Les responsables de service de garde en milieu familial privé subventionné ont manifesté pour un salaire égal à celui d’une éducatrice non formée qui fait son entrée dans un centre de la petite enfance (CPE) et pour un allègement réglementaire de leur métier.
Les responsables de service de garde en milieu familial privé subventionné ont manifesté pour un salaire égal à celui d’une éducatrice non formée qui fait son entrée dans un centre de la petite enfance (CPE) et pour un allègement réglementaire de leur métier.

Les responsables de services de garde en milieu familial rugissent

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Elles étaient peut-être regroupées sous la fenêtre de son bureau de Cowansville, ce n’est pas pour chanter la sérénade à la députée de Brome-Missisquoi et ministre responsable de la Condition féminine Isabelle Charest que près d’une centaine de responsables de services de garde (RSG) en milieu familial se sont permis une journée de congé, mardi.

Ce rassemblement organisé par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) s’est déroulé sous présence policière dans le cadre d’une deuxième journée de grève tournante qui se poursuivra à travers la province jusqu’à vendredi. 

Les RSG réclament au ministère de la Famille et du Conseil du trésor la reprise des négociations. La CSN a mandaté un conciliateur en ce sens, a-t-on fait savoir. 

«Il y a quelque chose de symbolique à être devant les bureaux de la ministre de la Condition féminine», souligne Hélène Côté, 2e vice-présidente du Conseil central de la Montérégie. 

En effet, la très forte majorité des RSG sont des femmes. Ce sont donc elles qui sont aux prises avec les conditions de travail précaires associées à la profession et que les manifestantes masquées souhaitent voir s’améliorer.

L’enjeu pécuniaire est d’ailleurs la principale préoccupation des RSG, qui réclament au ministère de la Famille et du Conseil du trésor la reprise des négociations et la bonification de leur salaire.

Selon elles, la rémunération globale leur étant offerte par Québec est inférieure au salaire minimum une fois convertie en taux horaire, étant donné qu’elles travaillent en moyenne une cinquantaine d’heures par semaine pour s’adapter aux horaires des parents. Le gouvernement ne leur reconnaît des semaines de travail de 35 heures seulement.

«Tout ça alors que le coût de la vie augmente. On n’arrive pas à maintenir un service à la hauteur des exigences du ministère, qui sont toujours de plus en plus élevées», rappelle Karine Morriseau, RSG et représentante de ses consoeurs.

Essentiellement, les responsables de service de garde en milieu familial privé subventionné souhaitent un salaire égal à celui d’une éducatrice non formée qui fait son entrée dans un centre de la petite enfance (CPE), un écart à combler d’environ 18 000$ annuellement, calcule la FSSS-CSN. 

À l’heure actuelle, une RSG ayant la charge de 6 enfants à son domicile gagne 27 000$ par année, après déduction des dépenses.

Un salaire qui démontre la faible estime, voire le «mépris» de Québec  à l’endroit des RSG, allègue Mme Morriseau. «Quand on nous répète que l’on amuse les enfants dans nos maisons et que l’on travaille moins fort à certains moments parce qu’ils ne sont pas tous là en même temps, c’est insultant et dégradant», laisse-t-elle tomber.

La précarité des conditions de travail des RSG mènent plusieurs d’entre elles à se réorienter pour améliorer leur sort, indique Karine Morriseau, RSG et représentante de ses consoeurs.

«Exode» des milieux familiaux

«On est épuisées, mais on s’en fait toujours demander plus en se faisant offrir un salaire moindre, témoigne Josée Deslandes, RSG depuis 26 ans. C’est assez décourageant de toujours en faire plus pour moins, si bien qu’on est plusieurs filles sur la corde raide à se demander si on continue de garder le cap.»

Effectivement, la précarité des conditions de travail des RSG mène plusieurs d’entre elles à se réorienter pour améliorer leur sort, indique Mme Morriseau.

«Depuis mai 2020, 250 milieux familiaux privés et subventionnés ont fermé leurs portes au sein de notre fédération, précise-t-elle. C’est un véritable exode.»

«Ça nous préoccupe, parce que chaque milieu qui ferme laisse six enfants sans service», ajoute-t-elle.

Moins de paperasse

Entre autres demandes, les RSG réclament un assouplissement réglementaire, elles qui se disent débordées par la paperasse et le volet administratif de leur travail.

«Le ministre de la Famille avait garanti un allègement réglementaire il y a déjà un an qui viendrait améliorer nos conditions de travail, rappelle Mme Morriseau. On attend toujours.»

«Le ministre se fait très discret, ajoute-t-elle. On ne l’entend pas nulle part et il refuse de commenter.»

Chaque heure passée à remplir des formulaires à la demande du ministère de la Famille est une heure de moins passée auprès des enfants, souligne pour sa part Mme Deslandes. «Toute la paperasse est devenue une surcharge de travail incroyable. On parle de bulletins pour les enfants, d’observations supplémentaires, de fiches d’assiduité...», énumère-t-elle.

Des documents qui sont parfois superflus quand une communication est bien établie et régulière auprès des parents, estime Danielle Pelland, également RSG. «On veut que les enfants soient bien nourris, qu’ils aient du plaisir, qu’ils apprennent et qu’on leur inculque de belles valeurs, rappelle-t-elle. En plus, il faut se garder à jour sur les pratiques et tout. Mais comme j’ai beaucoup de papiers à remplir...»

C’est sous le slogan «S’unir pour bien grandir» que les dames ont fait du bruit à l’intersection de la route 139 et de la rue de Sherbrooke, où surplombe le bureau cowansvillois de Mme Charest. Demain, elles passeront le flambeau à leurs consoeurs des autres régions pour la suite des grèves tournantes, qui culminera à Montréal avec un grand rassemblement vendredi.