Le libéral Luc Fortin, défait dans Sherbrooke.

Luc Fortin « serein » malgré la défaite

« Ce n’est pas la soirée que l’on espérait ici dans Sherbrooke. Mais la population a parlé et en démocratie, le peuple a toujours raison. Il faut accepter le verdict. » Défait dans Sherbrooke, le candidat du Parti libéral du Québec (PLQ) Luc Fortin s’est dit serein malgré la défaite.

« Je tiens à féliciter très sincèrement la nouvelle députée élue Christine Labrie. Je pense qu’elle est en politique pour les bonnes raisons; j’ai eu la chance de la côtoyer pendant la campagne électorale. Très sincèrement, je lui souhaite du succès, car si elle en a, nous en aurons, nous, les Sherbrookois », a souligné M. Fortin.

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Élu en 2014, il a été nommé ministre de la Famille en 2017, après avoir été notamment titulaire de la Culture et des Communications, et ministre délégué au Loisir et au Sport. Il était également ministre responsable de la région de l’Estrie.

L’ambiance était lourde en fin de soirée au restaurant où s’étaient réunis les partisans de M. Fortin.

« Je suis très serein parce qu’on a travaillé très fort au cours des quatre dernières années. Plusieurs projets porteront la marque du Parti libéral. Je suis fier de notre bilan comme gouvernement », a-t-il fait valoir.

Luc Fortin a été submergé par l’émotion lorsqu’il a remercié sa conjointe Émilie Rouleau qui, a-t-il souligné, a sacrifié beaucoup pour qu’il puisse mener sa carrière politique.

« Les enfants seront heureux que j’aille les reconduire à l’école, a souligné le père de quatre enfants. On a décidé de s’impliquer en politique pour eux, mais je suis quand même content de passer du temps avec eux. »

Comment explique-t-il sa défaite? « Les gens ont cherché une nouvelle offre politique, je pense (...) C’était difficile de contrer ce vent-là », estime M. Fortin, qui s’était installé à Sherbrooke pour représenter la circonscription.

« On n’a pas gouverné en fonction des sondages, mais en fonction de nos convictions. Les décisions qui sont les plus populaires ne sont pas toujours les meilleures... On a pris de bonnes décisions, elles ont parfois été impopulaires, peut-être qu’on en paie le prix ce soir, mais en même temps, je suis satisfait du travail qu’on a accompli... »

Les prochains jours permettront d’analyser la défaite, « mais surtout d’amorcer la reconstruction de notre parti ».

Quant à son avenir professionnel, il indique ne pas vouloir se presser.

Luc Fortin
Le caquiste Bruno Vachon

Bruno Vachon, seul caquiste non élu en Estrie

De son côté, Bruno Vachon a vécu sereinement d’être le seul représentant de la CAQ en Estrie à ne pas avoir été élu à l’Assemblée nationale.

Pendant que les confirmations des victoires des candidats caquistes se multipliaient à travers le Québec, il a vu la candidate solidaire le dépasser.

« J’ai mené une campagne à ma façon sur le terrain. J’ai le sentiment du devoir accompli après avoir mené une campagne positive », explique Bruno Vachon qui accepte le résultat avec humilité.

Et ce résultat, il l’explique par une forte mobilisation de Québec solidaire (QS) dans Sherbrooke qui a convaincu non seulement les jeunes, mais une majorité d’électeurs.

« Nous avons vu au cours de la campagne que Sherbrooke était un comté particulier. Une course à quatre se dessinait en dehors des tendances. C’est ce qui se reflète. Un mouvement s’est créé. Je me réjouis du gouvernement majoritaire de la CAQ. Je n’en ferai pas partie. Je suis déçu, mais on voulait du changement au Québec et nous avons travaillé en équipe en Estrie. Mes collègues ont été élus. Le but ultime était que le gouvernement du Québec vive un changement. On est là », signale Bruno Vachon qui assure qu’il ne sollicitera pas de mandat lors des prochaines élections fédérales l’an prochain. Avec René-Charles Quirion

Rousseau « coulé » par la campagne nationale

Le candidat du Parti québécois Guillaume Rousseau estime que la campagne nationale a « coulé » ses efforts locaux pour ravir la circonscription de Sherbrooke aux libéraux.

À sa première expérience comme candidat dans une élection, le professeur de droit, chercheur et commentateur politique n’a pu faire mieux qu’environ 15 % des voix, terminant quatrième derrière Christine Labrie (QS), le ministre sortant Luc Fortin (PLQ) et Bruno Vachon (CAQ).

« Au dernier sondage, c’était une course à quatre. Ç’a évolué. Est-ce que le dernier débat de M. Lisée (Jean-François Lisée, chef du PQ) a eu un impact à Sherbrooke, je ne sais pas. Je n’ai rien senti qui, localement, aurait pu changer la donne. »

M. Rousseau n’avait pourtant pas ménagé les efforts depuis plus de six mois en menant une campagne très visible sur le terrain.

« Avant de faire de la politique, je suis d’abord un gars de contenu, un intellectuel. J’ai mis beaucoup d’idée sur la place publique et des idées qui, très très rarement, ont été critiquées. (...) J’ai semé quelque chose qui, je pense, va pousser. Je suis ouvert, si la personne qui est élue dans Sherbrooke souhaite s’entretenir avec moi, je serai toujours là pour Sherbrooke. »

Au national, M. Rousseau analyse que la déconfiture du PQ n’est pas différente des difficultés que rencontre la sociale-démocratie en Occident et que son parti devra se livrer à une solide analyse pour comprendre pourquoi ce qu’il propose ne plaît plus aux Québécois.

« Mais on ne lâchera pas, a-t-il dit à la poignée de militants venus prendre acte du verdict lundi soir. La marche vers un pays, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a des hauts, il y a des bas, il y a des détours. Là, ça c’est un bas, mais on va remonter. » Jacynthe Nadeau