Les patients des CHSLD consomment trop d’antipsychotiques

Les patients hébergés dans les CHSLD du Québec consomment trop d’antipsychotiques. Les statistiques sont frappantes : entre 40 et 60 % des personnes de 65 ans et plus hébergées en CHLSD prennent des antipsychotiques alors que seulement 5 % d’entre elles devraient réellement en consommer.

Au Nouveau-Brunswick, on a réduit ou cessé les antipsychotiques chez 43 % des personnes âgées hébergées. Au Québec, on veut maintenant en faire autant. Et le ministère de la Santé et des Services sociaux vient de s’en donner les moyens en mettant sur pied un projet visant à réduire l’utilisation des antipsychotiques pour les résidents de ses installations d’hébergement et de soins de longue durée.
Le projet sera piloté par les présidents-directeurs généraux (PDG) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, Patricia Gauthier et Martin Beaumont.
Cette annonce a eu lieu jeudi dans le cadre de l’Atelier de lancement du projet Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services - antipsychotiques (OPUS AP). Ce projet, les deux PDG en sont extrêmement fiers.
D’abord, une question se pose : pourquoi les aînés en CHSLD prennent-ils trop d’antipsychotiques?
Une réponse plus générale d’abord. « C’est une question de profil de pratique au Québec. C’est dans les us et coutumes de prescrire des médicaments depuis longtemps. C’est un peu l’effet de la pendule : là nous sommes rendus trop loin, et il faut revenir plus au centre », image Patricia Gauthier.
Une réponse plus spécifique ensuite. « Dès qu’un aîné était agité en CHSLD, on lui prescrivait un antipsychotique. Or on sait maintenant que ces médicaments sont peu efficaces pour soulager certains troubles du comportement, et qu’en plus, ils augmentent les risques de somnolence, de chute, de tremblements au repos, de pneumonie, d’AVC, de rigidité des muscles et d’insuffisance cardiaque », explique Mme Gauthier.
« Quand on arrête les antipsychotiques, on voit la différence chez le patient en une à deux semaines! » ajoute Martin Beaumont, qui a longuement étudié le travail comparable qui s’est fait dans d’autres provinces canadiennes.

Patricia Gauthier

Dans les provinces où la nouvelle approche a été employée, on note une réduction de 54 % de l’usage des antipsychotiques, de 20 % des chutes, de 51 % de la violence physique et verbale et de 22 % de la résistance aux traitements.
Mais il n’est pas question d’arrêter la médication sans trouver des solutions pour soulager les symptômes pour lesquels, d’abord, les médicaments ont été prescrits. Des meilleures pratiques d’intervention devront être mises de l’avant dans les CHSLD. Différentes approches pourraient être utilisées, comme la musicothérapie et la récréothérapie.
« Un préposé aux bénéficiaires racontait qu’il avait découvert que l’usager était un poète, et il lui récitait des extraits de poésie lorsqu’il lui prodiguait des soins. Ça le calmait, le patient collaborait mieux. Un patient qui ne collabore pas, c’est vraiment difficile pour le système de santé. Parfois, il faut être deux ou trois personnes pour lui donner des soins. Quand on a une approche plus humaine, avec une personne qu’on connait et qu’on aide, ça va beaucoup mieux », explique Patricia Gauthier.
Ce projet sera implanté dans les 24 des 34 CISSS du Québec qui comptent au moins un CHSLD à compter du 15 janvier. « C’est un projet solide, et nous avons mis tous les acteurs du milieu avec nous, dont les chercheurs, la Société Alzheimer du Québec, le Regroupement des comités des usagers et les quatre universités », mentionne la PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.
D’autres médicaments
Et le projet risque faire des petits. Après les antipsychotiques, on travaillera à réduire d’autres médicaments en CHSLD.
Éventuellement, les médecins de famille mettront aussi l’épaule à la roue dès leurs interventions en cabinet, bien avant l’arrivée des patients en CHSLD.
« Nous aurons un webinaire avec les médecins de famille en avril. Il y aura donc un effet collatéral au projet qui été annoncé aujourd’hui », ajoute Mme Gauthier.
Ce projet a été annoncé dans la foulée des engagements du gouvernement pris à la suite du Forum sur les meilleures pratiques en CHSLD, qui a eu lieu l’an dernier. En plus du financement de 1,2 M$ de la part du gouvernement du Québec, le projet reçoit aussi un appui financier de 1,2 M$ de la part de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé, qui est à l’origine du projet.