La distance n’est pas une raison valable pour ignorer les perturbations que vivent les océans pour l’océanographe et professeur en géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke Yannick Huot.

Redonner du lustre aux océans

Ce n’est pas en Estrie que l’on trouvera l’océan. En revanche, on y recontrera des chercheurs et des penseurs qui consacrent, chaque jour, leurs travaux à ces étendues d’eau. Dans le cadre de la semaine de la culture scientifique, qui se penche sur la recherche sur les océans du 16 au 22 septembre, La Tribune s’est intéressée à des Sherbrookois qui veillent à la santé de cette portion de la planète. Plus à venir dans l’édition de demain.

La distance n’est pas une raison valable pour ignorer les perturbations que vivent les océans pour l’océanographe et professeur en géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke Yannick Huot. Primordiaux pour la santé du globe, les écosystèmes marins devraient d’ailleurs se trouver sur toutes les lèvres en cette période de campagne électorale, maintient le chercheur.  

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« Il faut se préoccuper de l’environnement en général, et ça, ça inclut les océans », exprime-t-il. Préoccupé notamment par le réchauffement et l’acidification des océans, par la perte de biodiversité, le Pr Huot constate que ces sujets manquent de lustre aux yeux de la population.

« On parle beaucoup des baleines dans le golfe du Saint-Laurent, avance-t-il. Si elles amènent les gens à se préoccuper des océans, c’est tout le mieux, mais il y a des problèmes beaucoup plus fondamentaux concernant les océans dont on ne parle pas. »

Que devrait donc promettre un gouvernement? « Supposons qu’on s’occupe de nos trois océans en premier : il faut éviter d’envoyer des polluants, ce qui inclus les engrais, les pesticides et les plastiques. C’est un gros problème. Ensuite, la gestion des pêches est vraiment critique. Il faut avoir une excellente gestion des pêches. Il faut avoir des quotas fermes et s’assurer que nos pêches soient durables. Sinon, on perd des populations complètes. Puis, il y a tous les enjeux globaux. Il faut s’attaquer aux changements climatiques le plus rapidement et le plus efficacement possible. »

Les citoyens et les médias aussi ont un rôle à jouer, dit-il. « Je ne crois pas que la majorité des gens devraient avoir une culture scientifique qui leur permet de suivre les développement que les chercheurs font, c’est impossible. Je pense toutefois qu’une culture scientifique pour pouvoir comprendre les enjeux, et en particulier dans le cas des questions environnementales, c’est crucial. Ce serait dangereux de voter sans complètement comprendre les enjeux. »

 Yannick Huot

La moitié de l’oxygène du monde

Spécialisé dans la télédétection du phytoplancton, le Pr Huot cherche entre autres à dresser le portrait en temps réel de certaines régions océaniques à partir de la présence de ces végétaux.

Pourquoi ces algues microscoptiques, détectées à la surface par imagerie satellite, sont-elles clés ? « À peu près pour la même raison qu’on s’intéresse aux plantes sur la terre, explique-t-il. Chaque année, le phytoplancton produit au moins autant d’oxygène que toutes les plantes de la planète. Elles sont à la base de tout le réseau trophique de l’océan. C’est elles qui servent de nourriture à tout le reste de l’océan. Elles prennent l’énergie solaire et la transforment en énergie chimique. Ensuite, de petits animaux viennent les manger; de plus gros animaux viennent manger ces petits animaux-là, etc. C’est pourquoi on s’intéresse à combien il y en a, à quelle vitesse ils poussent et où ils se trouvent. On sait que quand ça change, ça affecte tout le système marin. »

Et les changements sont bien réels, comme l’observent les chercheurs dans le domaine. « On s’aperçoit que dans les zones loin des côtes, où il y a moins d’influence terrestre et moins de phytoplancton, il y a une diminution des quantités, ça nous inquiète. Près des côtes, c’est un peu le contraire. À cause des activités agricoles, nos rivières amènent beaucoup de nutriments, donc d’engrais qui nourrissent les phytoplanctons. Par contre, ce n’est pas toujours bon, parce que souvent, ce sont les espèces toxiques qui vont profiter de ces engrais-là », dit le Pr Huot.