Le major Éric Duquette nie avoir commis des gestes à caractère sexuel le soir du 1er décembre 2018.

Procès du major Éric Duquette: au juge de rendre son verdict

Le major Éric Duquette a-t-il touché la fesse d’une militaire le soir du 1er décembre 2018, sur le plancher de danse de la barn, où se tenait le party de Noël de la 2e Escadre de la Base militaire de Bagotville ? L’officier supérieur a-t-il pressé son corps contre celui de sa subalterne, en lui susurrant à l’oreille qu’elle était « fucking hot » ? C’est maintenant au tour du juge militaire, le lieutenant-colonel Louis-Vincent d’Auteuil, de trancher si ces gestes ont bel et bien été posés. Le major Éric Duquette fait face à des accusations d’agression sexuelle, d’abus d’une subordonnée et de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline. Après quatre jours de procès tenu en Cour martiale, la cause est entre les mains du juge D’Auteuil. Son verdict sera rendu vendredi.

LA POURSUITE DEMANDE AU JUGE DE NE PAS CROIRE LE MAJOR

Selon la procureure de la poursuite, la majore Elizabeth Baby-Cormier, il n’y a aucun doute que le major Éric Duquette trouvait sexuellement attirante la présumée victime, qu’il a commis deux agressions à son endroit et que ces agressions n’avaient rien d’accidentel. La procureure militaire a demandé au juge D’Auteuil de ne pas tenir compte du témoignage de l’accusé, qu’elle estime non crédible, et de celui de l’adjudante maître Lynn Macfadden-Davis, puisqu’il ne visait qu’à entacher la crédibilité de ses témoins.

Le fardeau de la preuve repose sur les épaules de la poursuite, c’est-à-dire qu’elle avait à convaincre le juge militaire D’Auteuil que l’accusé est coupable, hors de tout doute raisonnable.

La majore Baby-Cormier a convenu que les versions de la plaignante et des deux témoins ne sont pas les mêmes. Mais elle estime qu’il s’agit là d’une preuve qu’elles ne se sont pas concertées avant de témoigner.

La poursuite a tout de même eu un peu de difficulté à expliquer les divergences entre les témoignages. « Comment vous pouvez dire ça, vous êtes dans sa tête ? », a rétorqué le juge, lorsque la procureure a voulu préciser comment la plaignante avait vécu les événements.

« Le major Duquette avait une attitude sexuelle sur le plancher de danse et les femmes le fuyaient. Il n’y a aucune chance que ces deux événements soient accidentels. Le major était un officier supérieur et il a touché deux fois la victime. Et l’utilisation des termes ‘‘fucking hot’’ était clairement à connotation sexuelle. Il trouvait la victime attirante sexuellement », a fait valoir la majore Baby-Cormier.

La poursuite demande au juge de ne pas croire l’accusé, qui a nié catégoriquement toute forme de geste déplacé. La procureure militaire a affirmé que le major Duquette avait été évasif concernant ces événements durant son témoignage. La défense a d’ailleurs répliqué à ce sujet qu’il n’avait pas pu être précis, puisque ces événements n’avaient jamais eu lieu.

Concernant le témoignage de l’adjudante maître Macfadden-Davis, qui a raconté avoir vu les trois femmes ivres dans les toilettes, la majore Baby-Cormier a demandé au juge de rejeter ces dires, puisque l’adjudante-maître n’a pas les capacités d’évaluer les niveaux d’intoxication des gens ». « Ce témoignage ne visait qu’à attaquer la crédibilité de mes témoins et leurs souvenirs de la soirée », a ajouté la procureure Baby-Cormier, précisant que les inconduites sexuelles étaient fortement réprimandées au sein des Forces armées canadiennes depuis 2015.

La poursuite a aussi affirmé que l’épouse du major n’était pas un témoin impartial, puisqu’elle partage sa vie avec lui. L’épouse du major a juré en Cour martiale, mercredi, qu’elle avait passé la soirée avec son mari sur la piste de danse et que tout s’était bien déroulé.

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UNE HISTOIRE INVENTÉE DE TOUTES PIÈCES, DIT LA DÉFENSE

« Non seulement ces gestes ne se sont jamais produits, mais ils ont été inventés. »

Me Charles Cantin, qui représente les intérêts du major Duquette, est catégorique. « Nous avons fait la chronologie des événements du 1er décembre 2018 en faisant défiler sept témoins et nous avons prouvé que cette agression sexuelle n’avait jamais eu lieu. La défense estime que la poursuite a fait ‘‘du collage’’, en prenant des parties de témoignages pour créer un événement culpabilisant. Il y a eu collusion dans ce dossier », a déclaré Me Cantin, dans ses plaidoiries au juge militaire D’Auteuil.

Le criminaliste a remis en doute le témoignage de la présumée victime et ceux des deux conjointes de militaire, qui ont raconté avoir vu le major prendre une fesse de la plaignante, aux alentours de 22 h, sur le plancher de danse. 

La plaignante a parlé d’un contact à sa fesse gauche en un premier temps et d’une accolade forcée un peu plus tard dans la soirée, alors qu’une témoin parle d’un « ramassage solide » de la fesse droite. La troisième témoin a raconté avoir vu le major prendre les deux fesses de la victime, par devant. 

« Ça ne tient pas la route. Les morceaux du puzzle ne fonctionnent pas. Tous les témoins, de même que la plaignante, ont affirmé que le major était d’excellente humeur et qu’il a passé la soirée sur le plancher de danse. Mon client aurait dansé, commis une agression sexuelle et continué à danser tout bonnement. Quand on ne dit pas la vérité, on risque de se mêler et c’est ça qui est arrivé. Elles se sont mêlées dans leurs menteries », a fait valoir Me Charles Cantin, qui a plaidé sur la crédibilité et la fiabilité des témoins de la poursuite, notamment sur le fait que l’adjudante maître Lynn Macfadden-Davis est venue dire en cour avoir averti en deux occasions les trois femmes, le soir du party de Noël, car elles étaient en état d’ébriété avancé. 

Si Me Cantin a évoqué la collusion dans cette affaire. C’est que les trois femmes sont amies et que deux d’entre elles se seraient vues entre le soir des événements et le dépôt de la plainte, quelques jours plus tard. 

« Seulement deux personnes auraient vu l’agression alors qu’il y avait une cinquantaine de personnes sur la piste de danse. Une témoin a affirmé que le major avait créé un malaise général au cours de la soirée. Aucun autre témoin n’a remarqué ce malaise. Voyons, rien ne se tient dans cette histoire », a souligné Me Cantin, qui est également revenu sur deux témoignages de militaires qui ont affirmé que les gens se touchaient involontairement sur la piste, tellement il y avait de danseurs.