Adeptes de plein air, les patineurs Kasandra Bradette et Samuel Girard comptent s'installer à Ferland-et-Boilleau, au Saguenay.

Les patineurs Samuel Girard et Kasandra Bradette accrochent leurs patins

« Libérée, délivrée ! C’est décidé, je m’en vais », chantait Elsa, la Reine des Neiges. C’est sans doute le refrain qu’avaient envie de chanter à tue-tête le couple olympien Samuel Girard et Kasandra Bradette, qui ont annoncé officiellement leur retraite dans leur région natale, vendredi, en présence de leurs proches et de plusieurs représentants du patinage de vitesse courte piste, puisque la fédération québécoise tient son congrès annuel à Saguenay.

Si l’annonce de la retraite de la Félicinoise Kasandra Bradette semblait plus prévisible, après qu’elle ait concrétisé son rêve olympique, celle de Samuel Girard a confondu tous les sceptiques puisque l’athlète de Ferland-et-Boilleau et champion olympique du 1000 mètres tire sa révérence à l’âge de 22 ans – bientôt 23 –, alors qu’il a toujours été perçu comme le digne successeur de la locomotive du patinage de vitesse, Charles Hamelin.

Volubiles, Kasandra et Samuel ont pris le temps d’expliquer leur décision respective, en plus de remercier leurs proches et les nombreuses personnes qui les ont accompagnés et soutenus tout au long des 18 années consacrées à leur sport. « Ça n’a pas été un choix facile à faire. On s’est rendu compte qu’on avait le sentiment du devoir accompli dans notre sport, mais de nouveaux défis nous appellent. Ç’a été une longue réflexion de mon côté. Ça s’est fait par étape. Une petite voix m’a dit qu’il était temps de passer à autre chose », a relaté Kasandra. Cette dernière aura été un modèle de détermination, elle qui a surmonté de nombreux obstacles pour réaliser son rêve olympique, dont une blessure au dos.

Le coeur n’y était plus

Pour sa part, Samuel a bien essayé de se convaincre qu’il était victime du ‘‘blues post-olympique’’, mais la petite flamme du patin avait faibli. C’est d’ailleurs lui qui a été le premier à décider de prendre sa retraite. « Souvent, les gens ne voient que la façade ; que c’est beau le sport et c’est vrai que c’est incroyable ce que l’on vit. Mais il y a toujours l’envers de la médaille. J’adore le patin, mais je ne suis pas un mordu, un passionné qui ne vit que pour le patin. Il y a plein de choses que je veux faire dans la vie », assure celui qui, à PyeongChang, est devenu le premier champion olympique canadien au 1000 m.

« Peut-être que si je n’avais pas participé aux Jeux en 2018, j’aurais continué pour atteindre mon but. Mais j’ai eu la chance de le vivre en un cycle, alors pourquoi ne pas passer à autre chose ? J’étais prêt à ça. Je n’ai jamais voulu être la superstar du patinage de vitesse. Je faisais du patin pour moi, pour mes valeurs et mes buts personnels. Je veux enlever ce côté tabou de devoir continuer parce que je n’ai que 22 ans et encore du potentiel. Il ne faut pas oublier la personne derrière l’athlète. J’étais en train d’oublier mes valeurs et de me sentir obligé de continuer parce que j’avais de bons résultats », explique en substance le passionné de plein air.

Cela dit, même s’il ne faut jamais dire jamais, Samuel ne croit pas qu’il reviendra à la compétition comme l’avait fait la Laterroise Marie-Ève Drolet, retraitée en 2002 après les Jeux de Salt Lake City. Cette dernière avait effectué un retour en piste peu avant les Jeux de Vancouver pour gagner son poste aux Jeux de Sotchi (2014).

Pour lui, l’arrivée d’Éric Bédard à la barre de l’équipe masculine en août dernier n’a pas précipité son départ. Au contraire ! « Si Éric n’était pas arrivé, peut-être que j’aurais annoncé ma retraite avant. (...) Même si j’avais des résultats excellents en Coupe du monde, je n’avais pas le sentiment d’être heureux à 100 %. J’adorais encore patiner, mais pas comme dans les quatre dernières années. Éric m’a permis d’avoir du temps et de venir me ressourcer un peu. »

Durant l’entrevue radiophonique à Style libre, de Radio-Canada, l’olympien Jean-Luc Brassard les a félicités pour leur courage. « C’est tellement rafraîchissant d’entendre des propos de ce genre. Ils se sont écoutés, ce que beaucoup d’athlètes ne font pas. Quand la passion et le plaisir de faire de la compétition sont évacués, ça ne vaut pas la peine de continuer. »

Projets

Pour l’instant, Kasandra et Samuel projettent de terminer leurs études. Kasandra va compléter son baccalauréat en biologie à l’UQAC en vue de poursuivre des études pour devenir orthophoniste et Samuel va entreprendre une formation de charpentier-menuisier à Jonquière. Il envisage une carrière d’entrepreneur et apprend quelques rudiments du métier auprès du père de Kasandra, Dany Bradette.

Le jeune retraité pourra se faire la main sur leur future maison qui sera érigée sur leur terrain acheté l’automne dernier à Ferland-et-Boilleau. D’ailleurs, à la question d’un collègue qui voulait savoir s’ils reviendraient dans la région, Samuel s’est exclamé : « Oh que oui ! C’était clair, quand on s’est rencontrés, qu’on voulait revenir dans la région. On est des passionnés de nature, on adore nos familles et on est du monde de région, pas de grandes villes. »