Les jeunes en surpoids plus intimidés que les autres à l'école

Le poids est la caractéristique pour laquelle les jeunes sont le plus intimidés à l’école au Québec, bien au-delà de l’ethnie, la religion, la performance scolaire ou le fait de vivre avec un handicap.

C’est ce que démontrent les résultats d’une étude menée par la chercheuse Annie Aimé, de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Les travaux de la professeure, présentés jeudi au congrès de l’ACFAS, permettent de conclure que 17,5 pour cent des jeunes intimidés à l’école l’ont été en raison de leur surpoids. La proportion de victimes taxées parce qu’elles étaient maigres tourne autour de 15 pour cent.

L’étude d’Annie Aimé a été réalisée en 2014, avec le soutien de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). Son échantillon était formé de quelque 800 jeunes répartis dans 78 écoles québécoises. À partir des entrevues réalisées, elle a pu dresser des constats troublants. Parmi eux, le fait que 90 pour cent des adolescents de 14 à 18 ans ont déclaré avoir été témoins d’intimidation liée au poids entre les murs de leur établissement scolaire. Le pourcentage de jeunes qui ont dit avoir vu de tels gestes « souvent » oscille autour de 30 pour cent.

Au Québec, près de 45 pour cent des jeunes du secondaire croient que le poids est la raison principale pour laquelle on se fait intimider à l’école. 

« Plus le poids est élevé, plus le risque d’intimidation est grand. Les jeunes en situation de surpoids sont plus à risque d’être agressés verbalement. Le poids est un facteur qui prédispose à l’intimidation et la réussite scolaire ne protège pas les victimes », a résumé Annie Aimé, qui s’est exprimée dans le cadre d’un colloque intitulé « Comment l’environnement scolaire peut-il contribuer à la santé et au bien-être des jeunes ? ».

Conséquences graves

Les conséquences de l’intimidation en lien avec le poids peuvent être très graves. Les jeunes victimes sont à risque de développer des maladies cardiovasculaires et de l’hypertension, d’avoir une faible estime d’eux-mêmes et de devenir dépressives. Ces adolescents, qui vivent du rejet et de l’isolement et qui ressentent une insatisfaction corporelle, peuvent avoir des idées suicidaires et abuser de substances. Leurs résultats scolaires auraient tendance à baisser et ils seraient enclins à s’absenter plus souvent de l’école que les autres élèves. La prise de poids est aussi l’une des conséquences potentielles de l’intimidation liée au surpoids cernées par la recherche d’Annie Aimé.

L’étude de l’UQO s’inscrit dans un champ de recherche plutôt vierge. L’équipe a recensé autour de 150 articles scientifiques rédigés entre 1997 et 2013, lesquels se penchaient sur l’évaluation de quelque 275 programmes pour contrer l’intimidation à l’école. Aucune ne traitait de la stigmatisation sur le poids. Il s’agit toutefois d’un enjeu majeur qui affecte beaucoup de jeunes, et ce, dès le primaire. 

Les victimes ne se confient pas

Par ailleurs, l’étude d’Annie Aimé relève que 81 pour cent des victimes d’intimidation liée au poids ne se sont pas confiées à des adultes de leur école. 

« Les jeunes s’isolent. Certains affirment que ce sont tout simplement des blagues », note la chercheuse.

Parmi les défis identifiés figure donc l’importance de reconnaître les situations d’intimidation en lien avec le poids. Citant un extrait du manifeste de la Fondation Jasmin Roy, dans lequel des jeunes ont clairement nommé leur désir de se sentir protégés par leur milieu scolaire, la professeure a plaidé en faveur de plus de communication.

« Je pense que les écoles, les adultes veulent vraiment aider les jeunes. Mais quelque chose dans le dialogue est perdu », constate-t-elle.

Du primaire au secondaire

Les jeunes entre la 3e et la 6e année du primaire qui sont dans une situation de surpoids sont 63 pour cent plus à risque de se faire intimider au secondaire. 

Présentement, Annie Aimé place les jeunes du primaire sous sa lorgnette de chercheuse dans le cadre d’un deuxième volet à sa recherche sur l’intimidation liée au poids. Il est important, selon elle, que l’on agisse en prévention parce que ce type d’intimidation devient plus prévalent, plus sévère et plus dérangeant pour les victimes au secondaire. Parmi les pistes de solutions que les travaux d’Annie Aimé ont permis de déterminer pour mettre un frein à l’intimidation liée au poids se trouve la déconstruction de certaines façons de penser et la mise en commun des efforts pour éliminer les préjugés.

« Certains intervenants croient encore qu’il est important de sensibiliser les jeunes en surpoids à “leur problème”. Avoir soi-même des préjugés à l’égard du poids n’aide pas. Il y a encore une perception très ancrée que les jeunes ont un contrôle sur la situation et peuvent changer leur poids », pointe-t-elle.

Alors que les jeunes en surpoids sont étiquetés, dévalués et dénigrés, Annie Aimé croit que les gouvernements doivent agir.

« Ces victimes disent qu’elles souhaitent obtenir plus d’aide et de soutien de la part de leurs parents et amis. Ces jeunes ont besoin d’être écoutés, validés et entendus », signale la chercheuse de l’UQO. 

La professeure Annie Aimé est l’une des rares chercheuses à s’être penchée sur la question de l’intimidation liée au poids dans les écoles du Québec.

Un guide pour les intervenants

L’organisme Équilibre, dont la mission est de prévenir et diminuer les problèmes liés à l’image corporelle, lance une campagne visant à contrer l’intimidation liée au poids à l’école.

Un guide destiné aux intervenants de 800 écoles secondaires du Québec est en cours de diffusion. Le document propose six pistes d’action pour prévenir et contrer la violence et l’intimidation. Parmi elles : prendre conscience du phénomène et de son ampleur, reconnaître son rôle de modèle et l’influence de ses propres croyances, offrir un climat scolaire favorisant l’acceptation de la diversité corporelle et renforcer la capacité des jeunes à prévenir les gestes de violence. Les auteurs proposent aussi aux professionnels d’intervenir de façon spécifique lors de situations de violence et d’impliquer les personnes significatives dans la vie des jeunes.

L’une des rédactrices, Josée Gagnon, a expliqué la genèse et les objectifs du projet, financé par le ministère de la Famille du Québec, à des chercheurs présents au congrès de l’ACFAS mercredi.

Elle a rappelé que la publication découle de l’initiative « Ensemble, faisons le poids contre l’intimidation », laquelle a réuni un comité d’expert et des jeunes.