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Québec a mis en place un protocole de priorisation pour l’accès à une chirurgie qui est utilisé dans tous les hôpitaux de la province.
Québec a mis en place un protocole de priorisation pour l’accès à une chirurgie qui est utilisé dans tous les hôpitaux de la province.

Québec a mis en place un Système de priorisation pour l’accès à une chirurgie en situation de pandémie

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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Québec a mis en place un « Système de priorisation pour l’accès à une chirurgie en situation de pandémie » afin d’assurer un « choix éthique » des patients qui auront accès aux chirurgies durant les longs mois où la capacité d’offrir des chirurgies est largement inférieure à la demande. Ce protocole est utilisé dans tous les établissements de santé du Québec depuis le printemps passé.

Au début de l’année 2021, il a beaucoup été question du protocole de triage pour l’accès aux soins intensifs qui n’a finalement jamais été utilisé au Québec, tous les patients en besoin de soins intensifs ayant pu en avoir.

Mais la mise en place du protocole de priorisation pour l’accès à une chirurgie en situation de pandémie est passée sous silence. Or, on fait depuis le début de cette pandémie un autre triage, plus silencieux, qui est celui du triage pour l’accès à la chirurgie et l’accès à d’autres soins aussi, comme les dépistages pour des cancers.

Le protocole de priorisation pour l’accès à une chirurgie en situation de pandémie offre des balises claires pour le choix des chirurgies qu’il faut prioriser.

« Il faut savoir que la priorisation a toujours existé dans le système de santé. Dans un monde idéal, un médecin dit à son patient : vous devrez passer une IRM d’ici un mois et je vous revois dans deux mois. Or, dans la pratique, à cause de la capacité du système de soins, c’était déjà possible que ça prenne six, sept ou huit semaines pour l’IRM, et que le médecin revoie son patient dans trois mois. Et d’autres patients dont l’état est plus grave vont passer avant », mentionne Jean Frédéric Ménard, professeur de droit à l’Université de Sherbrooke, dont les recherches se situent au confluent du droit et de l’éthique médicale.

Mais ce nouveau protocole va plus loin. Il donne une façon claire et précise de faire des choix.

« Ce protocole propose une façon de gérer les listes d’attente de façon encore plus rationnelle, encore plus systématique, en rendant les valeurs et les principes qui sont appliqués encore plus explicites pour justement être capables de le justifier. Une bonne décision éthique, c’est une décision qu’on peut expliquer, justifier, donner des raisons claires et détaillées », explique Jean Frédéric Ménard.

Rédigé par des experts du ministère de la Santé et des Services sociaux, ce guide a été écrit pour aider les établissements comme le CIUSSS de l’Estrie-CHUS à choisir avec équité les patients qui se feront opérer. Le jugement clinique des médecins est essentiel dans le processus afin de déterminer l’état d’urgence réel des patients qu’ils auront à traiter. Et ce protocole ne fait pas de place aux sentiments ni aux histoires personnelles de chacun des 12 000 patients en attente d’une chirurgie en Estrie.

« Lorsque les ressources sont réduites ou manquantes (équipement de protection, analgésiants, sédatifs, etc.) et que le volume de chirurgie est réduit, la distribution de ces ressources doit se faire selon un processus équitable guidé par des principes éthiques. Il y aura des délais d’accès à la chirurgie et des choix à faire entre plusieurs patients et des types de chirurgies », lit-on dans le protocole.

Moins de temps et moins de ressources

Quand les blocs opératoires fonctionnaient à 30 à 50 %, les patients choisis pour se faire opérer étaient ceux dont la survie était la plus menacée, approchant le plus de la date maximale de leur chirurgie ou ceux l’ayant dépassée le plus, ceux requérant le moins de temps opératoire et le moins de ressources possibles et « ayant le plus de chances de récupérer rapidement ».

Aujourd’hui, les blocs opératoires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS fonctionnent généralement entre 50 et 70 % de leur capacité. Les mêmes critères s’appliquent, sauf qu’on y ajoute des patients ayant besoin de plus de temps opératoire et de plus de ressources que ceux de la première catégorie, et ceux ayant « de bonnes chances de récupérer rapidement ».

Lorsque des patients présentent des conditions cliniques similaires, il peut être nécessaire d’appliquer des critères de priorisation secondaires.

« Ces critères répondent à différents raisonnements éthiques. À chance de survie égale, on peut suivre une logique basée sur deux principes, d’abord le cycle de vie et ensuite le hasard. Le cycle de vie est un critère qui permet de favoriser le traitement de personnes présentant un plus grand nombre d’étapes de vie devant elles. Ce critère permet de considérer à la fois l’âge et l’espérance de vie. Le critère du cycle de vie est d’un intérêt particulier dans le contexte de pandémie. Il permet de prioriser les personnes présentant un plus grand nombre d’années de vie devant elles avec leur condition clinique actuelle dans le cas où l’âge ne serait pas déterminant pour la survie. Ce principe ne favorise pas les plus jeunes par rapport aux plus vieux en terme absolu, mais, entre deux personnes ayant un même pronostic clinique, il donne plutôt priorité à la personne qui se trouve à un stade de vie moins avancé ou qui présente moins de risques de mortalité dans le contexte pandémique », lit-on dans le protocole.

Vient ensuite le critère du hasard. « Lorsque tous les autres critères de priorisation ne permettent pas de déterminer qu’une personne puisse être favorisée sur une autre, le principe de justice nous recommande d’appliquer la randomisation. Cette approche permet de respecter l’égalité des chances entre individus », lit-on aussi dans le rapport.