Environ 200 jeunes par année fuguent à partir du centre d’hébergement en protection de la jeunesse Val-du-Lac.

Quelque 200 fugues par année à Val-du-Lac

Ce sont 210 jeunes qui ont fugué en 2018-2019 du centre d’hébergement en protection de la jeunesse Val-du-Lac. Ce nombre demeure plutôt stable depuis trois ans. Depuis quelques années, l’apparition de réseaux organisés en lien avec l’exploitation sexuelle des jeunes filles fait toutefois craindre le pire lorsque certaines jeunes filles quittent le centre jeunesse sans permission.

« Nous sommes tenus de signaler toutes les disparitions deux heures après la disparition d’un enfant ou après l’heure prévue de son retour. Donc beaucoup de fugues sont en fait des retards. Un enfant qui a une permission de sortie chez son parent doit revenir vers 16 h, mais n’est pas revenu à 18 h : nous devons le signaler immédiatement. C’est considéré comme une fugue dans nos statistiques même s’il est rentré à 19 h. Environ 70 à 75 % des jeunes fuguent moins de 24 heures et une partie importante d’entre eux reviennent d’eux-mêmes », souligne Pierre Girard, chef de service à la coordination clinique de la direction du programme jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Il reste donc environ 25 % des 200 fugues qui sont plus inquiétantes pour la direction du centre jeunesse.

« Environ 20 % des jeunes qui fuguent sont de retour de 48 à 72 heures après le début de la fugue. Pour les 5 % restants, les fugues durent plus de 72 heures et ce sont les plus inquiétantes », soutient M. Girard.

À Val-du-Lac, aucune porte n’est barrée sauf à l’unité sécuritaire. « Ce n’est pas une prison. Nous ne gardons pas les jeunes de force », soutient Pierre Girard.

Les jeunes fuguent presque toujours après avoir fait face à une grande frustration. Il s’agit d’une réaction impulsive à une situation de colère. « Si un jeune décide de se sauver, on ne peut pas le retenir de force même si nous allons tout faire pour le persuader de rester », ajoute-t-il.

Les petits de 12 ans et moins font exception toutefois. S’ils tentent de fuguer, on va les retenir. « La semaine dernière, nous avons une jeune fille qui s’est sauvée dans le bois. Les agents sont tout de suite partis à sa recherche et ils l’ont vite retrouvée. C’est certain qu’avec un lac en bas comme nous avons et une route plus haut où ça roule à 100 km/h, on ne va pas laisser des jeunes enfants partir sans surveillance », précise le chef de service.

Environ 200 jeunes par année fuguent à partir du centre d’hébergement en protection de la jeunesse Val-du-Lac.

À risque d’exploitation sexuelle

Environ 40 % des enfants qui fuguent du centre d’hébergement en protection de la jeunesse de Val-du-Lac sont des filles adolescentes. « Ce sont les jeunes filles qui nous préoccupent le plus, car elles sont les plus à risque de tomber dans un réseau d’exploitation sexuelle ou dans la surconsommation. Les garçons, eux, sont à risque de surconsommation et de se retrouver en situation d’itinérance », ajoute le chef de service.

Val-du-Lac compte 112 lits. En moyenne, environ une trentaine de ces 112 jeunes résidents sont identifiés comme « plus à risque » de fugues lors de leur évaluation.

Depuis peu, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a mis en place deux types de mesures pour aider les centres jeunesse à mieux protéger les enfants dont ils ont la garde.

« Toutes les régions avaient à mettre en place des actions spécifiques. Nous par exemple, nous avons créé un poste d’agent de liaison pour créer un lien de protection sociale avec les organismes et les partenaires comme les écoles, les policiers... Le principe derrière ça, c’est que l’information puisse circuler si un de nos jeunes est en fugue et d’installer du réseautage autour des jeunes », ajoute Pierre Girard.

Depuis peu, l’agente de liaison a même un compte Facebook et un cellulaire pour pouvoir texter les jeunes ou recevoir des textos en tout temps si les jeunes en fugue désirent reprendre contact.

« Facebook, Messenger, les textos, c’est comme ça que les jeunes communiquent aujourd’hui. Il nous fallait ces outils », précise M. Girard.

Un deuxième volet de la loi rehaussée permet au centre jeunesse d’appliquer des « mesures d’empêchement » aux jeunes qui sont à risque élevé de fugue.

« Nous pouvons garder le jeune dans son unité et prendre les moyens pour l’empêcher d’en sortir. Ces mesures sont très balisées. Depuis la mi-janvier, nous les avons appliqués 15 fois pour une moyenne de trois jours », dit-il.