Jean-Pierre Beaudoin

Marcher sur les braises à 8 ans?

Une vidéo montrant une fillette de huit ans marchant sur des braises aux côtés du conférencier Jean-Pierre Beaudoin a suscité de vives réactions sur les médias sociaux.

L’événement a eu lieu il y a quelques jours à Gatineau. On y voit la petite fille parler avec Jean-Pierre Beaudoin, puis s’élancer sur le lit de braises. Alors que certains se montrent admiratifs devant cette séquence impliquant une enfant, d’autres l’ont ouvertement critiquée. Des gens ont aussi rapporté l’épisode à La Tribune.

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Ces expériences où les gens sont invités à marcher sur le feu ont lieu dans le cadre de conférences où Jean-Pierre Beaudoin souhaite apprendre à son auditoire à maîtriser ses émotions, combattre ses peurs, à mieux utiliser sa « force intérieure » et sa concentration.

Jean-Pierre Beaudoin assure que tout s’est fait dans un contexte sécuritaire, que la fillette a assisté à la conférence d’une durée de cinq heures et qu’elle voulait elle-même le faire. La mère de la fillette abonde dans le même sens. Cette dernière, qui avait d’abord participé à cette conférence l’an dernier, souligne que c’est sa fille qui a souhaité participer à la conférence cette année et vivre l’expérience.

Tous les gens qui vont aux conférences doivent signer une décharge. « Jamais je ne laisserais un enfant s’il a peur de le faire », assure-t-il.

« Je ne suis pas un imbécile, ce n’est pas dangereux ce que je lui fais faire », dit-il au sujet de la fillette.

M. Beaudoin, qui agit également comme coach de vie, a récemment tenté d’établir un record Guinness à Sherbrooke, en marchant 190 mètres sur un brasier de 1200 degrés Fahrenheit (649 degrés Celsius). L’atteinte du record n’a pas fonctionné et il s’en est sorti avec quelques brûlures mineures aux pieds. « Ce n’est pas dans les mêmes circonstances (la tentative de record), assure M. Beaudoin. Là, elle a fait six pieds de long dans un tapis de braises très diminué... Tous les gens qui viennent signent une décharge. Les parents doivent être là », commente-t-il. Des enfants et des adolescents ont déjà tenté l’expérience auparavant, mais « pas beaucoup », selon M. Beaudoin.

« Tout un cheminement »

« Sérieux? Envoyez la DPJ quelqu’un », a commenté une femme sur les médias sociaux, visiblement offusquée de voir la scène.

« Il faut faire attention quand on porte des jugements dans l’ignorance à savoir exactement c’est quoi. Oui, ça peut paraître très dangereux et très impressionnant, quand on voit la vidéo de la petite fille. Par contre, on voit très bien que j’en prends très bien soin et qu’elle est bien correcte après », note-t-il.

La mère de la fillette assure que tout s’est fait « dans les règles de l’art ». « Ce n’était pas juste une question de dire : “ma mère a marché sur le feu”. Il y a tout un cheminement », assure la mère, en précisant que sa fille a écouté le contenu de la conférence.


« De la négligence, il faut que ce soit récurrent et établi avec une certaine chronicité. »
Me Geneviève Lafontaine

Si elle n’avait pas senti que sa fille était en sécurité, elle ne l’aurait pas laissé faire, assure-t-elle. « Ce sont des choses qui devraient être enseignées dans les écoles : pas de marcher sur le feu, mais la théorie de bien-être avec soi-même, de mettre notre focus à la bonne place », commente la mère que l’on n’a pas identifiée pour ne pas identifier l’enfant.

Négligence?

Permettre à son enfant de marcher sur des braises peut-il constituer une négligence? Avocate spécialisée en droit de la jeunesse, Me Geneviève Lafontaine précise qu’elle ne peut pas commenter un cas précis en particulier, mais seulement de façon générale.

« De la négligence, il faut que ce soit récurrent et établi avec une certaine chronicité. Ce sont toujours des cas d’espèce (...) Il y a plusieurs éléments. On doit évaluer l’ensemble des circonstances », note Me Lafontaine.

Parmi les facteurs évalués en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse pour déterminer si la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis ou pour déterminer si un signalement doit être retenu pour une évaluation, on note la nature et la gravité des gestes et des faits signalés, l’âge et les caractéristiques de l’enfant, de même que les ressources du milieu.

« Au niveau des situations visées, en matière de négligence, la jurisprudence établit qu’il faut démontrer que ce n’était pas anodin ni ponctuel », note Me Lafontaine, en ajoutant qu’il faut évaluer l’ensemble des faits et examiner les différents facteurs prévus par la loi.