Carolyne Boivin, représentante de la catégorie bantam pour le hockey mineur de Saint- Félicien, Nancy Jean-Pierre, Evie-Liane Petiquay et la directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Mélanie Boivin, se sont toutes unies afin de dénoncer les propos racistes qui se disent au hockey mineur.

Propos disgracieux envers une jeune hockeyeuse autochtone

C’est dans le but de vouloir réellement changer les choses et de le faire de façon positive qu’Evie-Liane Petiquay a choisi de témoigner à visage découvert de la situation de racisme qu’elle subit depuis trop longtemps en tant que joueuse de hockey.

La mère de la jeune fille, Nancy Jean-Pierre, a d’abord informé Le Quotidien de la situation. Ne voulant pas causer de tort à personne et par peur de représailles, la mère avait alors demandé de pouvoir témoigner de façon anonyme.

Dans ce premier entretien, la mère de famille avouait avoir tout quitté pour aider sa fille à vivre sa passion pour le hockey.

« Ça fait quatre ans que je suis partie de ma communauté d’Obedjiwan pour amener mes enfants ici. J’ai quitté mon travail pour eux et on vit maintenant à Saint-Félicien. La raison principale pour laquelle je suis partie de ma communauté, c’est pour ma fille, car elle aime beaucoup jouer au hockey. Au début, on faisait des allers-retours Obedjiwan/Saint-Félicien toutes les fins de semaine. On a ensuite décidé de déménager, car on voyait bien que c’était sa passion. »

Même si Evie-Liane est talentueuse, qu’elle joue contre des garçons de son âge dans la catégorie bantam A, qu’elle a participé aux Jeux du Québec et à la Coupe Dodge, les insultes à son endroit sont monnaie courante. « Ma fille m’a dit qu’elle est habituée de se faire traiter de ‘‘kawish’’ et de ‘‘sale indien’’. »

Evie-Liane Petiquay espère que le fait qu’elle dénonce à visage découvert le racisme dont elle est victime encouragera d’autres joueurs à l’imiter.

Puis, des paroles présumément dites par un joueur de l’équipe adverse pendant une partie, le 27 octobre, ont tout fait basculer. Ces paroles, Nancy a encore du mal à les prononcer aujourd’hui. Le jeune aurait lancé à sa fille : « Je vais te violer comme dans le temps des pensionnats. »

Encore aujourd’hui, la mère s’étonne que ce hockeyeur n’ait pas été suspendu.

Deuxième rencontre

Après quelques jours de réflexion, Evie-Liane et Nancy ont finalement accepté de discuter plus en détail de la situation, lors d’une deuxième rencontre avec Le Quotidien, cette fois-ci à visages découverts.

Pour les accompagner dans leurs démarches, trois autres personnes ont assisté à la rencontre, soit Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Carolyne Boivin, représentante de la catégorie bantam pour le hockey mineur de Saint-Félicien, et une interprète atikamekw, afin de bien saisir tous les propos mentionnés pendant l’entrevue.

Pourquoi ont-elles changé d’idée et ont-elles accepté de partager leur témoignage au grand public ? « Je veux avoir du changement », a répondu sans trop d’hésitation la jeune attaquante de 15 ans.

Avec une fiche de 16 points en 15 parties, Evie-Liane Petiquay occupe le 9e rang des meilleurs pointeurs dans le bantam A.

L’interprète a précisé par la suite qu’en dénonçant de tels propos, Evie-Liane espérait que cela « va peut-être encourager d’autres Autochtones à le faire aussi. »

Celle qui joue à la position d’ailier gauche pour les Bulldogs de Saint-Félicien confirme être une vraie passionnée de hockey, mais avoue du même souffle que les insultes à son égard durent depuis trop longtemps.

« Je joue au hockey depuis que j’ai 2 ans et demi, mais je reçois des insultes depuis que j’ai commencé à jouer en ville. »

Valeurs pacifiques

Est-ce que de recevoir aussi régulièrement des insultes racistes lui donne envie de se venger, de se défendre ou de se faire justice elle-même ? « Non », a-t-elle répondu simplement.

La mère a enchaîné rapidement en précisant qu’elle ne veut pas que ses enfants rouspètent ou insultent les autres. Ses valeurs étant basées sur le respect, elle espère qu’il en sera toujours ainsi et préfère même que ses enfants se tassent quand ils se font attaquer. « C’est comme ça que mes parents m’ont enseigné les valeurs. »

Evie-Liane Petiquay est une joueuse de hockey talentueuse, elle qui a participé aux Jeux du Québec et à la Coupe Dodge.

Traumatisme

Même si les propos racistes ayant mené à cette sortie publique datent de trois mois et qu’elle a continué à jouer au hockey depuis, Evie-Liane ne cache pas que cette phrase haineuse la hante encore. « Ces paroles me reviennent toujours en tête. »

Sa mère confirme encore avoir peur pour sa fille. « Quand je vois ma fille embarquer sur la glace, j’ai peur qu’elle se fasse blesser et je sais que son estime personnelle a beaucoup baissé. »

Cela explique aussi en partie pourquoi elle n’a pas porté plainte à la police. « J’y ai pensé, mais je me suis fiée au système pour voir s’il pouvait faire quelque chose, mais on dirait que ça n’a rien donné. Je ne voulais pas causer de tort à personne aussi et j’avais peur que les autres réagissent encore plus contre ma fille ou qu’elle en subisse d’autres conséquences. »

La suite

Alors qu’elle figure au 9e rang des meilleurs pointeurs de la ligue, avec un total de 16 points en 15 parties, Evie-Liane désire poursuivre sa saison et compte bien participer aux prochains tournois de son équipe, même si cela implique d’affronter le joueur en question.

Cette prochaine rencontre pourrait avoir lieu lors du Tournoi bantam de Saint-Bruno et le coordonnateur aux opérations, au développement et aux communications, Pascal Bouchard, a nommé en entrevue avec Le Quotidien la possibilité d’assister à la rencontre.

De sa propre initiative et à ses frais, Carolyne Boivin a fait imprimer des autocollants « Stop racism ». Elle les distribue à beaucoup de joueurs, dont ceux des Bulldogs de Saint-Félicien. Ces derniers les collent sur leur casque protecteur.

Pour Mélanie Boivin, cette force qu’elle retrouve chez la jeune Evie-Liane démontre bien toute la résilience autochtone. « La force des Autochtones, c’est un peu cette résilience. On a beaucoup subi de préjudices et on a souvent dénoncé sans vraiment avoir d’impact, mais c’est fini cette ère-là. On peut changer les choses. »

Au terme de cette rencontre de groupe, toutes les femmes présentes s’entendaient pour dire que « c’est ici que cela doit s’arrêter. »

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UNE LETTRE SANS RÉPONSE

Le 6 décembre, la représentante de la catégorie bantam pour le Hockey mineur Saint-Félicien (HMSF), Carolyne Boivin, a fait parvenir une lettre au responsable de la Ligue simple lettre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Michel Garneau.

Dans cette lettre, elle lui demande qu’une sanction soit prise à l’égard du présumé joueur fautif. Depuis ce jour et jusqu’à maintenant, sa lettre est demeurée sans réponse.

« J’ai regardé dans mes affaires et je n’ai pas reçu de lettre d’eux autres concernant ce dossier-là. Par contre, je me rappelle que l’association régionale m’avait rapporté la situation et c’est pour ça que j’en avais discuté avec les présidents du hockey mineur et leurs représentants, ainsi qu’au responsable régional des arbitres », affirme Michel Garneau.

Le Quotidien a pu obtenir une copie de ladite lettre, dans laquelle sont détaillées la chronologie des événements et les actions prises de la part des deux équipes. Carolyne Boivin souligne qu’il est essentiel que « de telles paroles blessantes et injurieuses ne soient plus dorénavant tolérées ».

La représentante du bantam pour HMSF y explique en quoi Evie-Liane Petiquay est « un modèle de réussite et de persévérance pour les jeunes de sa communauté ».

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LA CORPORATION S'EXPLIQUE

Bien qu’il admette que de tels propos soient inacceptables, le coordonnateur aux opérations, au développement et aux communications de Hockey Saguenay–Lac-Saint-Jean, Pascal Bouchard, croit que la corporation a tout fait en son pouvoir afin de bien gérer cette délicate situation.

« C’est difficile de faire le procès de quelqu’un quand, autour de tout ça, ce sont les gens dans les estrades qui rapportent ça, surtout quand ce sont des paroles qui se sont dites sur une glace. Il faut régler ça sur le moment pour bien cibler le joueur fautif, pas deux ou trois semaines après », précise celui qui n’était pas en poste au moment des événements, puisqu’il a entamé son mandat le 25 novembre.

Pascal Bouchard rappelle qu’il y a des officiels présents sur la glace et que ce sont eux qui doivent sévir en premier lorsqu’un joueur ne respecte pas les règlements. Il concède toutefois que malgré leur bon travail, ils ne peuvent pas tout voir ou tout entendre.

« En première ligne, ce sont les officiels qui gèrent ce qui se passe sur la glace, tant l’arbitre en chef que les juges de lignes peuvent donner la sanction. Ils ont le pouvoir de faire ça. »

Il reconnaît qu’Hockey Saguenay–Lac-Saint-Jean a un pouvoir limité si aucun rapport d’infraction n’est fait de la part des officiels.

« C’est toujours l’officiel sur la glace qui juge de la situation à la base. Pour notre part, nous ne sommes pas là à l’aréna. On ne peut pas donner une sanction à un jeune si c’est seulement un parent qui nous appelle pour dénoncer une situation. Si on commence ça, il n’y aura plus de matchs de hockey et on va suspendre tout le monde. »

Le cas d’Evie-Liane

Concernant les propos racistes qui auraient été dits à l’endroit d’Evie-Liane Petiquay, le coordonnateur aux opérations affirme avoir bel et bien reçu une plainte officielle de la part de l’équipe de Saint-Félicien et confirme que des actions ont été prises envers l’équipe adverse. « La plainte a été faite en bonne et due forme par l’organisation de Saint-Félicien. On a communiqué avec l’Association du hockey mineur de Saguenay et elle a fait une activité de prévention auprès des jeunes de l’équipe fautive, en compagnie de Francis Verreault-Paul. L’Association a aussi rencontré les parents et leur a expliqué les sanctions qui pouvaient y avoir. »

Selon Pascal Bouchard, le hockeyeur Francis Verreault-Paul, lui-même d’origine autochtone, aurait pris le temps d’expliquer aux jeunes joueurs les conséquences et les répercussions que de telles paroles peuvent avoir sur des joueurs autochtones.

Des excuses

Parmi les autres actions prises, Pascal Bouchard dit que l’équipe fautive aurait écrit et remis en main propre une lettre d’excuses à Evie-Liane, lors de la partie du 8 décembre 2019, et qu’il était lui-même présent. «  L’équipe et les entraîneurs ont composé une lettre d’excuses à l’attention de la jeune fille en disant que des paroles comme ça sont inadmissibles et que ce genre de comportement n’arriverait plus. Les entraîneurs et le capitaine se sont excusés de vive voix au nom de l’équipe. »

Le Quotidien a mis la main sur cette lettre. Vérification faite, aucune excuse n’est clairement écrite dans cette lettre. Celle-ci fait plutôt mention que l’équipe a été sensibilisée aux différents enjeux et que « tous s’engagent à contrer et dénoncer les propos à connotations raciales ou sexistes ».
Tous les joueurs ont signé la lettre, même celui qui aurait vraisemblablement dit à Evie-Liane qu’il la violerait « comme dans le temps des pensionnats ».

Intégration

Dans les différentes politiques mises en place, est-ce que Hockey Saguenay–Lac-Saint-Jean a réfléchi à une méthode d’intégration des joueurs autochtones afin de mettre un terme au racisme ciblé ?

« On n’a pas vraiment travaillé sur quelque chose pour faire une intégration des membres autochtones ou même des immigrants. Au niveau régional, on n’a rien travaillé de concret, mais je crois qu’à l’heure actuelle, nos associations font un bon travail », ajoute Pascal Bouchard, tout en espérant que dorénavant, tout se passera mieux entre ces deux équipes.