La maladie de Lyme est transmise par une tique spécifique à pattes noires.

Maladie de Lyme: le Saguenay-Lac-Saint-Jean à risque

Dans son édition du 25 août, Le Quotidien rapportait l’histoire d’une chienne de Lac-Kénogami piquée par une tique porteuse de la maladie de Lyme. Vérifications faites : le risque de contracter la maladie de Lyme, autant pour les humains que les animaux, est bel et bien présent au Saguenay–Lac-Saint-Jean, confirment l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et la Direction de la santé publique. Mais avec des symptômes qui s’apparentent à bien d’autres maux, des connaissances à approfondir par la communauté savante et l’absence d’un test décisif, la brume ne cesse de s’épaissir pour ceux et celles qui soupçonnent avoir été infectés par des agents pathogènes. Si je vous disais que j’étais lymé, me croiriez-vous ? Et les médecins, eux ? Dossier sur la maladie de l’heure.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est déclaré zone à risque pour la maladie de Lyme par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Si les risques sont plus importants en Estrie, en Montérégie et en Outaouais, la région n’y échappe pas, et déjà, deux personnes ont été infectées par cette bactérie en sol saguenéen et jeannois.

(À lire: Lymé ou pas? | Chronique de Julien Renaud)

Deux cas humains d’acquisition locale, ce qui signifie que la piqûre est survenue en sol régional, ont été répertoriés, le premier en 2014, au Lac-Saint-Jean ; l’autre en 2017 à Saguenay. De surcroît, plus d’une dizaine de soumissions de tiques ont été analysées dans la dernière année, et au moins une tique a été collectée de surveillance active.

Et cela, c’est sans oublier toutes ces dizaines de personnes affligées qui ont contracté la maladie à l’extérieur de la région, et celles qui croient être infectées, mais qui n’ont pas de diagnostic.

La maladie de Lyme est causée par une bactérie qui se transmet par la piqûre d’une tique à pattes noires infectée, la Ixodes Scapularis. La maladie a été décrite pour la première fois en 1977 dans la ville de Lyme, au Connecticut (États-Unis).

Sur cette carte de l’Institut national de santé publique du Québec, on peut voir que Saguenay est ciblée comme étant une zone à risque et qu’il s’agit de la région la plus au nord du Québec où les dangers d’infection sont présents.

Depuis, la maladie, à déclaration obligatoire au Québec, progresse. Dans la Belle Province, elle étend ses tentacules principalement depuis 2011, si bien qu’elle fait désormais l’objet d’une surveillance accrue de l’INSPQ, qui produit une carte des risques. La Presse rapportait récemment que du 1er janvier au 18 juillet 2018, 75 cas ont été déclarés.

Dans la région, les données issues de la surveillance passive, c’est-à-dire qu’elles ont été rapportées de bonne foi par un tiers, principalement des vétérinaires, « indiquent que les tiques sont de plus en plus nombreuses dans la région, mais que la proportion de ces tiques rapportées qui sont porteuses est plutôt stable », indique le Dr Jean François Betala Balinga, de la Direction de la santé publique au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

En 2016, 93 tiques à pattes noires trouvées au Royaume ont été analysées, et 25 % d’entre elles étaient porteuses de la bactérie.

Évidemment, les données passives se multiplient en raison du climat de crainte qui règne dans la population, et de la sensibilisation effectuée auprès des vétérinaires.

La bonne nouvelle, c’est que « seules des tiques adultes ont été testées positives dans la région », rapporte Dr Betala Balinga, insistant sur le fait que les experts ne détiennent aucune preuve que « la tique peut faire un cycle de vie complet au Saguenay–Lac-Saint-Jean », et ainsi se reproduire ici.

Dans ce contexte, le médecin spécialiste en santé communautaire lance un message de mobilisation. « La collaboration de la population et des vétérinaires est importante. Avoir plus de données passives pourrait justifier et motiver une surveillance active. On pourrait ainsi mieux connaître l’état de la situation. »

La maladie de Lyme est transmise par une tique spécifique à pattes noires.

Plus au nord
Saguenay est d’ailleurs la zone à risque la plus au nord reconnue par l’INSPQ. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) estime que cette progression est liée aux changements climatiques, qui favorisent la migration des tiques, auparavant concentrées au sud de la frontière canado-américaine. De nombreux oiseaux migrateurs traînent dans leurs bagages ces parasites, explique Dr Betala Balinga.

Mais ce ne sont pas toutes les tiques qui peuvent transmettre la maladie de Lyme, précise-t-il. « Il y a plein d’autres tiques, notamment la tique de la marmotte, qui est très présente et très ressemblante. »

Dans le cadre d’une entrevue avec le collègue Roger Blackburn, vendredi, l’entomologiste Robert Loiselle abondait dans le même sens. « L’acarien n’est pas encore capable de compléter son cycle de vie dans la région, mais il est fort probable qu’il puisse s’adapter dans un contexte de réchauffement climatique », a-t-il soutenu.

L’érythème migrant en forme de cible est caractéristique. Il constitue le symptôme le plus probant d’une possible infection. Mais la tique doit être infectée et doit demeurer sur la peau « pendant au moins 24 heures » pour contaminer l’humain, rapporte le Dr Betala Balinga. Un traitement préventif par antibiotiques existe pour les cas détectés rapidement.

La lésion cutanée que l’on appelle érythème migrant peut se développer en forme de cible à la zone de la piqûre.

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SIX HISTOIRES D'HORREUR

Sur le Groupe québécois de la maladie de Lyme sur Facebook, chaque jour, des personnes tentent de comprendre leurs symptômes, partagent des photos de leur lésion cutanée ou racontent leur histoire en espérant y trouver du réconfort. Six personnes de la région ont répondu à une invitation du Quotidien.

Diagnostic coûteux au sud de la frontière

Femme, 45 ans, Roberval

Une Robervaloise a partagé avoir déboursé quelque 1500 $, il y a cinq ans, pour aller passer un test dans une clinique privée aux États-Unis. Et c’est sans oublier le coût des traitements, qu’elle « n’ose pas calculer » et qu’elle doit abandonner à répétitions par manque d’argent. Depuis ces traitements, son état de santé s’est amélioré, bien qu’il ne soit pas optimal. « J’arrive à travailler et à faire une vie presque normale », confie-t-elle. C’est à La Tuque qu’elle dit avoir été piquée. « J’avais une marque rouge de cinq centimètres. Je suis allée à l’urgence. On m’a dit que c’était une allergie. Ils ont fait un trait de crayon. Le lendemain, c’était environ 12 centimètres. J’avais déjà des maux de tête et de nuque intenses », raconte-t-elle. La Robervaloise s’est ensuite rendue dans une clinique privée de Trois-Rivières, avant de se diriger de l’autre côté de la frontière.

Test positif chez le naturopathe

Femme, 42 ans, Chicoutimi, et son fils, 9 ans

Une mère de famille de Chicoutimi croit avoir contracté la maladie de Lyme lorsqu’elle était enceinte et l’avoir transmise à son fils, une possibilité qui n’a pas encore été tranchée clairement par la communauté scientifique. « Mon fils a reçu un diagnostic clinique chez une naturopathe spécialisée. Il a des douleurs chroniques aux bras, aux jambes et au cou. Selon les médecins, c’était psychosomatique. On a vécu quatre années d’errance médicale avant le diagnostic, dénonce-t-elle. C’est nécessaire d’avoir un diagnostic clinique par un médecin capable de reconnaître la cascade de symptômes ! » La mère pointe également les perceptions négatives qu’engendre le manque de sensibilisation. « L’entourage, c’est aussi difficile à gérer que la maladie elle-même. Je passe pour la maman avec des problèmes psychologiques qui a décidé de faire devenir son enfant malade. Même mon mari a pris beaucoup de temps pour croire », termine-t-elle.

Verdict en France

Femme, 26 ans, Saguenay

Le calvaire d’une jeune femme de Saguenay a commencé en 2013. Des maux de tête quotidiens l’ont forcée à consulter. Elle n’a « jamais eu connaissance d’une piqûre ni d’une cible », mais a finalement reçu un résultat positif en France. D’ailleurs, selon elle, l’infection est survenue dans ce pays, où elle a complété un stage en milieu agricole à l’été 2012. « J’ai vu plusieurs médecins, passé une foule de tests, mais ils n’étaient pas capables de trouver ce que j’avais. On finit par croire que c’est vraiment notre tête le problème, avait-elle raconté, en 2016, au Quotidien. Je devais faire les démarches par moi-même. J’ai vu un spécialiste à Québec qui a avoué que je pouvais bien avoir la maladie de Lyme, mais il ne s’est même pas donné la peine de faire d’autres tests pour le confirmer. Il m’a dit qu’il n’y avait pas vraiment de traitement, que ça allait passer en prenant une marche chaque jour. » Encore aujourd’hui, cette jeune femme, malgré le diagnostic et les traitements, doit composer avec divers symptômes.

Des craintes pour bébé

Femme, 32 ans, Chicoutimi

Une dame de 32 ans de Chicoutimi s’est présentée à l’urgence avec une forme de cible, pensant avoir contracté la maladie de Lyme, mais les médecins « ont conclu à une allergie », raconte-t-elle. Elle a ensuite commencé à avoir de légers malaises, qu’elle a d’abord mis sur le compte de la fatigue, surtout qu’elle venait de donner naissance à un petit garçon. Puis, son état s’est détérioré. « J’ai été plusieurs fois malade, avec de grosses fièvres. J’ai des douleurs dans l’épaule et le coude, des muscles qui sautent. Ce qui me fait peur, c’est qu’à cette époque, j’étais enceinte », confie la Saguenéenne. Elle se dit épuisée de « se faire prendre pour une hypocondriaque ». « Je sens bien que quelque chose ne va pas. Si ce n’est pas la maladie de Lyme, c’est autre chose », insiste-t-elle.

« Écœurez-moi pas »

Femme, 72 ans, Saint-Ambroise

Au début du mois de juin, une résidante de Saint-Ambroise rapporte avoir été froidement accueillie par son neurologue, qui la suit depuis plusieurs années pour un diagnostic de sclérose en plaques, lorsqu’elle a voulu discuter avec lui de la maladie de Lyme. Ce dernier lui aurait répondu : « Écœurez-moi pas avec la maladie de Lyme, ça n’existe même pas au Québec ! , rapporte sa fille. C’est grave ! Ces gens nous soignent ! Ça brise des vies. » Comment pallier la situation ? « Informer, informer, informer et sensibiliser plus, la population, mais aussi le milieu médical », répond-elle. 

Ce Labernois de cinq ans a été piqué par une tique ayant été contractée la maladie de Lyme.

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EN CHIFFRE

Cas humains au Québec en 2018

• Aucun dans la région

• 142 au Québec

• 46 en Estrie

• 40 en Montérégie

• 90 de contamination au Québec

• 24 de contamination hors du Québec

• 28 de lieu de contamination inconnu

Source: INSPQ

Nombre de cas humains au Québec

2017: 249

2015: 112

2013: 71

Source: INSPQ

Nombre de cas humains au Canada

2017 : 2025

2015 : 917

2013 : 682

2011 : 266

2009 : 144

Source: Santé Canada

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GUIDE DE SURVIE

Pour contracter la maladie, il faut:

• Que ce soit la tique spécifique à la maladie de Lyme (à pattes noires)

• Que la tique soit elle-même porteuse

• Que la tique reste en contact plus de 24 heures

Premiers symptômes

• Fièvre

• Fatigue

• Maux de tête

• Raideur à la nuque

• Douleurs musculaires et articulaires

Complications

• Problèmes aux articulations

• Troubles cardiaques

• Symptômes neurologiques

Quelques mesures préventives

• Éviter les herbes longues

• Utiliser un chasse-moustiques

• Se couvrir le corps le plus possible

• Entrer son chandail dans son pantalon et le bas de votre pantalon dans ses chaussettes

• Prendre un bain au retour d’une activité extérieure

• Examiner son animal