dit que ce serait beau de les prendre sur leur balcon. Je voulais montrer aux gens qu’on ne les a pas oubliés et qu’ils sont encore là. Le confinement a été difficile pour tout le monde, mais pour eux, c’est fois quatre. »

L’énergique photographe Marie-Claude Tremblay avait tout autant le sourire que ses modèles d’un jour.

Pour elle, c’est un peu sa façon d’aider en ces temps de pandémie et de confinement qui pèse lourd sur le moral de tous. « Je veux contribuer à ma façon et apporter un petit peu de bonheur. »

La séance photo était offerte bénévolement, mais selon Marie-Claude, l’argent ne vaudra jamais le bonheur d’un beau sourire. « Je n’ai jamais été payé aussi cher que de voir ces beaux sourires, mais ça, c’est toujours le cas. De voir la mariée pleurer devant ses photos ou l’émotion des gens qui revivent le moment, c’est une passion. Oui, c’est bénévole et je voulais le faire. Ça ne remplit pas le “frigidaire”, mais ça remplit le coeur... solide. »

Pas de balcon, pas de problème

Plus tôt dans la journée, Marie-Claude a eu la permission d’entrer dans le centre pour photographier les gens à l’unité de soin qui, eux, n’ont pas de balcon. Bien entendu, le tout s’est fait avec grande précaution. « C’était vraiment génial de les voir. Je déteste ça mettre un masque, mais ça valait le désagrément. De voir leur beau sourire et le fait qu’ils se soient tous mis beaux, c’était merveilleux. »

Des souvenirs en prime

Une commandite de l’entreprise Pro de la Copie permettra aux modèles de recevoir une copie de leur photo. Quelques clichés seront disponibles sur la page Facebook MariC Photo.

« Je n’ai jamais été payée aussi cher que de voir ces beaux sourires. Ça ne remplit pas le “frigidaire”, mais ça remplit le cœur », assure Marie-Claude Tremblay.

Par ailleurs, la femme débordante d’énergie reprendra l’appareil photo de façon bénévole pour les finissants de l’école secondaire Charles-Gravel. Elle donnera une photo en format numérique à chacun des jeunes qui termine son parcours secondaire dans cette situation particulière.

Les activités balcons, une réussite

Ce n’est pas la première fois depuis le début du confinement que la Villa Saguenay organise de petites activités sur les balcons. « Ç’a commencé quand notre chef cuisinier quittait et il ne pouvait pas dire au revoir aux résidents. On a eu l’idée de faire sortir les gens dehors avec des cuillères en bois et des casseroles et on a fait le tour avec le cuisinier. Ça m’a ému de voir la participation des gens. J’ai pleuré tout l’après-midi », raconte le responsable des loisirs et de l’animation de l’établissement pour personnes âgées, Dominic Gagné.

Si l’on se fie à la réaction des bénéficiaires et aux désirs des intervenants, ce ne sera pas la dernière non plus. « On veut faire ça une fois par semaine ou deux, des événements spéciaux à l’extérieur. Les gens ici sont encore confinés parce que personne ne peut entrer. On a beaucoup de personnes à mobilité réduite qui n’ont pas la latitude d’aller prendre des marches, alors ces activités sont les seules qu’ils peuvent faire », explique M. Gagné.

Si la pandémie a amené avec elle son lot d’inconvénients, Dominic Gagné avoue qu’elle a joué un rôle déterminant dans l’amélioration des services qu’il offre aux résidents. « Il y a beaucoup de choses qui vont rester. On fait maintenant des bingos téléphoniques ou du coloriage de mandalas. Les gens nous disent “hey ! Après la COVID, on veut que tu continues à nous fournir en dessins et en crayons-feutres”. Ça nous oblige à nous dépasser, c’est un gros défi tous les jours, mais ça en vaut la peine. »

Marie-Claude Tremblay et Dominic Gagné ont passé une superbe journée à faire sourire les résidents de la Villa Saguenay.

Deux autres activités balcons sont déjà au menu pour la Villa Saguenay. Les résidents recevront la bénédiction de l’évêque de Chicoutimi, Mgr René Guay, le 16 juin à 14h, puis ce sera au tour de la troupe Les fous du roi de venir divertir les gens à l’extérieur. M. Gagné ne savait toutefois pas si l’événement va se tenir le 25 juin ou le 2 juillet.