Accompagnée de Sylvie Morin, au centre, et Karine Gosselin, à droite, deux intervenantes spécialisées en violence conjugale, Nathalie Simard a présenté mardi à Trois-Rivières une conférence assez percutante pour sensibiliser le public au drame de la violence domestique sous de multiples formes.
Accompagnée de Sylvie Morin, au centre, et Karine Gosselin, à droite, deux intervenantes spécialisées en violence conjugale, Nathalie Simard a présenté mardi à Trois-Rivières une conférence assez percutante pour sensibiliser le public au drame de la violence domestique sous de multiples formes.

Nathalie Simard: «Osons dénoncer la violence»

TROIS-RIVIÈRES — C’est comme si Nathalie Simard était deux personnes à la fois. Il y a l’artiste de scène qui présentera son plus récent spectacle à la salle Thompson le 1er mars et d’autre part, la conférencière, qui prend la parole pour sensibiliser le public à toutes les formes de violence domestique qui minent notre société. Mardi après-midi, c’est cette dernière qui s’est présentée devant 350 Femmes dynamiques dans le secteur Cap-de-la-Madeleine pour porter son message.

Il convient de préciser que la chanteuse a lancé tout dernièrement une trilogie intitulée Je veux vivre, qui comporte un album de chansons originales, un livre ainsi qu’une série de conférences-spectacles. C’est une de celles-ci qu’elle a offerte mardi. Comme elle réside en Mauricie, il était normal qu’elle vienne dans la région au début de cette tournée qui compte d’ores et déjà un calendrier d’une trentaine de dates.

Malgré la gravité du sujet, c’est une cinquantenaire sereine et dégageant une évidente joie de vivre qui s’est présentée devant son public féminin. D’ailleurs, en entrevue, elle n’a pas hésité à reparler de l’expérience de sa cabane à sucre dont elle ne garde que de bons souvenirs même si l’aventure ne s’est pas terminée comme elle l’avait souhaité au départ. «Comme on dit, quand une porte se ferme, ce sont cinquante autres qui s’ouvrent. Avec le recul, je n’en garde que les beaux moments. J’ai découvert un coin de pays magnifique et j’ai beaucoup appris de cette expérience. Les gens ont été derrière nous dans cette aventure et ils me laissent de très beaux souvenirs. Maintenant que la cabane ne prend plus tout mon temps, je découvre la richesse de la région et j’apprécie chaque minute que je passe chez moi à la campagne.»

Il en faut du temps de qualité pour pouvoir aborder régulièrement une question aussi troublante que la violence domestique. Elle a d’ailleurs eu le mérite de s’adjoindre l’expertise de deux intervenantes au sein d’une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale: Sylvie Morin et Karine Gosselin. Le constat qu’elles font toutes trois sur le phénomène est ahurissant: à tous les six jours au Canada, une femme meurt des suites d’actes de violence conjugale. Quelques chiffres parmi plusieurs qui ont été présentés: les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) reçoivent 242 appels chaque jour, seulement 5 % des agressions sont dénoncées, 97 % des agresseurs sont des hommes, les deux tiers des victimes sont âgées de moins de 18 ans. Au Québec, en moyenne, une femme est victime d’une tentative de meurtre dans un contexte conjugal tous les huit jours. Ça donne le vertige.

Plus encore quand on élargit le portrait, comme l’ont fait madame Simard et ses collaboratrices, aux agressions sexuelles, à la violence faite aux aînés, aux conséquences de la violence conjugale sur les enfants qui en sont témoins, à l’intimidation, à la cyberintimidation, à la violence amoureuse chez les adolescents. C’est la raison pour laquelle la formule de conférence-spectacle implique l’interprétation de quelques chansons par Nathalie Simard, histoire d’offrir au public une petite pause pour mieux absorber le contenu de la conférence.

Il ressort notamment de cet effort de sensibilisation très efficace qu’il est essentiel de dénoncer, d’en discuter ouvertement et d’être à l’affût des indices qui devraient allumer des alarmes dans notre cerveau. Plus de gens pourront ainsi être des sentinelles dans un grand mouvement pour contrer cette violence dévastatrice. Plus on est informé, plus on a de chances d’éviter la violence ou de s’en sortir.

Et pour ceux qui sont victimes ou simplement témoins de comportements inquiétants, il faut savoir qu’il existe des ressources gratuites. On parle de maisons d’hébergement, des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) ou des CALACS qu’on peut appeler à tout moment, ne serait-ce que pour prendre des informations. C’est gratuit et confidentiel. «Ces intervenants sont formés pour aider et ils nous comprennent, a dit Nathalie Simard. Ils savent vraiment s’y prendre: on se sent écoutées.»

On a même indiqué au public qu’il peut être pertinent pour un parent qui aurait des doutes quant à un nouveau conjoint de sa fille, d’aller consulter le plumitif au palais de justice. C’est un service gratuit par lequel on peut savoir, avec seulement un nom et une date de naissance, si une personne a des antécédents judiciaires. Pour les aînés victimes d’abus, on recommande aussi de consulter le site SOS Abus de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et semi-retraitées (AQDR).

«Il faut que la honte change de camp, a conclu la chanteuse. Dénoncez! Osez parler parce que c’est comme ça qu’on va préparer un meilleur avenir pour les jeunes qui poussent derrière nous.»