Jason Cuscuna, le père du petit Luca, a livré un témoignage bouleversant.

Prison à vie pour Marie-Lou Beauchamp-Filion pour la mort de son fils de 2 ans

Trois-Rivières — Marie-Lou Beauchamp-Filion a été condamnée à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans et six mois pour le meurtre au second degré de son enfant de deux ans, le petit Luca Cuscuna en septembre 2017 à Bécancour.
Marie-Lou Beauchamp-Filion a plaidé coupable mercredi au palais de justice de Trois-Rivières à une accusation de meurtre au second degré.

En acceptant d’entériner cette sentence issue d’une suggestion commune des avocats, le juge Carl Thibault a cependant pris soin de s’adresser à la femme de 40 ans: «Vous avez commis le crime le plus grave. Vous avez enlevé la vie de votre seul et unique enfant, de votre chair. Vous n’étiez pas capable d’être séparé de lui une semaine sur deux. Pourtant, il y avait autre chose à faire; il avait le droit de vivre.»

Tout au long des audiences tenues mercredi après-midi au palais de justice de Trois-Rivières, Marie-Lou Beauchamp-Filion a d’ailleurs été incapable de retenir ses larmes. Dès son entrée dans le box des accusés, elle était visiblement bouleversée, presque effrayée. Pour l’occasion, sa famille et ses amis s’étaient déplacés en grand nombre pour la soutenir. Même chose aussi pour son ex-conjoint et père du petit Luca, qui était entouré des membres de sa famille. Avant même que le procureur de la Couronne, Me Benoît Larouche, ne prenne la parole, la tension était palpable dans la salle tant il y avait de la tristesse et de la colère. 

Le drame est épouvantable et les conséquences sur les familles sont désastreuses. Tout a commencé par une séparation très difficile entre Marie-Lou Beauchamp-Filion et le père de l’enfant, qui a notamment nécessité un jugement de cour sur la garde de l’enfant. Il a été décidé que la garde se ferait à temps partagé, une semaine sur deux. La mère est alors revenue vivre à Bécancour et le père est demeuré à Montréal. 

Incapable de surmonter la situation, la jeune maman a quitté son emploi à Bécancour et s’est fait prescrire des antidépresseurs. Elle a souffert d’une dépression, sans compter ses idées suicidaires. Lorsqu’elle a été interrogée par les policiers après le drame, elle s’est même comparée à Guy Turcotte en affirmant qu’elle voulait se suicider pour ne pas avoir à subir les conséquences et qu’elle voulait avoir son enfant avec elle pour toujours. 

Le 1er septembre 2017, elle a omis de se présenter au rendez-vous fixé avec son ex-conjoint pour l’échange de Luca. Elle a plutôt pris plusieurs médicaments et a assassiné son enfant. C’est son père à elle qui a fait la macabre découverte dans le logement de l’avenue Cyr. Elle était alors inconsciente, couchée dans la baignoire, et tenait son bébé dans les bras. Il avait la tête immergée dans l’eau. Ils ont tous les deux été conduits à l’hôpital où le décès du bambin a été constaté. La thèse du meurtre suivi du suicide a immédiatement été envisagée. 

Plusieurs membres de la famille Cuscuna ont tenu à se faire entendre devant le tribunal. C’est le cas du père de Luca et ex-conjoint de Marie-Lou Beauchamp-Filion, Jason Cuscuna, qui a livré un témoignage particulièrement bouleversant, empreint de résilience. D’emblée, il s’est adressé à elle pour lui dire à quel point il était difficile de se tenir debout devant «celle qu’il aime». Il lui a ensuite parlé de leur première rencontre, de leur vie de couple et de leur bonheur à la naissance de leur enfant. Encore aujourd’hui, il ne comprend pas ce qui est arrivé. «Je savais que tu aimais Luca énormément et moi aussi d’ailleurs. Tout ce que je voulais est qu’on soit ensemble pour partager la garde, pour te ramener à Montréal, pour qu’on puisse vivre ensemble et ne pas vivre des vies séparées dans des villes séparées. Cela ne devait pas se terminer ainsi», a-t-il déclaré en larmes. 

S’il s’est présenté devant le tribunal mercredi, c’est dans le seul but que justice soit rendue pour leur petit garçon. «Ce n’est pas quelque chose que j’avais envie de faire mais tu ne me laisses pas le choix. J’espère qu’un jour, tu pourras me donner des réponses. Jusque là, tu dois rester en prison et faire ce que tu as à faire. Je ressentirai toujours de l’amour pour notre fils. Ça m’a démoli; je ne suis plus le même, ainsi que ta famille, tes amis, ma famille, mes amis. Que Dieu bénisse notre petit garçon et qu’il repose en paix. »

D’autres membres de la famille paternelle ont également tenu à s’exprimer. Tous ont parlé des qualités de Luca, de sa joie de vivre, de leur amour envers lui et de leur fierté. Ils ont aussi fait part du vide créé par son départ.  D’autres ne se sont pas gênés pour manifester leur colère et leur rage envers l’accusée. «Tu as brisé mes rêves en tant que grand-mère. Une partie de moi est morte avec lui », s’est exclamée Elisa Cuscuna, la grand-mère paternelle. «Ce crime abominable m’a détruit moi et ma famille. Je suis amer et enragé par rapport au fait que tu m’as enlevé mon petit-fils. Il avait le droit de vivre une vie magnifique», a renchéri le grand-père, Dominic Cuscuna. 

Ils ont aussi réclamé une peine plus sévère que celle proposée par les avocats. Si, au départ, Marie-Lou Beauchamp-Filion avait été accusée du meurtre prémédité de son enfant, les discussions entre les avocats et une conférence de facilitation en présence du juge ont en effet donné lieu à une entente sur un plaidoyer de culpabilité pour une infraction réduite, soit celle de meurtre au second degré. 

Me Larouche a longuement expliqué les raisons qui l’avaient incité à accepter un plaidoyer sur une infraction moindre. D’une part, les expertises sur la préméditation du meurtre étaient contradictoires, ce qui aurait entraîné un débat d’experts. La prévenue a non seulement renoncé à la tenue d’une enquête préliminaire mais également à un procès via son plaidoyer de culpabilité, ce qui a évité aux familles beaucoup de souffrances liées au processus judiciaire. Elles pourront entreprendre leur processus de deuil, surtout qu’une suggestion commune est rarement portée en appel. Me Larouche a aussi insisté sur le fait qu’elle était condamnée à la prison à vie, un élément non négligeable dans les circonstances. Plus tard en entrevue, il a précisé: «Dans ce ressentiment que peut éprouver la famille, il faut garder l’optique de la perte d’un enfant de deux ans. Il y a beaucoup d’émotions et de colère mais ces critères ne sont pas pris en considération par la jurisprudence.»

De son côté, Marie-Lou Beauchamp-Filion n’a pas voulu s’adresser au tribunal. 

«Émotivement, c’est une journée où elle a beaucoup réagi aux commentaires. Elle est encore éprouvée à ce jour par les événements», a indiqué son avocate Me Pénélope Provencher. Elle s’est dite satisfaite de la sentence tout en rappelant qu’aucune peine ne pourrait ramener l’enfant.   

Notons que depuis son arrestation, Marie-Lou Beauchamp-Filion était détenue dans un centre de santé mentale. Elle sera maintenant transférée dans une prison. En tenant compte de sa détention préventive de 20 mois, il lui reste un peu moins de 12 ans à faire avant d’être éligible à une libération conditionnelle.