Le maire Yves Lévesque a rencontré le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, lors d’une récente visite à Trois-Rivières.

Lévesque réfléchit sérieusement à faire le saut

SAINT-HYACINTHE — Le Parti conservateur nourrit l’espoir de convaincre le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, de sauter enfin dans l’arène fédérale. Le premier magistrat laisse entendre depuis des années qu’il y songe.

À son arrivée au conseil général du parti, samedi matin à Saint-Hyacinthe, il a affirmé que sa réflexion était avancée cette fois. Par ailleurs, il a profité de l’occasion pour signer sa carte d’adhésion du parti, devenant ainsi un membre en règle.

Et s’il décide de se lancer, il le fera dans la circonscription de Trois-Rivières, que détient actuellement Robert Aubin, du Nouveau Parti démocratique (NPD). Ce dernier se questionne d’ailleurs sur les motivations du maire à faire le saut sur la scène fédérale. Ces rumeurs font également réagir l’adversaire de M. Lévesque lors de la dernière campagne à la mairie, Jean-François Aubin, ainsi que des membres actuels du conseil municipal trifluvien.

Le conseil général du Parti conservateur du Canada a également été le théâtre du ralliement de l’ex-chef bloquiste Michel Gauthier – un prélude à la stratégie de la main tendue que comptent déployer les conservateurs pour faire des gains au Québec.

L’ancien élu du Bloc québécois a choisi de jeter son dévolu sur les conservateurs après avoir constaté qu’avec les gouvernements de Brian Mulroney et Stephen Harper, «il n’y a jamais eu de conflit de juridiction avec les gouvernements du Québec».

«C’est le parti politique le plus près des nationalistes québécois, le plus sensible au Québec», a-t-il argué à son arrivée au centre de congrès de Saint-Hyacinthe.

«Et c’est aussi un nouveau parti, avec un nouveau chef, une nouvelle équipe, un nouveau programme, et ça va faire un nouveau gouvernement. Et moi je veux travailler à ça», a martelé Michel Gauthier.

L’ancien député indépendantiste a accepté d’emblée qu’on lui accole l’étiquette de fédéraliste.

Il ne se présentera pas sous la bannière conservatrice, mais il s’impliquera pour donner un coup de pouce aux candidats québécois qui brigueront les suffrages.

Les conservateurs ont voulu marquer un grand coup en profitant du rassemblement pour annoncer le recrutement de Michel Gauthier au sein de leurs rangs.

Son adhésion comme membre du parti est symboliquement chargée, le Bloc québécois étant en pleine déroute depuis des mois sous la houlette de la chef Martine Ouellet.

Elle s’inscrit aussi dans une stratégie visant à grossir la tente conservatrice au Québec.

«Tendre la main» aux autres partisans
Et ce ne sont pas que les bloquistes qui sont conviés, comme l’a signalé dans un discours livré samedi matin l’ancien ministre conservateur et ex-ambassadeur du Canada en France, Lawrence Cannon.

Libéré du devoir de réserve que lui imposait son rôle de diplomate, il a invité les militants conservateurs à «tendre la main» aussi aux sympathisants néo-démocrates.

«Notre parti ne sera jamais un parti souverainiste ou un parti socialiste, mais il devrait toujours être un parti ouvert», a exposé M. Cannon dans son allocution devant les militants.

Dans les couloirs du conseil conservateur rôdait la députée néo-démocrate du comté de Saint-Hyacinthe-Bagot, Brigitte Sansoucy, où se tient le rassemblement du Parti conservateur.

Elle a assuré ne pas se sentir intimidée par le débarquement des troupes conservatrices sur ses terres ou accorder une quelconque crédibilité à l’idée que le parti a changé sous le leadership de leur chef Andrew Scheer, en selle depuis près d’un an.

«Ce que je vois en Chambre, moi, tous les jours, c’est le même Parti conservateur qu’on a vu pendant les 10 ans de (Stephen) Harper, les mêmes positions», a-t-elle argué.

«Encore cette semaine, c’était flagrant», a illustré Mme Sansoucy, faisant référence au cri lancé mercredi dernier en Chambre par le député conservateur Ted Falk au sujet du droit à l’avortement.

«Ce n’est pas un droit», a lâché l’élu du Manitoba alors que Justin Trudeau clamait, en réponse à une question, que ses libéraux allaient toujours défendre ce droit.

Andrew Scheer est lui-même opposé à l’avortement, mais il a promis que jamais, sous sa gouverne, ce débat ne serait rouvert. Stephen Harper a eu la même approche pendant sa décennie au pouvoir.

Opération de charme conservatrice
La tenue d’un conseil général au Québec, une première, s’inscrit dans le cadre d’une offensive de charme auprès de l’électorat québécois.

Le Parti conservateur du Canada veut être perçu comme «une alternative sérieuse pour le Québec» - titre qui coiffe le cahier de 73 résolutions distribué aux quelque 400 militants qui ont convergé vers Saint-Hyacinthe pour le week-end.

Les conservateurs ont fait élire un nombre record de 12 députés québécois aux dernières élections d’octobre 2015, et ce, en dépit de l’impopularité de l’ancien chef Stephen Harper.

Ils tâchent maintenant de mettre en valeur le nouveau capitaine du navire, Andrew Scheer, en misant sur une stratégie médiatique qui s’est notamment déployée avec la présence du chef sur le plateau de l’émission «Tout le monde en parle».

Son prédécesseur avait toujours refusé d’y mettre les pieds. On a ainsi voulu marquer une rupture avec l’ère Harper.