Mort de Brandon Maurice: «cette situation a été créée par le policier lui-même»

Le policier de la Sûreté du Québec (SQ) qui a abattu le jeune Brandon Maurice, dans la nuit du 15 au 16 novembre 2015, à Messines, «était justifié» d’ouvrir le feu, mais doit reconnaître qu’il s’est mis dans une situation «qu’il a lui-même créée».

Ces conclusions ont été rendues publiques jeudi matin par le coroner Luc Malouin, à la lumière de son enquête publique.

Dans la nuit du 15 au 16 novembre, Brandon Maurice, 17 ans, a pris la fuite à bord de la voiture de son ami, dans les environs de Messines. La police a voulu l’arrêter, car la voiture n’était pas munie d’une plaque d’immatriculation.

Le jeune Maurice a tenté de s’échapper dans un sentier forestier.

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C’est à cet endroit qu’il s’est immobilisé, et que le policier Frédéric Fortier a sorti son arme à feu pour lui ordonner de sortir du véhicule. L’agent Dave Constantin complétait le duo de policiers.

Le jeune conducteur n’a pas obéi aux ordres.

Lorsque le policier Fortier s’est approché de la fenêtre du conducteur, il a fracassé la fenêtre pour déverrouiller la portière. Son bras gauche était alors coincé dans l’habitacle.

Brandon Maurice a mis les gaz, et la voiture a filé à vive allure. Le policier, incapable de se libérer, a senti que des arbres frappaient durement ses jambes, et que sa vie était en danger.

Après avoir averti le jeune qu’il ferait feu, il est passé aux gestes.

Une balle a atteint le thorax de Brandon Maurice.

«C’était lui ou moi», a lancé le policier, dans son témoignage, pendant l’enquête publique.

Selon le coroner Luc Malouin, les policiers auraient pu éviter une telle situation, puisque la fuite du jeune homme ne mettait plus la vie du public en danger.

«Rendu à cette étape de l’intervention, écrit Me Malouin, le policier était justifié de faire feu sur M. Maurice. Je crois que sa vie était réellement en danger. Il m’est toutefois impossible, à la lumière des témoignages entendus, de déterminer la position exacte du policier dans le véhicule au moment où il a fait feu ni par le fait même d’expliquer parfaitement la trajectoire du projectile. Cependant, j’ajoute un élément essentiel: cette situation a été créée par le policier lui-même qui a décidé de mettre sa vie en danger pour procéder à une arrestation inutile dans le contexte. M. Maurice a certes agi de façon téméraire et semblait inconscient de la conséquence de ses actes. Il a voulu défier l’autorité. On ne peut pas être d’accord avec ce comportement et on ne doit pas l’encourager d’aucune façon. Cependant, cela ne justifie en rien le fait que deux policiers expérimentés aient eux aussi agi comme ils l’ont fait, à l’encontre des principes de base en matière d’intervention policière et sans aucune notion d’urgence.»

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a porté aucune accusation criminelle contre les policiers Fortier et Constantin.

La famille de Brandon Maurice a quant à elle entamé une poursuite d’un million de dollars contre la SQ et les policiers.

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RECOMMANDATIONS DU CORONER

À la Sûreté du Québec et à l’École nationale de police du Québec:

  • Mettre en place des formations afin de rafraîchir les connaissances de base en matière d’intervention tactique des policiers et déterminer le contenu et la fréquence souhaitable de ces formations.


À la Sûreté du Québec:

  • Rappeler à ses membres l’importance de la formation tactique reçue à l’École nationale de police du Québec et de ne pas mettre en danger leur vie, comme celle des citoyens lors d’intervention où il n’y a aucune urgence d’agir.
  • Rappeler à ses membres que la simple arrestation d’une personne, sans que celle-ci ait été impliquée dans un crime majeur, violent ou à l’encontre de la propriété privée, n’est pas une urgence en soi.
  • Former les policiers à son emploi à l’utilisation des pansements hémostatiques et ajouter ces pansements dans les équipements de premiers soins que l’on retrouve dans les véhicules de patrouille.


À l’École nationale de police du Québec:

  • Analyser la pertinence d’intégrer une formation de premiers soins en cas de blessure par balle incluant l’utilisation des pansements hémostatiques au programme de formation de base des aspirants-policiers.