L’UPAC a multiplié les rencontres ces derniers mois en lien avec des allégations d’irrégularités dans différents dossiers à la Ville de Trois-Rivières.

L’UPAC enquête sur l'administration municipale de Trois-Rivières

Trois-Rivières — Le développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, l’octroi de contrats à des firmes de génie-conseil, différentes faveurs qui auraient été obtenues par des proches de l’administration municipale, voilà quelques-uns des nombreux sujets qui intéressent l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui semble définitivement avoir accéléré la cadence au cours des derniers mois dans des enquêtes qu’elle mène actuellement sur la Ville de Trois-Rivières.

On savait déjà que Trois-Rivières était dans la mire de l’UPAC depuis quelques années. En 2013, des dossiers avaient été soumis par la vérificatrice générale de l’époque, Andrée Cossette, qui avait également récidivé en 2015 pour d’autres dossiers portés à son attention. L’un de ces dossiers avait d’ailleurs mené au congédiement d’un employé municipal, en lien avec une irrégularité décelée par la Ville et soumise à la vérificatrice générale.

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Or, selon ce que Le Nouvelliste a pu apprendre, depuis les derniers mois, l’UPAC a rencontré différentes personnes ayant gravité autour de l’administration municipale et du conseil municipal, et ce, depuis aussi loin que la création de la nouvelle Ville, en 2002. Quelques-unes nous ont d’ailleurs confirmé avoir été rencontrées cet automne.

L’une de ces personnes, qui a préféré conserver l’anonymat, confirme avoir été rencontrée en novembre dernier par les enquêteurs de l’UPAC, et soutient que l’enquête entourant plusieurs allégations serait très avancée. «Ce qu’ils cherchent, essentiellement, ce sont des témoins oculaires, qui pourraient venir dire devant la cour qu’il y a eu des irrégularités. Ils ne veulent plus de ouï-dire, ils cherchent vraiment des témoins», constate cette personne, qui a d’ailleurs fourni une déclaration sous serment aux enquêteurs, déclaration qui pourrait être admissible en preuve si d’éventuelles accusations devaient être portées devant les tribunaux. Impossible toutefois de savoir qui serait spécifiquement visé par ces possibles accusations.

Selon ce témoin, qui a été très proche de l’administration municipale pendant plusieurs années, l’UPAC semble clairement s’intéresser au dossier du développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, et plus particulièrement aux transactions touchant la vente des terrains qui appartenaient à l’origine à Excavation René Saint-Pierre, et qui avaient ensuite été acquis par la Ville pour être revendus dans le but de développer les immeubles d’habitation.

Certains contrats également octroyés à des firmes de génie-conseil seraient également scrutés à la loupe, tout comme un contrat pour un logiciel de géomatique octroyé à une firme qui avait auparavant pris part au processus d’appel d’offres pour ledit contrat. Ce contrat avait notamment été cité dans une plainte adressée au ministère des Affaires municipales en 2005 par plusieurs conseillers municipaux de l’époque, qui dénonçaient différentes irrégularités dans l’adjudication de contrats.

Cette plainte n’avait finalement donné lieu à aucun blâme, mais avait mené le ministère des Affaires municipales à émettre une recommandation à la Ville, celle «de prendre des mesures nécessaires afin de s’assurer que les règles d’adjudication des contrats soient toujours respectées lors de l’octroi des contrats de services professionnels et ainsi éviter que les dérogations détectées dans le présent rapport se reproduisent». Selon notre source, l’UPAC aurait également pris acte de cette plainte déposée en 2005 et des conclusions émises par le ministère de l’époque.

Par ailleurs, les enquêteurs auraient également posé des questions concernant différentes faveurs reçues, dont des invitations par différentes entreprises dans des loges corporatives pour assister à des matchs de hockey des Canadiens de Montréal. D’autres contrats octroyés à des firmes sont également sous la loupe des enquêteurs.

«Pour qu’on nous pose des questions aussi pointues que ça, tout ce que ça me dit, c’est qu’il y a des gens qui se sont mis à table et qui ont décidé de parler», mentionne notre source.

Dans un reportage diffusé à Radio-Canada Mauricie plus tôt cette semaine, l’homme d’affaires Luc Poirier, connu pour avoir participé à l’émission Occupation Double, affirmait lui aussi avoir été rencontré dernièrement par les enquêteurs de l’UPAC, en lien avec des révélations faites dans sa biographie parue en 2016, et dans laquelle il soutenait avoir été invité par un émissaire de la Ville de Trois-Rivières à verser 100 000 $ pour pouvoir conserver l’appel de proposition qu’il venait de remporter pour développer Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

Le Nouvelliste a tenté de joindre l’ex-maire Yves Lévesque pour obtenir ses commentaires, mais nos messages n’ont reçu aucune réponse. Rappelons qu’après avoir quitté pour un congé de maladie en octobre dernier, Yves Lévesque a démissionné de son poste le 27 décembre. Au cabinet de la mairesse suppléante, on ne veut émettre aucun commentaire, non seulement parce qu’il s’agit d’une enquête en cours, mais également parce que ni la mairesse suppléante Ginette Bellemare ni l’actuel chef de cabinet Jean-Marc Bergeron n’ont été contactés dans le cadre de cette enquête et ne sont au fait des allégations qui sont actuellement vérifiées.

Seule personne à avoir officialisé sa candidature dans la course à venir pour l’élection partielle à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin a pour sa part indiqué qu’il espérait que l’UPAC aille jusqu’au bout du processus et qu’elle déposera des accusations si c’est nécessaire. «Il n’y a rien de bon pour la Ville de Trois-Rivières que la situation s’éternise. En même temps, on semble comprendre que l’UPAC a de nouveaux éléments alors laissons-les faire leur travail», ajoute-t-il.