La fermeture de l’usine Fortress de Thurso pourrait s’étirer jusqu’à trois ou quatre mois.

L’usine Fortress de Thurso ferme ses portes

La quasi-totalité des 323 travailleurs de l’usine Fortress de Thurso se retrouve sans emploi pour une période indéterminée qui pourrait s’étirer jusqu’à trois ou quatre mois, alors que l’entreprise a annoncé lundi qu’elle cessera temporairement ses activités à compter des prochains jours.

Victime collatérale de la guerre commerciale que se livrent actuellement les États-Unis et la Chine, l’usine de Thurso a été vivement affectée par un recul drastique du prix de la cellulose spécialisée dans la dernière année. 

Même si le marché pour ce type de produit est en croissance, 4 % à 6 % par année selon la direction de l’entreprise, c’est la baisse de 25 % du prix à la tonne qui fait mal à Fortress et qui force la compagnie à stopper ses opérations, une décision qui devrait permettre à la société de gérer ses surplus d’inventaires.

Un prêt de 5 millions $ accordé par le gouvernement du Québec, il y a un mois, qui devait permettre à l’usine de Thurso de maintenir ses activités tout en mettant en place un plan de restructuration financière qui devait inclure une recapitalisation, n’aura donc pas eu l’effet escompté. 

Le président et directeur général de Fortress Global, Giovanni Iadeluca, avait pourtant affirmé, lors de l’annonce de ce prêt, que les emplois seraient maintenus à Thurso et qu’aucune fermeture ne pointait à l’horizon. 

Lundi, M. Iadeluca a indiqué au Droit qu’un « temps d’arrêt temporaire » des installations de Thurso était désormais la meilleure solution afin d’assurer la survie de l’entreprise. Seulement depuis le dernier mois et demi, le prix de la pâte dissolvante a diminué d’un autre 100 $ à 150 $ la tonne, a-t-il précisé. En comparaison avec l’an dernier, le prix à la tonne de la cellulose spécialisée a chuté au total entre 300 $ et 400 $ la tonne. 

« Pour une usine de l’envergure de Thurso, ça représente entre 45 et 60 millions $ en manque à gagner. On produit environ 150 000 tonnes par année ici. Le marché est très difficile en Chine, en raison de la conjoncture des tarifs douaniers imposés par les États-Unis. Aujourd’hui, 80 % des textiles et vêtements qui vont de la Chine vers les États-Unis sont imposés par des tarifs douaniers, ce qui cause des difficultés. Une bonne partie de notre marché est en Chine. [...] Pour assurer qu’il y ait une pérennité à Thurso, on doit trouver une façon de réduire les pertes pour passer à travers la crise et pour se retrouver dans une position où on sera en mesure de redémarrer l’usine », a expliqué M. Iadeluca.

Ce redémarrage pourrait passer par une reprise des prix de la cellulose spécialisée sur le marché, par l’arrivée d’investisseurs internes ou externes ou par des prêteurs. 

Fortress Global prévoit un arrêt des opérations d’environ trois à quatre mois, selon le scénario le plus pessimiste, mais une relance plus rapide n’est pas écartée, a précisé le PDG de la compagnie. « Il y a une possibilité d’avoir un redémarrage avant. [...] Ça va nous prendre entre cinq et huit jours pour faire un arrêt d’usine ordonné qui nous permettrait un redémarrage rapide en cas d’un rebond significatif du prix de la pâte dissolvante », a mentionné M. Iadeluca.

L’entreprise continuera par ailleurs à opérer le système de cogénération et à traiter les effluents et les eaux usées de la Ville de Thurso. C’est donc dire qu’entre 40 et 50 employés resteront à l’emploi pour assurer ces opérations durant l’arrêt des activités.

Aide gouvernementale à venir ?

Par ailleurs, les ministres Pierre Fitzgibbon, de l’Économie et de l’Innovation, et Mathieu Lacombe, responsable de la région de l’Outaouais, débarqueront à l’usine de Thurso, mardi matin. Deux sources sûres ont confirmé au Droit que ceux-ci viendront présenter aux travailleurs ce qui s’apparente à un plan de sauvetage pour permettre à l’entreprise d’éventuellement poursuivre ses activités. Il s’agirait d’un prêt consenti par Investissement Québec qui n’empêcherait toutefois pas la fermeture temporaire de l’usine.

Impact sur les familles de la région

« C’est évidemment un choc pour tout le monde. Mais face aux difficultés de rentabilité de l’usine, on comprend aussi que les opérations ne peuvent pas opérer à perte indéfiniment », a déclaré le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, par voie de communiqué, tard lundi soir. 

Unifor regroupe 200 membres travaillant à l’usine de Thurso. « Pour l’heure, notre priorité c’est d’accompagner nos membres dans leurs démarches auprès de l’assurance emploi. Mais nous avons aussi espoir qu’à moyen et long terme, l’employeur réussira à développer des marchés plus prometteurs », a ajouté le dirigeant syndical.

De son côté, le maire de Thurso, Benoît Lauzon, s’est dit attristé par la situation, soulignant que Fortress génère plus de 1000 emplois directs et indirects en Outaouais. Le premier magistrat demeure toutefois optimiste que l’entreprise reprendra ses opérations dans un avenir rapproché.

« La papetière ne peut pas continuer à opérer à perdre de l’argent comme ça. Je pense que c’est une décision responsable que l’entreprise prend afin d’assurer sa survie sur le long terme. Maintenant, les travailleurs perdent leur emploi pour plusieurs semaines alors qu’on se trouve dans une période pas facile, avec l’automne, la rentrée scolaire et la période des Fêtes qui s’en vient. C’est un temps de l’année où ça coûte toujours un peu plus cher. Il y a un impact sur les familles du territoire et aujourd’hui nos pensées sont avec ces gens-là », a réagi le maire Lauzon.