Négociations suspendues à l’ABI

BÉACANCOUR — Parce que l’écart est trop important entre les parties, les négociations sont suspendues à l’Aluminerie de Bécancour. Le Syndicat des Métallos a confirmé cette annonce transmise par voie de communiqué par le médiateur spécial Lucien Bouchard.

Plusieurs séances se sont depuis tenues à Montréal, dans le cadre d’un comité restreint formé de représentants spécifiquement mandatés par les deux parties. Au terme de ces discussions, le médiateur spécial, le conciliateur et les parties constatent que le contexte ne se prête pas à un retour à la table de négociation, compte tenu des positions très éloignées de l’employeur et du syndicat.

En conséquence, le médiateur spécial, le conciliateur et les parties estiment opportun de suspendre les travaux de médiation, tout en restant disponibles à tous échanges et reprises de la négociation.

La section locale 9700 informera dans un premier temps ses membres de l’état des discussions avant de faire toute déclaration publique la semaine prochaine.

Devant la suspension des travaux de médiation, «la direction d’ABI est déçue de constater que le processus n’a pas permis de conclure un cadre de règlement avec la partie syndicale», peut-on lire dans un communiqué corporatif.

«La direction d’ABI tient à remercier l’Honorable Lucien Bouchard, médiateur spécial au dossier, pour ses efforts à faire avancer les pourparlers entre les parties. La direction d’ABI demeure ouverte à résoudre les enjeux du présent conflit de travail, et ce par une entente qui améliorerait la profitabilité et la production de l’usine, afin d’assurer une viabilité à long terme et le maintien des emplois de grande qualité», martèle la partie patronale.

«La direction d’ABI a proposé à la partie syndicale des solutions qui respecteraient l’ancienneté et assureraient un emploi à tous les employés présentement en lock-out. Ces propositions sont concurrentielles, équitables et alignées avec l’industrie de l’aluminium au Québec», renchérit Alcoa.

«Ça me déçoit et ça m’inquiète. Je n’aime vraiment pas ça. Je vais essayer d’en savoir plus», a commenté le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Pour sa part, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a indiqué qu’il n’était pas totalement indifférent par rapport à l’avenir de l’usine, mais «pas totalement inquiet».

«C’est préoccupant parce que ça fait neuf mois que le conflit dure. Toutes les options sont sur la table, mais je suis convaincu qu’il (M. Legault) va mettre de l’énergie pour essayer de faire débloquer ça. J’étais avec lui quand on a rencontré Clément Masse et les représentants du syndicat. Ce n’est pas nous autres qui allons régler le conflit, mais c’est sûr qu’on va essayer d’aider à la résolution de tout ça», a fait savoir ce membre du gouvernement caquiste.

Lors de la campagne électorale, son chef avait affirmé «qu’il faut qu’il y ait un contact direct entre le gouvernement et la haute direction à Pittsburgh». En entrevue éditoriale, François Legault s’était même dit prêt à se rendre au siège social américain de la multinationale en tant que premier ministre.

«Je ne suis pas en position actuellement d’intervenir ou faire beaucoup de commentaires. On n’est pas assermenté encore, mais une fois l’assermentation faite, ça va être un dossier prioritaire pour moi et le gouvernement. Neuf mois de conflit, c’est beaucoup. On va examiner ça de façon très rigoureuse», promet le député de la CAQ. 

Pour le professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez, ABI cherche à réduire les attentes des travailleurs pour leur prochaine convention collective et ainsi implanter un modèle de production flexible à l’usine de Bécancour. Et la perspective d’un autre hiver en conflit, avec des coûts élevés pour le Syndicat des Métallos, risque de jouer dans la balance.

«L’employeur a augmenté ses exigences depuis le début du conflit et testé des modes d’organisation du travail. Il a revalorisé son potentiel de production dans certains sites. On a affaire avec un employeur qui est présent dans 45 pays, il ne manque pas de solutions alternatives. Il reste quand même que tout indique que l’employeur est intéressé à rouvrir cette usine-là puisqu’elle la fait marcher au tiers de sa capacité avec ses cadres. Mais il sauve des coûts, soit 100 millions de masse salariale et une facture d’énergie beaucoup moindre», fait remarquer le spécialiste.

Pas moins de 1030 travailleurs sont à la rue depuis le déclenchement du lock-out par ABI le 11 janvier dernier. Le litige porte sur le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre et le financement du régime de retraite.

Le Syndicat rappelle que le lock-out déclenché par Alcoa et Rio Tinto a privé à ce jour l’État québécois de 161 millions de dollars en revenus d’électricité.

Plus souvent qu’autrement, c’est devant les tribunaux que patron et syndicat croisent le fer. Récemment, la compagnie Alcoa a obtenu l’autorisation d’en appeler du jugement rendu en mai dernier par le Tribunal des droits de la personne qui amenait l’Aluminerie de Bécancour à verser entre un million de dollars et 2,5 millions de dollars en compensations salariales à quelque 230 étudiants.

Il y a également eu ces accusations d’outrage au tribunal qui furent officiellement portées par Aloca contre le syndicat et des travailleurs. Déjà, le syndicat des Métallos et les officiers de la section locale 9700 avaient reçu une poursuite de 19 M$ de la part de l’entreprise qui estime à ce montant les coûts des moyens de pression exercés avant le conflit.