Quelque 200 lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour manifestent mercredi en marge de l’assemblée des actionnaires d’Alcoa à Pittsburgh.

Les lockoutés de l'ABI à Pittsburgh: «Les actionnaires doivent exiger un déblocage»

Bécancour — Après 12 heures de route, quelque 200 lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour manifestent mercredi en marge de l’assemblée des actionnaires d’Alcoa à Pittsburgh. Munie de procurations, une délégation de métallos représentant les travailleurs à la rue depuis près de 16 mois assiste à ce rendez-vous annuel de la multinationale.

«Les actionnaires doivent exiger un déblocage», a déclaré l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux. Et selon son président international, Leo W. Gerard, le lock-out n’a rien apporté de bon à Alcoa depuis 16 mois.

«L’action a perdu la moitié de sa valeur et les pertes de revenu sont grandes. Alcoa fait fausse route en choisissant la voie de la confrontation et du conflit. La compagnie doit mettre fin à ce lock-out et négocier de bonne foi avec les travailleurs pour conclure un bon contrat», a fait savoir M. Gerard.

Le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, qui représente les 1030 lockoutés d’ABI, presse les actionnaires de changer les mandats de négociation des dirigeants d’Alcoa.

«Les alumineries qui performent dans le marché sont celles qui ont la capacité d’ajouter de la valeur par rapport à l’aluminium brut. C’est exactement le profil d’ABI. Le centre de coulée est très versatile, avec des travailleurs compétents, qui peuvent fabriquer des alliages complexes et produire une grande variété de produits à forte valeur ajoutée. Pourtant, Alcoa laisse dormir cet actif de plusieurs milliards. Ce coûteux lock-out prive Alcoa d’une de ses plus grandes capacités de production, dans une usine où les coûts de main-d’œuvre sont les plus bas en Amérique du Nord», fait valoir M. Masse.

Le syndicaliste tend la main aux actionnaires d’Alcoa afin que ce conflit se résolve par la négociation. «Oui, il y a moyen d’améliorer certains aspects du fonctionnement de cette usine. Mais cela doit se faire avec les travailleurs pour fonctionner, et non en leur rentrant dans la gorge des changements concoctés en vase clos. Les travailleurs ont hâte de revenir fabriquer de l’aluminium de qualité et veulent le faire en entérinant une entente négociée, dans le respect», renchérit-il.

Curieusement, fait-il remarquer, le lock-out a été déclenché en janvier 2018 alors même que les Métallos avaient accepté de discuter d’un nouveau régime de retraite où le risque serait assumé par les travailleurs, et où le passif ne figurerait plus dans les états financiers d’Alcoa, «exactement comme le demandaient les actionnaires».

«Une fois cette importante concession en poche, Alcoa et Rio Tinto ont décrété un conflit, plutôt que de compléter les négociations. Depuis, la compagnie ne fait qu’envenimer le climat en ajoutant de nouvelles demandes, en boudant les négociations et en fermant même la porte à un arbitrage», a déploré Dominic Lemieux.