Richard Garneau a été chef de direction de Produits forestiers Résolu de 2011 à aujourd’hui.

PFR: Richard Garneau quitte ses fonctions

Le président et chef de la direction démissionnaire de Résolu, Richard Garneau, considère qu’il laisse derrière lui une entreprise beaucoup plus solide qu’en 2011, alors que trois des quatre secteurs de production dans lesquels elle concentre ses activités sont en pleine croissance au moment où la Chine prend des décisions qui auront un impact positif à long terme pour le marché de la pâte commerciale.

Le principal intéressé présentait jeudi ses derniers résultats financiers trimestriels, en compagnie de son successeur et collègue de longue date Yves Laflamme. Les résultats confirment le retour progressif à la santé financière pour la papetière avec des indicateurs très intéressants, malgré les problèmes causés par les conflits commerciaux avec les États-Unis.

« Nous avons trois secteurs en pleine croissance avec la pâte, le bois d’œuvre et le papier tissu. C’est solide comme situation si l’on compare à 2011 », a répété le gestionnaire.

« Pour 2017, le secteur Pâte commerciale a enregistré un bénéfice d’exploitation de 79 M$, soit 42 M$ de plus qu’en 2016. Le prix de vente moyen s’est amélioré de 37 $ par tonne métrique, soit 6 %, ce qui reflète la demande accrue dans toutes les catégories de produits, et les volumes expédiés ont également augmenté de 37 000 tonnes métriques, soit 3 %, surtout à l’usine de Calhoun », précise le communiqué de l’entreprise.

Selon Richard Garneau, la décision de la Chine d’éliminer l’importation de produits recyclés (papiers et cartons) arrive à point nommé pour l’industrie. Les Chinois transformaient le papier recyclé en pâte pour la production de papier ou carton. On parle, selon Richard Garneau, d’une ouverture pour la pâte commerciale comme celle produite à Saint-Félicien de 1,5 à 2 millions de tonnes métriques par année pour combler les besoins de ce pays en croissance.

Richard Garneau est demeuré très prudent quant à la perspective d’une augmentation importante des capacités de production de pâte Kraft de l’usine de Saint-Félicien pour combler ce nouveau marché. Il laisse à son successeur le soin de mener les analyses et réitère l’un des éléments centraux qui n’ont toujours pas été réglés.

« Nous devons nous assurer d’avoir une plus grande prévisibilité pour l’approvisionnement en matière première. Il faut travailler encore pour changer cette situation », a insisté Richard Garneau, qui a fait de la prévisibilité des approvisionnements forestiers du Québec son principal cheval de bataille. Pour le patron à la retraite, cette prévisibilité dans l’approvisionnement en bois frais est à la base des projets d’investissement pour augmenter la production.

Richard Garneau a profité de la situation pour exhorter le gouvernement canadien à maintenir la plainte à l’Organisation mondiale du commerce dans le litige sur le bois d’œuvre. Selon lui, les propriétaires de scieries américaines transportent des barils remplis de billets verts à la banque tellement le litige actuel est rentable pour eux. « Chaque fois que nous exportons 1000 PMP de bois aux États-Unis, ils récoltent 100 $ sans investir un seul dollar dans leur usine. Ce sont les consommateurs américains qui font les frais de ce litige », réitère Richard Garneau.

Il est aussi encouragé par la décision rendue sur le litige du papier surcalendré, alors que le chapitre 11 de l’ALÉNA s’applique pour traiter ce litige. Les usines régionales de Kénogami et Dolbeau doivent verser 17 % de la valeur des exportations auprès du Département américain du commerce.

Dans ce dossier, Richard Garneau tourne les yeux vers la Nouvelle-Écosse et estime que tant et aussi longtemps que l’usine de PortHawkesbury sera en opération, l’avenir des deux usines de papier impression de la région sera menacé.

Appelé à identifier la réalisation qui lui a apporté la plus grande satisfaction, Richard Garneau répond sans réfléchir : « Je suis particulièrement content de la mobilisation avec les communautés et les syndicats pour contrer les attaques des groupes environnementaux contre notre industrie. Les gens ont bien compris les risques de ces attaques et leur impact dans nos communautés », a conclu Richard Garneau, qui occupera une fonction-conseil auprès du nouveau patron pendant un certain temps. 

Un Félicinois à la tête de Résolu

La nomination du comptable et administrateur Yves Laflamme de Saint-Félicien au poste de président et chef de la direction de Résolu va inévitablement rassurer les travailleurs et cadres de la papetière au Québec, alors que ce gestionnaire de carrière fait partie du paysage de l’entreprise depuis de nombreuses années.

La nomination du nouveau président et chef de la direction de Résolu a tout de même surpris l’industrie puisque Richard Garneau, qui évoquait à l’occasion son départ à la retraite, n’avait pas vraiment donné de signe à l’effet qu’il allait quitter la direction de l’entreprise. Les spéculations avaient tout de même commencé quant à sa succession et il y avait de fortes craintes que le conseil d’administration opte pour un gestionnaire américain.

Tout comme Richard Garneau, Yves Laflamme a été formé dans la culture de l’entreprise Donohue qui a été pendant longtemps l’une des sociétés de pâtes et papiers les plus innovatrices de l’industrie, jusqu’à la grande ronde des fusions qui a donné naissance à la papetière Résolu. Richard Garneau et Yves Laflamme ont travaillé pendant plusieurs années ensemble et le nouveau patron était un peu considéré comme un homme de confiance de premier plan de Richard Garneau.

La nomination d’Yves Laflmamme risque d’apporter une direction différente à la tête de l’entreprise. Richard Garnau a surtout opéré un redressement des finances de Résolu après la restructuration financière. Il avait pris l’engagement de tout mettre en œuvre pour respecter les engagements envers les retraités tout en exploitant au maximum les différentes usines de papier et les scieries dans des marchés frappés par des crises structurelles et conjoncturelles à répétition.

Richard Garneau a également mené une bataille importante contre les grands groupes environnementaux internationaux pour conserver les approvisionnements forestiers dans la grande forêt boréale. Il a mené cette bataille en créant de solides alliances avec les communautés de l’Ontario et du Québec ainsi que les syndicats locaux.

Yves Laflamme est à ce chapitre différent de son ancien patron. Il est toutefois en étroite relation avec les travailleurs dans les usines québécoises. 

Yves Laflamme prend la présidence et la direction de PFR.