Poissons morts: le déversement devient la thèse la plus plausible

La thèse d’une maladie infectieuse est écartée dans le cas des centaines de poissons morts il y a un peu plus d’une semaine dans la rivière des Outaouais. L’hypothèse du déversement devient la plus plausible, selon l’expert qui a analysé la carcasse des animaux aquatiques.

Le Dr Stéphane Lair du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages explique que la putréfaction rapide des poissons complique la recherche de la cause exacte d’un phénomène comme celui qui a été observé dans la rivière des Outaouais.

« Quand on reçoit les poissons, ce qu’on essaie de faire, c’est d’éliminer la présence d’un problème infectieux, soutient le Dr Lair. S’ils sont exposés à un produit toxique, ils vont mourir rapidement. Il n’y aura pas d’accumulation du produit dans les chairs du poisson. [...] L’exposition à un produit toxique peut causer des lésions, mais on va pouvoir les détecter uniquement si les poissons sont extrêmement frais. »

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D’ailleurs, des biologistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) sont retournés aux abords de la rivière des Outaouais mercredi et n’ont trouvé aucune autre carcasse de poissons, ce qui « confirme qu’il s’agit d’un événement subit et circonstanciel », selon la porte-parole du MFFP, Caroline Bujold.

En recevant des spécimens de 12 espèces différentes, le Dr Stéphane Lair ne s’attendait pas à trouver de traces d’un virus ou d’une bactérie puisqu’une maladie infectieuse affecterait généralement « qu’une seule, ou quelques espèces très semblables ». Les causes environnementales les plus souvent observées sont celles du déversement d’un produit toxique ou d’une mauvaise qualité de l’eau – un niveau d’oxygène très bas, par exemple.

Selon le Dr Lair, les problèmes de qualité d’eau sont assez rarement observés dans les rivières, ce qui lui fait croire qu’un déversement est l’hypothèse la plus plausible pour expliquer la mort de tous ces poissons. « Le diagnostic d’un problème environnemental, que ce soit un déversement ou une mauvaise qualité de l’eau, va vraiment se faire plus grâce aux observations sur le terrain », précise le chercheur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages.

S’il s’agit d’un déversement de produit toxique, il précise qu’il pourrait être difficile d’identifier de façon précise la substance qui a empoisonné la faune aquatique, tout comme la personne ou l’industrie responsable.

« Comme c’est une rivière et qu’il y a un courant important, après une mortalité, même si on est sur place très rapidement, trois heures plus tard par exemple, le déversement peut déjà être dilué », affirme le Dr Stéphane Lair.

D’autres analyses

La directrice scientifique et politique de Garde-Rivière des Outaouais, Larissa Holman, explique par ailleurs qu’avant de connaître la source exacte, il faudra encore bien d’autres analyses. « Ces résultats ne sont que les premiers d’une série qui devront être effectués. C’est un grand défi d’identifier exactement ce qui a causé la mort de tous ces poissons. L’enquête n’est pas encore terminée. »

Elle ajoute qu’étant donné que ce qui a tué les poissons est probablement déjà dilué en raison du fort courant, comme l’a mentionné le Dr Lair, il est peu probable que le déversement puisse affecter la qualité de l’eau dans la rivière des Outaouais.