Marc-André Bélisle a perdu la vie, le 9 novembre dernier, dans un accident agricole. Sa conjointe Marie-Pierre Lemire a dernièrement présenté une conférence émouvante sur l’importance de la prévention tout en abordant le drame qui a frappé sa famille. Il laisse aussi dans le deuil ses trois enfants Grégoire, 10 ans, Éloi, 8 ans, et Amarillys, 12 ans.

Pour ceux qui restent...

Trois-Rivières — «J’aimerais juste par mon témoignage sensibiliser les producteurs agricoles et les travailleurs agricoles aux risques qui sont associés à leur travail et à l’importance de la prévention en matière de santé et de sécurité. Si vous ne le faites pas pour vous quand vous prenez un risque, pensez aux gens qui vont rester après.»

Marie-Pierre Lemire sait de quoi elle parle. Elle est préventionniste pour la Mutuelle de prévention de l’UPA dans la région du Centre-du-Québec. Mais elle est aussi l’épouse de Marc-André Bélisle et la mère de ses trois enfants. Son conjoint a perdu la vie, le 9 novembre dernier, enseveli sous le grain, dans un silo de la Coop Covilac à Baie-du-Febvre. «Cette journée-là, mon chum est rentré dans le silo pour aller voir ce qui était bloqué et il n’en est jamais sorti vivant.»

Ces propos, Marie-Pierre Lemire les a tenus lors d’une conférence empreinte d’émotions, qu’elle a présentée le 7 février dernier, à Shawinigan, dans le cadre du colloque en santé et sécurité de l’Union des producteurs agricoles. Sa conférence était déjà prévue avant même le décès tragique de son conjoint. Elle a choisi de la présenter quand même en parlant aussi du drame qui l’a frappée pour oui, sensibiliser les gens, mais aussi pour leur faire prendre conscience qu’une telle tragédie peut toucher tout le monde même les plus prudents. Il suffit d’une erreur, d’un instant pour que tout bascule... Elle a préféré ne pas nous accorder d’entrevue en raison de toute la peine qu’elle ressent chaque fois qu’elle raconte son histoire, mais elle nous a permis de reprendre les propos de sa conférence dans un objectif de sensibilisation alors que se déroule actuellement la Semaine de la santé et de la sécurité en agriculture.

Avec une conjointe dont le métier est justement d’identifier les principaux risques auxquels font face ceux qui œuvrent dans le milieu agricole et de les aider à les prévenir, Marc-André Bélisle était au courant des dangers inhérents à son travail. Le contremaître était un homme prudent, assure Mme Lemire. «Mon chum, c’était un gars passionné qui aimait la vie, et contrairement à ce que ça puisse paraître, c’était un gars prudent. Il faisait partie du comité de santé et sécurité à sa job. Il prenait son travail à cœur et, ce jour-là, je suis certaine qu’il a préféré aller voir lui-même dans le silo c’était quoi le problème plutôt que d’envoyer un de ses employés.»

Une situation trop familière pour elle. «Souvent comme préventionniste, je me fais dire: ‘‘De toute façon, ce n’est pas grave même si c’est dangereux, parce que je n’envoie jamais mes employés faire ça, c’est moi qui y vais’’. Que ce soit comme employeur ou comme employés, en 2019, on ne devrait plus perdre aucune vie humaine dans le milieu du travail», plaide-t-elle.

La résidente de Saint-Zéphirin-de-Courval se rappelle bien du matin du 9 novembre. Il faisait beau. Son conjoint prévoyait avoir beaucoup de travail. «Quand il est parti de la maison le matin il m’a dit: ‘‘Ça va être une grosse journée aujourd’hui, mais je te le dis, ça achève. Là tous les producteurs vont vouloir battre parce que c’est dans les dernières belles journées pour le maïs, et après on va pouvoir relaxer un peu’’.» En fin de journée, le grain ne s’écoulait plus dans un des silos. Il est allé voir... «Même si c’est l’ensevelissement dans le grain qui a emporté mon chum, ce jour-là, s’il avait été attaché avec un harnais quand il est descendu dans le silo - même s’il n’avait pas d’affaires à descendre - ça ne serait jamais arrivé tout ça. Ça aurait été une journée comme les autres, et il serait encore là avec moi aujourd’hui, pour s’occuper de nos enfants, pour fêter Noël, pour faire nos occupations quotidiennes, pour conduire ses gars au hockey, pour voir sa fille nager le vendredi soir, et il pourrait être encore là pour bâtir avec moi nos projets de vie comme l’érablière qu’on a ensemble», a-t-elle mentionné avec des larmes dans la voix.

À la suite de son vibrant témoignage, les participants au colloque se sont levés spontanément pour l’applaudir. Son histoire rappelle que derrière chaque accident se cachent des drames humains. Et des accidents, il y en a beaucoup. Trop. En cinq ans (2013 à 2017), cinq travailleurs agricoles ont perdu la vie en Mauricie et au Centre-du-Québec.

En moyenne, près de 170 chutes surviennent annuellement dans les exploitations agricoles du Québec. D’ailleurs, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) s’associe à l’UPA et au Réseau de santé publique en santé au travail pour sensibiliser les agriculteurs à l’importance de prévenir les chutes. «Il y a beaucoup de chutes en agriculture. Ça représente 17 % des lésions indemnisées par la CNESST dans notre secteur. On parle des chutes de hauteur, mais on parle aussi de toutes les autres chutes comme tomber dans des trous, glisser, s’enfarger. La cause d’une chute peut être banale, mais la conséquence peut être grave», note Marie Ménard, coordonnatrice du service de santé et sécurité du travail à l’UPA. Plusieurs actions de prévention peuvent être prises pour éviter les chutes comme, par exemple, un bon aménagement et un entretien adéquat des lieux. Il est aussi conseillé de toujours vérifier si les travaux peuvent être réalisés à partir du sol. Sinon, il faut utiliser des échafaudages ou des appareils de levage conformes, et dans bien des situations, le port du harnais est essentiel.

Accidents dans le milieu agricole

- De 2013 à 2017, 5047 lésions professionnelles ont été inscrites et acceptées pour le secteur de l’agriculture au Québec. 

- De 2013 à 2017, 17 travailleurs agricoles ont perdu la vie des suites d’un accident du travail au Québec. 

- Dans la province, entre 2013 et 2017, 842 lésions liées à des chutes sont survenues dans le secteur de l’agriculture. Trois décès sont le résultat d’une chute entre 2013 et 2017 au Québec. 

Pour la Mauricie et le Centre-du-Québec : 

- En Mauricie et au Centre-du-Québec, entre 2013 et 2017, pour le secteur de l’agriculture, 163 lésions professionnelles ont été inscrites et acceptées pour les 24 ans ou moins et 625 lésions professionnelles ont été inscrites et acceptées pour les 25 ans ou plus, pour un total de 788 lésions inscrites et acceptées. 

- En Mauricie et au Centre-du-Québec, entre 2013 et 2017, 5 travailleurs agricoles ont perdu la vie.

Source: CNESST