Les retards dans la livraison de leur maison neuve et dans la finition des travaux ont provoqué des nuits blanches et beaucoup de stress à de nombreux acheteurs de Saint-Alphonse-de-Granby et de Cowansville, qui fulminent contre Les Habitations Novadomus.

Maisons livrées en retard: du rêve au cauchemar

Retard de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois dans la livraison de leur maison. Ou, une fois celle-ci livrée, du travail reste à faire : pas d’électricité, des travaux électriques non terminés, le revêtement extérieur incomplet, les rampes extérieures et les gouttières non installées, des joints à tirer, le terrassement inexistant.

Une douzaine d’acheteurs de maisons neuves ont déploré à La Voix de l’Est le travail « bâclé » des Habitations Novadomus et le manque de suivi à leurs doléances. La grande majorité a demandé à conserver l’anonymat, par crainte de représailles de la part de l’entreprise et de peur que celle-ci ne termine pas les travaux promis.

Hubert* en a assez d’attendre que les travaux sur sa résidence soient menés à terme. S’il considère la construction « bonne », il en va autrement pour la finition, dit-il. Fibrociment (type de revêtement) mal scellé, douche sans membrane hydrofuge sur les murs, rampes d’escalier vissées à même le gypse, un balcon qui s’effondre : la liste de problèmes est longue. « Je suis tanné, écœuré », clame l’Alphonsois.

De son côté, Élizabeth* n’a pu emménager dans sa maison neuve que près de huit mois après la date prévue. Malheureusement, plusieurs éléments du bâtiment n’avaient toujours pas été installés ; d’autres étaient endommagés. Malgré ses demandes, Les Habitations Novadomus n’ont toujours pas terminé leur travail. « Ils ne répondent jamais au téléphone. Je suis à bout. Ça ne finit jamais de finir », rageait la dame de Saint-Alphonse-de-Granby, qui a dû être hébergée chez des proches à la dernière minute lorsqu’elle a appris que sa demeure ne serait pas habitable dans le délai convenu.

Annie* attend pour sa part depuis près d’un an que des travaux soient exécutés sur sa résidence, qu’elle a reçue avec deux mois de retard, la forçant à se trouver un logement de fortune à brûle-pourpoint. « Ils viennent faire un tour aux trois semaines pour installer quelque chose, et après on n’a plus de nouvelles pour un moment, raconte-t-elle. On leur parle et ils me disent qu’ils vont venir, mais soit ils ne viennent pas, soit c’est très long. »

Pas de clé en main

Chloé* affirme également avoir obtenu les clés de sa maison neuve plus de six mois après la date convenue. « Et elle n’est toujours pas terminée », laisse tomber la mère de famille, mentionnant au passage que son voisin se trouve dans la même situation. « Honnêtement, je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi. »

« On pourrait écrire un livre ! », répond la Cowansvilloise quand on lui demande ce qui cloche dans sa propriété. Celle-ci n’était pas branchée à l’électricité, la thermopompe n’était pas installée, pas plus que les rampes d’escalier à l’extérieur de la maison, dont le terrassement n’avait pas été réalisé.

Même son de cloche de la part de Robert*, qui possède également une construction neuve, mais non complétée, à Cowansville. « On ne voit plus personne sur les chantiers non plus. Ils sont disparus de la carte », a-t-il indiqué, il y a quelques semaines.

Dans son quartier, au moins six maisons habitées n’auraient pas un revêtement extérieur fini, fait valoir Robert. « On a payé pour un service clé en main et on ne l’a jamais eu en fin de compte », déplore le propriétaire.

David*, un autre acheteur, avait bon espoir d’emménager dans sa maison à temps pour les vacances. Il a malheureusement dû attendre, puisqu’il a appris environ trois semaines avant le grand jour que son nouveau logis ne serait pas prêt à temps. Faute de pouvoir se trouver un logement à si brève échéance, le futur propriétaire a passé l’été dans une roulotte et a dû entreposer ses biens. Encore aujourd’hui, il ignore quand il pourra prendre possession de sa maison neuve. « On s’attend même à ce que ça prenne des mois, parti comme c’est là », rage-t-il.

Il n’est pas le seul dans son cas : d’autres propriétaires à qui nous avons parlé connaissent eux aussi des acheteurs dans la même situation. 

« Les travaux sur la maison n’avançaient pas et nous, on voyait la date de déménagement arriver rapidement », confie Nathalie*, qui a découvert par la suite que sa maison comportait plusieurs défauts.

« On nous a vendu un rêve. Mais c’est un vrai cauchemar », renchérit Élizabeth.

Autres plaintes

Des propriétaires mécontents ont aussi porté plainte à Garantie construction résidentielle (GCR), un organisme à but non lucratif indépendant mandaté par la Régie du bâtiment du Québec d’administrer le plan de garantie des bâtiments résidentiels neufs dans la province.

François-William Simard, vice-président aux communications et aux relations avec les partenaires, a confirmé que « des réclamations avaient été déposées contre Les Habitations Novadomus et étaient présentement sous analyse », sans toutefois en dévoiler le nombre ou la nature. « Un suivi sera fait avec les plaignants », assure M. Simard.

Si des réparations doivent être effectuées, GCR peut exiger du constructeur qu’il les réalise ; advenant un manque de coopération de sa part, l’organisme peut également choisir de les faire faire par une autre entreprise, aux frais de l’entrepreneur.

GCR établit par ailleurs une cote de qualité des entreprises en construction, basée sur la qualité du travail effectué, la santé financière de l’entreprise et la satisfaction de la clientèle et le nombre de réclamations. Cette cote demeure confidentielle, à moins que l’entreprise n’accepte de la dévoiler. En entrevue, le copropriétaire des Habitations Novadomus Benoit Aubin a affirmé ne pas connaître sa cote.

Des fournisseurs impatients

Un sous-traitant de l’entreprise a mis des hypothèques légales sur quelques résidences en attendant d’être payé. Plusieurs fournisseurs indiquent ne pas avoir reçu leur dû.

Eux non plus n’ont pas voulu être identifiés dans ce reportage.

« Plusieurs propriétaires de maisons nous appellent pour savoir si on est payés, parce qu’on a arrêté d’aller sur place pour faire les travaux », nous confie une employée d’une des compagnies embauchées à titre de fournisseur par Les Habitations Novadomus. 

Selon elle, l’entreprise doit « une jolie somme » à son employeur, mais elle ne sait pas si ce dernier la verra un jour. « Ça fait des mois, dit-elle. On a tellement eu de promesses. Mais est-ce que ça vaudrait la peine d’entreprendre des recours et de dépenser de l’argent, pour peut-être ne rien obtenir en bout de ligne ? »

Deux autres entreprises ont, au contraire, affirmé ne jamais avoir eu de problèmes avec Les Habitations Novadomus avec qui elles ont des relations très cordiales. « On a toujours été payés », nous a-t-on dit. 

*Noms fictifs

Benoit Aubin s’engage à ce que tous les travaux soient exécutés d’ici le 1er novembre­, à moins d’un imprévu hors de son contrôle.

UNE CROISSANCE TROP RAPIDE, DIT L’ENTREPRISE

Le copropriétaire des Habitations Novadomus, Benoit Aubin, se dit extrêmement désolé de ce qui arrive à certains de ses clients. « Être dans leur situation, je serais moi aussi très fâché », dit-il. Si son entreprise peine à respecter ses délais de livraison, c’est que ni lui ni ses associés n’avaient prévu sa croissance fulgurante. Il s’engage toutefois à finir le travail commencé d’ici l’hiver.

Selon M. Aubin, les retards remontent à aussi loin que 2016. « Jusqu’à l’an passé, on n’avait presque pas de retards, sauf pour de petites affaires », clame-t-il.

Or, une importante hausse de la demande a pris de court l’entreprise. « On est passés de 3 maisons [à construire] à 22, puis de 22 à 42, mais on n’a pas fait augmenter notre financement », explique le copropriétaire.

« L’une des erreurs qu’on a faites, c’est de permettre aux clients d’emménager quand l’intérieur de la maison était complété, mais pas l’extérieur. On avait fait ça pour accommoder les clients parce qu’on avait des retards, mais ceux qui habitent déjà dans leur maison se sont impatientés. »

Pourtant, les contrats préliminaires sont rédigés par un avocat et comprennent une clause stipulant que Les Habitations Novadomus ne sont soumis à aucune pénalité en cas de retard de livraison, allègue M. Aubin. « Les clients le savent, et ils l’ont signée », dit-il.

Mécontents, ceux-ci refusent de laisser aller des retenues de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour payer la construction des maisons et refuseraient de signer la fin des travaux parce qu’ils considèrent que certaines touches de finition sont à refaire. Résultat, Les Habitations Novadomus n’ont plus suffisamment de liquidités pour payer les fournisseurs et sous-traitants, ce qui ralentit l’avancement des travaux, explique M. Aubin.

« L’argent est gelé par la caisse », indique le constructeur, qui estime à environ 2,1 millions de dollars la totalité de ses comptes à recevoir. 

« Là-dessus, on pense faire environ 8 % de profit : donc tout le reste est dû à nos fournisseurs et partenaires », calcule-t-il, ce qui explique pourquoi certains sous-traitants refusent de retourner sur place et pourquoi l’un d’entre eux a déposé des hypothèques légales.

Fin des travaux

M. Aubin s’engage à ce que tous les travaux sur les maisons — une douzaine seraient toujours en chantier — soient exécutés d’ici le 1er novembre, à moins d’un imprévu hors de son contrôle. Mieux encore, il souhaite pouvoir terminer avant cette date butoir.

« On ne vend plus de maisons neuves pour cette année, tant que celles qui sont actuellement en construction ne sont pas terminées », dit l’entrepreneur.

Pas question non plus de laisser les clients emménager si les travaux ne sont pas entièrement complétés. « Je ne ferai pas signer la fin des travaux s’il manque ne serait-ce qu’une seule moulure ou une prise électrique », précise M. Aubin, qui dit essayer d’être « stratégique » pour mettre fin au casse-tête.
Il compte terminer une maison à la fois afin d’avoir les déboursés qui lui permettront de compléter le chantier suivant, et ainsi de suite.

Campagne de salissage 

Même s’il comprend tout à fait que certains de ses clients soient en rogne contre son entreprise, M. Aubin estime faire les frais d’une campagne de salissage menée contre lui. 

« Que le client soit fâché, il a le droit. De dire qu’on a une mauvaise gestion, c’est vrai. Tu peux être choqué, tu restes un humain, mais il y a des limites à ne pas atteindre », dit l’homme d’affaires, qui a entamé des recours juridiques en diffamation contre deux clients qui, selon lui, sont allés trop loin.

« Ceux qui disent qu’ils n’arrivent pas à me joindre, j’ai bien de la misère avec ça. Je suis super disponible », ajoute-t-il.

Benoit Aubin prétend qu’une page Facebook privée regroupe des propriétaires mécontents qui auraient coordonné leurs sorties pour le dénoncer. « Ça faisait du porte-à-porte pour voir ce qui ne marchait pas d’une maison à l’autre. Certains propriétaires ont été mal à l’aise et se sont sentis intimidés, relate-t-il. D’autres propriétaires sortaient de chez eux pour dire à des gens qui se promenaient dans le développement pour voir des terrains de ne pas acheter. »

« Derrière Novadomus, il y a des personnes, il y a des familles, rappelle-t-il. Une réputation, ça prend des années à se construire, mais c’est très rapide à détruire. »

Le maire Marcel Gaudreau

LA SITUATION S’AMÉLIORE, NOTE LE MAIRE GAUDREAU

Des plaintes contre Les Habitations Novadomus avaient été déposées à l’hôtel de ville de Saint-Alphonse-de-Granby, cet été, par des clients mécontents. La situation est toutefois en voie de se résorber, allègue le maire Marcel Gaudreau, qui s’est impliqué personnellement dans le dossier.

Comme la Ville chapeaute le projet en vendant des terrains, l’élu s’était rendu sur place en juin et au début de juillet pour constater les faits allégués par des acheteurs. Il comptait rencontrer chaque acheteur un à un pour vérifier les allégations qui circulent contre Les Habitations Novadomus. 

« Dans le moment, je l’ai en suivi, avait fait savoir l’élu à propos de l’entreprise. Je vais m’occuper que les travaux en cours soient complétés avant les vacances. »

Le maire disait avoir constaté un certain effet d’entraînement entre les différents propriétaires au cours de sa tournée. 

« Oui, il y a des problèmes, mais dans certains cas, ce n’était pas aussi grave que ce que le propriétaire laissait entendre. Ils ont mis la montagne un peu trop grosse », estimait-il.

« On sait que le constructeur est en tort, mais il faut aussi lui donner la chance de se replacer », avait ensuite fait valoir M. Gaudreau, pour qui le développement résidentiel de la municipalité est une priorité.

Quelques mois plus tard, le tout est en train de rentrer dans l’ordre. 

« Ça va bien, les gars travaillent fort, et c’est à l’avantage de la municipalité », a-t-il commenté.

À Cowansville, une demande d’accès à l’information a révélé qu’une seule plainte avait été formulée à l’hôtel de ville contre Les Habitations Novadomus.