Frédéric Dion

Opération banquise: la Garde côtière ne voit pas d’un bon œil l’activité

TROIS-RIVIÈRES — La Garde côtière canadienne a recommandé à l’aventurier Frédéric Dion et à ses deux acolytes, Jacob Racine et Daniel Barriault, de renoncer à leur projet qui consiste à parcourir la distance entre Trois-Rivières et Québec sur une banquise. Elle qualifie ce défi de dangereux et estime qu’il risque d’entraîner plusieurs conséquences fâcheuses.

«L’Opération banquise, prévue les 28 et 29 mars prochains, n’est pas une activité autorisée par la Garde côtière canadienne. La possibilité de conditions météorologiques difficiles, la température de l’eau, la force du courant, la présence d’autres navires et les marées sont des éléments qui constituent d’importants facteurs de risque pour les participants. La Garde côtière, dont une des raisons d’être est la sauvegarde de la vie humaine en mer, ne peut donc pas recommander la tenue de telles activités, foncièrement dangereuses. La Garde côtière canadienne n’a toutefois pas le pouvoir d’interdire ce type d’activités», a expliqué l’organisme au Nouvelliste, par courriel.

Les trois aventuriers ont avisé la Garde côtière de leurs intentions. Cette dernière leur a recommandé de s’abstenir de mener à terme ce projet en raison des diverses raisons de sécurité énoncées plus haut. Une position qui est loin d’ébranler Frédéric Dion. «Ils nous ont fortement déconseillé de le faire, comme nous, on déconseille fortement à quiconque d’essayer ça. Comme moi, je déconseillerais à tout le monde d’aller traverser l’Antarctique en solo. C’est dangereux, ne faites pas ça», laisse-t-il tomber. «On est des professionnels. J’ai été dans la marine. J’ai navigué le fleuve. Jacob, c’est un professionnel de gestion de la sécurité pour les tournages de télévision. Même chose pour Dan. Donc, à nous trois, on cumule l’équivalent de 20 ans d’expérience dans ce genre de situation. On a un plan de mesures d’urgence qui leur a été communiqué», ajoute-t-il.

Si jamais ils se retrouvent en difficulté, la Garde côtière va évidemment leur venir en aide dans la mesure du possible. «La Garde côtière n’a pas le mandat d’assurer la sécurité des individus lors d’événements de ce type. Toutefois, la Garde côtière canadienne a la responsabilité et le devoir de répondre aux appels de recherche et sauvetage qui lui sont adressés.»

À ce temps-ci de l’année, les navires de sauvetage de la Garde côtière canadienne ne peuvent pas être utilisés en raison des conditions de navigation actuelles dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Les activités de recherche et sauvetage sont donc assurées par les brise-glace, des embarcations à coque rigide, les aéroglisseurs et les hélicoptères. Elle travaille en partenariat avec d’autres intervenants comme la Sécurité civile, la Sûreté du Québec et les services d’incendie des municipalités riveraines. «Nous sommes fiers de cette responsabilité, mais comme tous les intervenants, nous ne pouvons être partout.»

Mais Frédéric Dion assure que la Garde côtière et ses partenaires n’auront pas à intervenir. «On doit être complètement autonome, c’est-à-dire qu’on s’assure de notre propre sécurité. On ne veut pas que la Garde côtière intervienne. Pour nous, c’est totalement exclu que ces organismes aient à s’occuper de nous.»

Tout a été pensé pour que le défi se déroule de façon sécuritaire, assure-t-il. «On a plus d’équipements de communication et de sécurité que n’importe quel kayak, canot, rabaska ou canot à glace. On a deux bateaux d’urgence, des feux de signalisation et une radio pour être en communication permanente avec les pilotes sur le fleuve Saint-Laurent. Ils vont savoir en permanence où on est. On a un déflecteur radar, des feux de navigation. On le fait, mais on le fait professionnellement.» Ils vont porter une veste de flottaison et une combinaison thermique. «On pourrait nager le fleuve avec ces équipements-là. On n’a pas besoin de la banquise, mais le défi de le faire et de réussir à se rendre, c’est intéressant.»

La Garde côtière craint toutefois que cette opération nuise à la navigation sur le fleuve. «L’opération Banquise pourrait engendrer des interruptions du trafic maritime. Les SCTM [Services de communication et de trafic maritime] devront communiquer leur position aux navires en transit pour éviter des incidents tels que des collisions. De plus, dans l’éventualité où la Garde côtière devrait leur venir en aide, ce sont les brise-glace qui seraient sollicités; ces derniers sont déjà occupés par leurs travaux de déglaçage. Cette activité non autorisée pourrait occasionner, en plus de risques de blessures graves, de sérieux contretemps et une logistique fort complexe.»

Mais Frédéric Dion assure qu’ils vont naviguer à l’extérieur du chenal. «Il n’y a pas un bateau qui va être dérouté pour nous.» Mais comment vont-ils contrôler la banquise? Ils ont trois options, précise Frédéric Dion: des pagaies, un cerf-volant à traction, et en cas d’urgence, un moteur.

Rappelons que les trois aventuriers ont l’intention de tailler un morceau de banquise avec une scie mécanique un peu en aval du pont Laviolette, pour ensuite naviguer jusqu’à Québec. Ils projettent de franchir une distance de 125 km en 36 heures sans pause. Il s’agit d’une préparation pour leur expédition En route vers l’Amérique du Sud qui aura lieu en novembre prochain. Ils souhaitent atteindre le pôle intérieur de l’Amérique du Sud qui se situe au Brésil.

Frédéric Dion a réalisé plusieurs défis comme la traversée de l’Antarctique en ski, un séjour en solo de 10 jours dans la forêt du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest et courir 33 marathons en 7 semaines.