L'UQTR

Propos controversés sur la vaccination: malaise à l'UQTR

Trois-Rivières — «Non seulement moi, mais aussi ma famille, les membres de l’Université, mes collègues, mon Université, mon département, mes étudiants sont mis dans l’eau chaude à cause de ça alors que je voulais exprimer une information personnelle, je voulais éveiller les gens. Je m’excuse auprès de mon Université, de mes collègues, de mes étudiants, du département dans lequel je suis.» Le professeur Christian Linard de l’Université du Québec à Trois-Rivières n’aurait jamais pensé que sa page Facebook personnelle allait créer un aussi grand remous, vendredi.

«Je ne suis pas contre les vaccins», affirme-t-il. «Mon message, c’est que la prise d’un médicament comme la vaccination» comporte des effets positifs, mais également négatifs, explique-t-il «et parfois graves».

«La vaccination n’est pas sûre et sans dangers», maintient-il. «Il n’y a pas que moi qui le dis. D’autres scientifiques le disent aussi. Mon intention était d’émettre une opinion personnelle. Je m’appuie sur mes connaissances scientifiques. La vaccination, oui, mais faites attention, son aspect sécuritaire est un mythe», résume-t-il.

«Quand on va à contre-courant, on se fait lyncher. Moi, je veux amener la réflexion», explique-t-il. La vaccination et ses effets, «ce n’est pas blanc ou noir», assure-t-il, donc ni tout bon ni tout mauvais.

Le professeur Linard a émis des propos controversés sur Facebook su sujet de la vaccination.

«Quand quelqu’un va à contre-courant du courant dominant, d’office, on se fait lyncher. Quand il y a une controverse, il faudrait plutôt essayer de comprendre ce qui se passe, faire un travail scientifique» fait-il valoir.

«C’est une opinion personnelle que j’ai mise sur Facebook. Oui, je suis professeur à l’Université, mais mon opinion est libre», fait valoir M. Linard qui constate que l’on «fait la guerre à toutes les personnes qui osent discuter de la vaccination».

Dans une entrevue accordée à RDI, le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, estime que le jugement le plus important envers le professeur Linard est celui qui a été porté, vendredi, par ses pairs. Le recteur ajoute que l’Université ne peut pas légiférer sur la prise de parole personnelle des professeurs. Toutefois, «dans son intervention personnelle, il a cité qu’il était professeur à l’Université. L’Institution est en droit de s’attendre à ce que les prises de parole soient appuyées sur des faits et sur des données probantes», explique M. McMahon. Le recteur indique que l’UQTR ira «voir ce qu’il fait dans ses cours». Si ses allégations ne sont pas supportées, dit-il, «on va voir ce que la convention collective nous permet de faire», prévient-il.

En entrevue au Nouvelliste, le professeur Linard assure qu’il n’enseigne rien sur la vaccination dans les cours qu’il dispense à l’UQTR. Quant à ses déclarations sur Facebook, il les appuie par des sources, plaide-t-il «et souvent par des articles scientifiques».

La page du professeur Linard a suscité un malaise chez plusieurs de ses collègues. C’est le cas du professeur Martin Descarreaux du département des sciences de l’activité physique de l’UQTR qui a œuvré pendant 11 ans au département de chiropratique, le même que celui où travaille actuellement Christian Linard.

«La position des organismes de santé est on ne peut plus claire», face à la vaccination, rappelle-t-il. L’Association chiropratique canadienne aussi supporte la vaccination, souligne-t-il.

Le professeur Gilles Bronchti du département d’anatomie se sent lui aussi très inconfortable face à cette situation. «Il y a un malaise comme à chaque fois qu’un universitaire propage des nouvelles ou des informations mal construites», dit-il. «C’est grave parce qu’il y a des gens qui meurent parce qu’ils ne sont pas vaccinés», dit-il. Ces informations, ajoute-t-il, sont propagées «avec son nom et son rôle de professeur d’université de l’UQTR. Il porte atteinte à la réputation de l’UQTR», dit-il en faisant un lien avec la chargée de cours de l’UQTR qui a récemment fait la manchette parce qu’elle enseignait que la Terre est plate. «On se retrouve avec une sorte d’image de charlatanisme», déplore-t-il.

La liberté académique que défendent si intensément les professeurs est certes importante, toutefois, il semble que là ne soit pas la question. «Lancer des interrogations, c’est le rôle de tous les scientifiques. Si l’on envoie des interrogations, il n’y a aucun problème», fait valoir Gilles Bronchti. «Quand les interrogations contiennent des réponses et que ces réponses sont sans beaucoup d’équivoques, là, on a un rôle qui n’est même pas scientifique», fait-il valoir.

Le professeur Johannes Frasnelli du département d’anatomie a commenté les publications Facebook de M. Linard à plusieurs reprises, car la qualité des informations l’interpellait. «Les papiers qu’il cite sur Facebook ne correspondent pas aux standards de la bonne science et c’est à ce niveau-là que j’ai critiqué», dit-il.

«Le danger, c’est que c’est un professeur d’université qui prononce ces propos-là qui ressemblent pas mal à des théories du complot et de la conspiration», fait-il valoir.

L’article paru dans La Presse + fait en sorte que «l’UQTR rayonne pour les mauvaises raisons», fait-il valoir.

Les professeurs estiment que toute cette affaire représente un dilemme parce que les professeurs défendent ardemment leur liberté académique, donc leur droit de parole. «D’un autre côté, ce sont des propos qui peuvent être très dangereux», croit le professeur Frasnelli. «J’inviterais mon collègue à réviser de façon critique ce qu’il met sur Facebook et à lire des articles scientifiques et non ceux des Universités Facebook et YouTube.»

Le professeur Lionel Berthoux, qui se spécialise en rétrovirologie, immunologie et maladies infectieuses à l’UQTR, se dit «fâché de l’exposition médiatique donnée à M. Linard parce que c’est une question de santé publique importante. Quand les gens ne sont pas vaccinés, c’est certain que les maladies infectieuses vont avoir plus de prévalence. On le voit présentement avec la rougeole partout en Occident. On l’a vu avec la polio qui a commencé à émerger à nouveau dans les zones de guerre parce que les gens ne peuvent plus se faire vacciner», plaide-t-il.

Depuis 1988, le Programme d’indemnisation des victimes d’une vaccination du gouvernement du Québec a reçu 271 demandes d’indemnisation. En 2012, Christian Linard a été honoré à l’occasion du colloque de l’Ordre des chimistes du Québec. Il a également collaboré à la révision de la Loi sur les chimistes. Il est également membre du conseil d’administration de l’UQTR depuis décembre 2018 et ce, jusqu’en 2021.