Plusieurs lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour sont montés à bord de l’autobus les menant à la manifestation à Montréal, devant le siège social d’Alcoa.

Lock-out à l'ABI: la ministre nommera un médiateur spécial

TROIS-RIVIÈRES — Au lendemain de la sortie des maires de la région réclamant son intervention dans le dossier du lock-out à l’Aluminerie de Béancour, la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, a fait part de son intention de nommer un médiateur spécial pour dénouer cette impasse, vérifiant déjà la disponibilité des candidats potentiels.

Elle a fait cette annonce, jeudi, en réponse aux questions du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, qui lui demandait si elle allait s’impliquer davantage dans le conflit, l’invitant même à se rendre avec lui à l’usine pour rencontrer les parties.

Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, a parlé d’une bonne nouvelle. «Si l’intervention des maires a permis de faire ça, tant mieux», a-t-il confié au Nouvelliste.

Du côté de l’entreprise, on rappelle que «les objectifs de la direction d’ABI demeurent d’améliorer la productivité et la compétitivité de l’usine afin de lui assurer un avenir durable et prospère». «La direction d’ABI travaillera avec la personne nommée par le ministère du Travail lorsque les parties retourneront à la table de négociations», a indiqué la conseillère en communication, Sara Dubé.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, était heureux de la décision de la ministre Vien. «Notre objectif, c’est de trouver le moyen de faire de l’aluminium durant 25 ans à Bécancour. C’est l’étincelle que je cherchais. Mission accomplie», a déclaré celui qui juge important que les parties se donnent une occasion de s’expliquer et de mesurer l’écart qui les sépare.

Au salon bleu, le député Martel avait reproché à la ministre Vien de ne pas en faire assez. «Il y a une vingtaine de rencontres de médiation qui ont eu lieu, j’ai moi-même rencontré les parties. Maintenant, ce que je peux annoncer à cette Chambre, c’est que j’ai l’intention de nommer un médiateur spécial», a-t-elle laissé tomber. 

Or, sa réponse ne satisfait pas le représentant caquiste. «Je suis un peu découragé. Ça fait 14 semaines et elle cherche un médiateur. Si j’étais ministre, c’est sûr que je serais beaucoup plus agressif. Elle n’en fait pas assez», affirme celui qui n’a guère prisé l’attitude de la ministre face à ses questions.

Pendant ce temps, les lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour avaient pris la direction de Montréal en autobus pour participer à une manifestation qui se déroulait devant le siège social d’Alcoa à Montréal, et ce, dans le cadre de la Semaine de la relève syndicale. Au total, une centaine de jeunes militants syndicaux de la FTQ et de travailleurs syndiqués d’ABI ont donc manifesté en distribuant des feuillets explicatifs sur le lock-out décrété par les multinationales Alcoa et Rio Tinto Alcan. Et si le tout s’est terminé devant la Place Ville-Marie, c’est qu’Alcoa détient 75 % des actions de l’Aluminerie de Bécancour.

«Alcoa a tenté de jouer sur la division entre les générations au sein des travailleurs, actuels et futurs. C’est inadmissible de plonger dans la précarité 1030 familles. Il était important pour le comité des jeunes FTQ de montrer sa solidarité par cette action. Nous mettons les employeurs en garde : les tactiques de division sont stériles. La solidarité intergénérationnelle s’en trouve seulement plus forte», a fait valoir la coprésidente du comité des jeunes de la FTQ, Kathia Narcisse.

Les manifestants ont rappelé que le conflit déclenché le 11 janvier dernier porte principalement sur le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre et sur le régime de retraite. L’employeur voudrait omettre d’offrir des postes vacants aux travailleurs de l’usine et recruter directement à l’externe. La section locale 9700 du Syndicat des Métallos et ABI ne s’entendent pas sur le financement du régime de retraite.

«Comme jeunes syndicalistes, nous croyons à l’importance de bons régimes de retraite et du respect de l’ancienneté. Ce sont deux facteurs d’équité pour toutes les générations», ajoute le coprésident du comité des jeunes de la FTQ, Simon Richard.

Sur le feuillet distribué aux passants dans le métro, à la Gare Centrale ainsi que devant la Place Ville-Marie, on pouvait ainsi lire que le lock-out décrété par Alcoa et Rio Tinto Alcan représente à ce jour un manque à gagner d’environ 60 millions de dollars pour Hydro-Québec, à raison de 604 474 $ par jour. 

«Ce sont tous les Québécois et toutes les Québécoises qui paient pour le lock-out parce qu’en invoquant le cas de force majeure», ABI se sauve de l’obligation de payer pour tout le bloc d’électricité qui lui est réservé. C’est une aberration dont toute la population doit être consciente», a martelé Clément Masse.