Des sentiers non balisés menant à la rivière Magog ont été fermés avec des rubans rouges interdisant l’accès.

Les «nouveaux Canadiens» victimes de noyade

L’Estrie est frappée de plein fouet par un phénomène qui inquiète la Société de sauvetage depuis des années.

Une étude commandée en 2010 par l’organisme indiquait que les «nouveaux Canadiens», en particulier ceux et celles qui vivent au Canada depuis moins de cinq ans, - couraient plus de risques de se noyer lorsqu'ils font de la plaisance ou se baignent.

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On notait qu’il y a quatre fois plus de probabilité que ces personnes ne sachent pas nager que celles nées au Canada.

La noyade survenue dimanche au centre-ville de Sherbrooke est la troisième de l’été sur le territoire estrien. Elle est aussi la troisième impliquant une personne immigrante.

La jeune fille de huit ans décédée dans les eaux de la rivière Magog, dimanche au centre-ville de Sherbrooke, était d’origine syrienne. Elle et les membres de sa famille sont arrivés dans la région depuis quelques années.  

Le 8 juillet dernier, Jignesh Tobariya, un jeune homme originaire de l'Inde récemment arrivé à Lac-Mégantic a fait une chute dans l'eau du lac Mégantic alors qu'il marchait avec sa copine.

À la fin mai, un autre jeune homme s'est noyé dans les eaux du lac Fraser, à Orford.

Âgé de 24 ans et habitant le secteur de Granby, Maykel Anturi Pena, jouait au ballon avec trois amis en bordure du lac Fraser, à l'intérieur du parc national du Mont-Orford, peu de temps avant le drame. Le ballon a été projeté dans l'eau accidentellement. Le drame s’est produit quand la victime a voulu aller le chercher.

«Ce sont souvent des gens qui n’ont pas les mêmes us et coutumes concernant les cours d’eau que ceux qui vivent ici depuis longtemps», commente Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage.

«Déjà en 2010, nous avions prévu une augmentation du nombre de noyades pour ces personnes au Canada. Notre sondage indiquait le tiers des nouveaux Canadiens se disaient nerveux quand ils arrivent près d’un cours d’eau. Aussi, plus de la moitié avait participé à une activité de baignade, mais ne savait pas quoi faire dans l’eau en cas d’urgence.»

M. Hawkins mentionne que pour l’instant on ne dispose que de données trop fragmentaires à ce sujet, mais toutefois les noms des victimes recensées par le bureau du coroner montrent que souvent des personnes immigrantes sont impliquées.

Les activités de prévention et sensibilisation doivent  donc se poursuivre, ajoute Raynald Hawkins. Parmi les nouveaux Canadiens un total de 92 pour cent  considère que l'apprentissage de la natation est une compétence essentielle à acquérir et 93 pour cent  croient que tous les enfants devraient suivre des cours de natation à l'école par le biais d'un programme de sécurité aquatique offert par celle-ci.

En 2012, le coroner Jacques Ramsay avait recommandé d’instaurer des cours de natation pour les jeunes de 8 à 10 ans au Québec. «Il faut que les enfants  sachent quoi faire dans une situation où ils se retrouveraient en eau profonde», dit M. Hawkins.

Depuis le début de l’été,  la Société de sauvetage a répertorié 36 noyades au Québec. À pareille date, on en comptait 34. Au total en 2017, 59 personnes avaient perdu la vie dans l’eau. Ces chiffres sont à la baisse depuis quelques années, alors qu’on enregistrait environ 70 cas par année dans la première partie des années 2010.

La jeune fille de huit ans décédée dans les eaux de la rivière Magog, dimanche au centre-ville de Sherbrooke, était d’origine syrienne.