Les poissons morts dans la rivière du Lièvre et des Outaouais ont été frappés par un phénomène de sursaturation en gaz dissous causé par certaines opérations de la centrale hydroélectrique Masson.

Poissons morts: la centrale hydroélectrique Masson en cause

C’est un « phénomène de sursaturation en gaz dissous » causé par les opérations de la centrale hydroélectrique Masson qui est à l’origine de la mort de milliers de poissons dans les rivières du Lièvre et des Outaouais, un dossier qui pourrait mener au dépôt d’une poursuite pénale.

Lors d’un breffage technique organisé jeudi, des responsables du ministère de l’Environnement du Québec ont révélé les conclusions de leur enquête sur les quatre épisodes de poissons morts survenus depuis le début juillet.

Le sous-ministre au contrôle environnemental et à la sécurité des barrages, Michel Rousseau, a expliqué que plusieurs pistes avaient été écartées dans le cadre de l’enquête.

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Parmi ces pistes se retrouvent la chaleur, la présence de matières en suspension, un déversement, un manque d’oxygène ou encore des maladies, parasites ou virus.

Après avoir écarté ces causes, le ministère a conclu qu’une sursaturation en gaz dissous — de l’air — a causé une « embolie gazeuse » chez les poissons retrouvés morts dans l’est de Gatineau. Différents signes d’un tel problème ont été observés chez les spécimens prélevés, entre autres la présence de bulles de gaz dans les nageoires et la « vessie natatoire sortie par la bouche ».

Ce phénomène survient « lorsqu’un volume d’eau contient plus d’air qu’il ne le pourrait en condition normale », a-t-il été expliqué.

Les autorités ont conclu que « les responsables des épisodes de mortalité de poissons des dernières semaines » sont Énergie de la Lièvre S.E.C. et Services Énergie Brookfield inc., qui exploitent la centrale Masson.

Un « avis préalable à une ordonnance » a donc été émis à l’endroit des deux entreprises par le ministre Benoit Charette. Cette procédure légale doit être faite 15 jours avant l’ordonnance, pour laisser le temps aux entreprises d’émettre leurs commentaires.

Il leur sera ordonné d’exploiter « la centrale hydroélectrique Masson de manière à limiter les risques de sursaturation en gaz dissous dans l’eau rejetée à l’exutoire de la centrale dans la rivière du Lièvre ».

Une « étroite surveillance de la situation » sera aussi ordonnée sur une base permanente, tandis qu’à court terme, une mesure constante du taux de sursaturation devra être faite. Le ministère devra être avisé de tout niveau « dépassant un seuil jugé critique pour la faune aquatique ».

Il sera aussi exigé qu’un expert « reconnu » soit mandaté pour effectuer une étude sur les conditions d’exploitation pouvant occasionner une sursaturation. Le rapport qui en découlera devra contenir des recommandations et être soumis au ministère.

Possible poursuite

M. Rousseau a indiqué que le travail d’enquête se poursuit pour un éventuel dépôt d’une poursuite pénale.  

« Le but, c’est d’avoir des amendes dans ce cas-là », a-t-il dit. Un poste de commandement mobile du ministère restera dans la zone touchée « aussi longtemps que nécessaire », a-t-il ajouté.

Les entreprises concernées ont été avisées de ces plus récents développements jeudi midi. Elles n’ont « pas nié le fait que le phénomène des bulles serait relié à leur exploitation », a rapporté le sous-ministre, en précisant que « des travaux de nettoyage du barrage » pourraient être en cause.

Les deux compagnies ont pris l’engagement de travailler pour trouver une solution et de collaborer avec les autorités, a ajouté M. Rousseau. Ce dernier s’est dit « convaincu qu’[elles] ont une très bonne idée de quand ce phénomène-là se produit ».