Alain Bolduc doit dépenser pour près de 2000 $ d’eau embouteillée par année pour la consommation de sa famille, dont sa fille qui souffre de diabète.

Puits contaminés, citoyens à bout

Trois-Rivières — Plusieurs citoyens habitant à proximité du chemin des Petites-Terres, dans le secteur Pointe-du-Lac et réclamant d’être raccordés au réseau d’aqueduc de la Ville de Trois-Rivières en ont assez. Ces citoyens, qui doivent depuis plusieurs années s’approvisionner à des puits possiblement contaminés, réclament maintenant la démission du conseiller municipal du secteur, François Bélisle, estimant que ce dernier ne les a pas bien représentés auprès de la Ville dans ce dossier.

Une pétition sous forme de registre d’intention de 55 noms réclamant le raccordement au réseau d’aqueduc sera d’ailleurs bientôt déposée à la Ville, en plus d’une vingtaine de déclarations provenant de citoyens qui soutiennent que M. Bélisle aurait ignoré leurs demandes à plusieurs reprises, ce que réfute le principal intéressé qui affirme n’avoir jamais reçu de demande officielle de la part de ces citoyens.

Alain Bolduc est l’un des signataires. Ce citoyen qui habite la rue Chauvette depuis 1995 a découvert, grâce à des tests effectués en laboratoire, que le puits auquel il s’approvisionne affiche un taux anormalement élevé de contaminants, rendant son eau impropre à la consommation. Depuis trois ans, lui et sa famille ont tout simplement cessé de boire cette eau, devant se rabattre sur des cruches d’eau de source, ce qui représente une dépense supplémentaire de tout près de 2000 $ par année.

«Ma fille est diabétique et doit boire énormément d’eau. Nous n’avons pas le choix de procéder de la sorte», clame-t-il. Or, si l’eau impropre de leur puits ne les rend désormais plus malades parce qu’ils ont cessé d’en boire, elle ruine les appareils électroménagers de la maison, laissant des dépôts peu ragoûtants à chaque cycle de lave-vaisselle et étant même venue à bout du réservoir d’eau chaude après seulement deux ans d’utilisation. Son enfant souffre par ailleurs de fortes réactions cutanées après chaque douche prise avec cette eau.

M. Bolduc affirme avoir fait les vérifications nécessaires pour installer un système de purification de son eau potable, ce qui représenterait un coût exorbitant pour cette famille, dont la maison ne vaut plus grand-chose sur le marché en raison de ce problème d’approvisionnement en eau, se désole-t-il.

«Ce qui me renverse, c’est que je paie quand même 2000 $ de taxes municipales par année, mais je n’ai aucun service d’aqueduc et je n’ai accès qu’à de l’eau contaminée. Je serais bien prêt à payer 1000 $ de plus de taxes par année pour avoir accès à l’aqueduc, ça ne me dérangerait pas, étant donné que ça me coûte déjà le double de ça en eau embouteillée. Mais il n’y a rien qui bouge», déplore-t-il.

Un autre résident, qui pour sa part a préféré conserver l’anonymat, a indiqué au Nouvelliste s’être lui aussi approvisionné à son puits pendant plusieurs années sans savoir qu’il était contaminé. Il a cessé cette consommation récemment, après avoir réalisé des analyses d’eau révélant lui aussi un taux de contaminants anormalement élevé.

Après chaque cycle de lavage, Alain Bolduc retrouve ce genre de dépôt à l’intérieur de son lave-vaisselle.

«Ma fille était tout le temps malade lorsqu’on buvait de cette eau. Elle souffrait de fatigue extrême et nous étions toujours rendus à l’hôpital. De notre côté, on a souvent souffert de diarrhées. Ça s’est beaucoup amélioré depuis que nous buvons de l’eau embouteillée. Mais ça coûte pas mal cher et on aimerait bien ça que les choses bougent. Ce n’est pas normal de laisser des citoyens vivre avec des puits contaminés», mentionne ce citoyen.

Pas de pétition

Le conseiller municipal du district, François Bélisle, se défend pour sa part d’avoir mal représenté ses citoyens et estime que les pouvoirs d’un conseiller municipal ne peuvent outrepasser les règles en place à la Ville. M. Bélisle indique d’entrée de jeu ne jamais avoir reçu de demande en bonne et due forme de la part des citoyens de ce secteur pour obtenir l’aqueduc, bien qu’il ait expliqué à certains d’eux, courriels à l’appui, la procédure à suivre.

«Oui, j’ai été interpellé sur les réseaux sociaux et en personne par des citoyens, mais pour porter le dossier, il y a des règles à suivre, et je n’ai jamais reçu de demande formelle de leur part. S’ils ont l’intention d’en déposer une prochainement, c’est tant mieux, car je suis très sympathique et sensibilisé à leurs revendications et je porterai le dossier à qui de droit», insiste M. Bélisle, qui rappelle toutefois que pour la prolongation du réseau d’aqueduc, l’argent demeure toujours le nerf de la guerre.

En ce qui concerne la contamination, M. Bélisle indique qu’il n’avait pas été informé de cette réalité et n’a pas pu avoir accès aux résultats des tests effectués en laboratoire. Il maintient par contre avoir demandé aux fonctionnaires d’assurer une vigie de tout programme provincial ou fédéral de subvention qui pourrait permettre le déploiement de nouveaux réseaux. «Pour le moment, les programmes existants visent seulement la restauration», indique-t-il.

Le conseiller dit prendre avec un grain de sel la demande de démission, lui qui estime avoir bien fait son travail en plus d’avoir appuyé le seul candidat à la mairie qui s’était engagé à prolonger le réseau d’aqueduc sur cette portion du territoire ce qui, selon lui, démontre sa réelle sympathie envers ce dossier.

Ville

À la Ville de Trois-Rivières, on incite les citoyens qui réclament le réseau dans ce secteur à d’abord venir faire la preuve à la Ville que leurs puits sont effectivement contaminés, ce qui permettra d’enclencher un processus pour en venir à trouver des solutions.

«Nous n’avons jamais reçu de confirmation à l’effet que les puits étaient contaminés. Il y a eu des rumeurs mais nous n’avons pas pu avoir accès aux tests effectués par les citoyens. Il faut comprendre que ce sont des puits de nature privée, nous n’avons pas le droit de nous rendre chez ces gens pour aller vérifier. Par contre, s’ils nous déposent ces documents et font ainsi une demande officielle d’aide à la Ville, nous allons pouvoir agir», considère Cynthia Simard, responsable des communications à la Ville.

Cette dernière indique qu’avec les confirmations de contamination en main, la Ville pourra examiner la situation, tenter d’identifier les sources possibles de contamination et analyser différents scénarios pour tenter de régler la situation. Le prolongement du réseau d’aqueduc pourrait être l’un de ces scénarios, mais la Ville pourrait aussi proposer des solutions moins coûteuses pour les citoyens.