Depuis plusieurs années, l’église Saint-Joachim est un lieu de rassemblements. Il y a deux ans, Le Quotidien s’était introduit à l’intérieur du bâtiment et la scène était désolante.

Mon église livrée en enfer

CHRONIQUE / J’ai passé toute mon enfance dans l’église Saint-Joachim, cette église maintenant abandonnée dans le parc Caron à Chicoutimi. Elle trônait fièrement dans ce quartier de maisons de l’époque de la guerre, alors que la « Wartime Housing », l’ancêtre de la Société canadienne d’hypothèques et de logements, avait fait construire des maisons aux travailleurs des usines de guerre.

Dans ce quartier d’une centaine de maisons, où vivaient des familles nombreuses, le besoin de construire une église s’est rapidement imposé. En 1942, les architectes Alfred Lamontagne et Armand Gravel ont érigé une église en bois. Le prochain numéro de Saguenayensia, qui sera officiellement lancé le vendredi 16 novembre, consacre un court texte aux maisons de guerre et à l’église Saint-Joachim. Elle a passé au feu en 1942 avant la fin des travaux. Reconstruite en briques, elle a été détruite par un autre incendie en 1954. Elle a été reconstruite une troisième fois par les mêmes architectes, mais cette fois en granite rose du Lac-Saint-Jean et à l’épreuve du feu.

Désolation

Saint-Joachim, époux de Sainte-Anne et grand-père de Jésus, serait bien triste de voir quel sort les gens de Chicoutimi réservent à l’église de sa paroisse. Nous ne sommes vraiment pas bons pour conserver nos monuments, cette église en est encore une preuve. L’édifice est en décrépitude, les portes sont constamment défoncées et on peut y entrer comme dans un vieux moulin. Je suis allé faire un tour pour y jeter un œil, mardi, et c’est désolant, des détritus couvrent le sol et des traces de suie noircissent les murs à plusieurs endroits. Ça fait mal au cœur. Les pompiers de Saguenay sont intervenus lundi pour éteindre un début d’incendie à l’intérieur. Ça ne vaut pas la peine d’essayer de la faire brûler ; elle a été construite à l’épreuve du feu.

Pourtant, cette église a tellement été importante pour les paroissiens, comme toutes les églises, j’imagine. Je devais avoir cinq ou six ans quand les marguilliers de la paroisse ont fait une collecte de fonds pour refaire la toiture, dans les années 60. Ma vieille mère avait contribué à ce prêt sans intérêt à la paroisse qui remboursait par tranches de 50 $ tous les mois par un tirage au sort. Je la vois encore en égrenant son chapelet, après la grande messe, quand les marguilliers tiraient au sort la dizaine de familles qui allaient être remboursées ce mois-ci.

Fin d’une histoire

Cette église a été le lieu de rassemblement par excellence pour la communauté. Je la connais dans tous ses recoins, du clocher au soubassement en passant par la sacristie. J’ai été enfant de chœur pendant plusieurs années. J’y ai vu l’abbé Linteau s’y faire ordonner prêtre couché à plat ventre sur le sol, des baptêmes, des funérailles, des mariages et j’ai même personnifié le Christ lors d’un chemin de croix. J’y ai même vu des messes à gogo. Je me rappelle du curé Basil Néron, des odeurs d’encens et de la musique d’orgue.

C’est dans cette église qu’était aménagé notre local de scouts, la 27e troupe Saint-Joachim, où j’ai vécu une partie de mon adolescence. Il y avait la grande salle communautaire au sous-sol. Il y avait des spectacles et on y jouait au bingo. C’est aussi là qu’on allait voter. C’est aussi là que l’AFÉAS avait son local avec les métiers à tisser. Où j’ai eu la chance de tisser des catalognes avec ma mère qui a été présidente de son cercle de l’AFÉAS Saint-Joachim.

C’est assez !

Mes vieux souvenirs ne vont rien changer à la destruction annoncée de cette église à l’épreuve du feu. Bâtie dans un quartier de la « Wartime Housing », l’église Saint-Joachim, malgré un passé riche en histoire pour une petite communauté, n’a plus sa raison d’être à moins qu’un mécène ne lui sauve la peau.

Le clocher menace de s’effondrer, les résidants autour se sentent menacés par des jeunes qui fréquentent le bâtiment pour y faire des choses pas très catholiques.

Ce n’est pas normal d’avoir un bâtiment comme ça en plein cœur d’un quartier. Saguenay se doit de trouver l’argent nécessaire pour faire disparaître cette ruine qui n’est pas à la veille de pourrir au soleil.

Si ma vieille mère était encore en vie et dans la force de l’âge, ça ferait longtemps qu’un comité de paroissiens aurait pris l’affaire en charge. Comme il y a malheureusement peu de mobilisation citoyenne pour prendre soin du patrimoine bâti au Saguenay, la Ville doit au moins veiller à ce que le gâchis de l’église Saint-Joachim ne soit pas le Graphic Packaging de Chicoutimi.