Gino Maynard, du Roi de la fraise à Saint-Paul d’Abbotsford prévoit que ses fraises seront prêtes autour du 15 juin. « Donc on est en retard de deux semaines », relève-t-il.

Les fraises en retard de quelques semaines

Si la température continue à faire des siennes, la récolte des fraises du Québec sera en retard d’une à deux semaines, prévoient les producteurs questionnés par La Voix de l’Est. La pluie abondante et le manque de soleil des dernières semaines posent des défis aux maraîchers, qui doivent adapter leur méthode de production. Du côté des légumes, bonne nouvelle : on prévoit une saison plutôt dans la normale.

Les fraises qui n’ont pas été protégées n’ont pas encore commencé à fleurir ni même à laisser apparaître leurs premiers bourgeons. Une fois la floraison amorcée, il faut 30 jours pour obtenir une fraise bien mûre.

« On a mis des variétés sous des couvertures flottantes, ce qui permet d’activer la floraison, indique Gino Maynard, du Roi de la fraise à Saint-Paul-d’Abbotsford. Elles sont en boutons et sont proches de tomber en fleurs. »

Le producteur prévoit qu’elles seront prêtes autour du 15 juin. « Donc, on est en retard de deux semaines », relève-t-il.

De surcroît, le fait que les fraises soient sous une toile peut affecter leur rendement. Le fruit pourrait être plus petit.

Les champs qui ne sont pas recouverts d’une toile devraient être en fleurs pour 1 à 2 % d’entre eux, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement. « On veut travailler, mais on est limités à cause de la température. Il faut laisser la nature se réchauffer », se résigne Gino.

Jocelyne Benoit, de la Fraisière Bouchard, croit elle aussi que ses fraises seront prêtes plus tard en raison des journées fraîches.

Les maraîchers comptent sur le mois de juin pour rattraper le temps perdu. « S’il y a de la chaleur en juin, ça peut virer de bord », estime Gino.

La floraison des pommiers est elle aussi en retard « d’une bonne semaine à cause du manque de soleil », observe Isabelle Hauver, propriétaire de la Fruitière des Cantons.

Ève Monty-Tremblay, coordonnatrice à la Ferme de la colline du chêne à Bromont, constate que les maraîchers du Québec doivent s’adapter aux changements climatiques.

Pluie

Si le manque de chaleur a influencé le rendement des petits fruits, c’est la pluie qui pose problème aux producteurs de légumes.

Isabelle Hauver remarque que le temps pluvieux affecte les plants, puisqu’ils deviennent plus sensibles aux maladies et aux champignons. Le temps frais aiderait toutefois à amoindrir ces conséquences.

« On utilise des biopesticides, mais avec la pluie, on est obligés de passer plus souvent », dit-elle.

Aux yeux d’Ève Monty-Tremblay, coordonnatrice à la Ferme de la colline du chêne à Bromont, les changements climatiques sont une réalité avec laquelle les producteurs doivent composer.

La jeune femme indique qu’elle utilise des abris pour activer la croissance des légumes. Par exemple, elle met les cultures sous des tunnels chenilles, qui ont l’allure de petites serres, mais mobiles et moins coûteux.Des couvertures flottantes sont également utilisées afin de protéger les cultures des insectes et générer de la chaleur.

« Il faut réussir la saison malgré les intempéries », dit-elle.

« De notre côté, on a des bonnes nouvelles, ça avance plus que jamais ! poursuit-elle. On a déjà des sacs d’épinards de prêts, des radis, de la roquette, de la rabiole et de la ciboulette », annonce-t-elle.

Les poivrons, tomates et aubergines seront quant à eux placés en tunnels chenilles dès la semaine prochaine afin de pouvoir les récolter plus tôt. « On gagne 2 à 3 semaines en faisant ça », relève Ève.

Pour Sylviane Tardif, copropriétaire de la Ferme des 3 Samson à Farnham, la transplantation des semences en champ est retardée de quelques jours en raison des sols gorgés d’eau.

« Certaines parcelles sont pleines d’eau. On ne peut pas y aller parce qu’on n’est pas capable de travailler le sol avec le tracteur. Mais ce n’est pas dramatique », souligne-t-elle.

En effet, la ferme bénéficie de son emplacement. Le sol se draine rapidement puisqu’il est sablonneux et rocailleux. Certaines parcelles sont aussi en pente ce qui aide à l’écoulement de l’eau.

« Dans des conditions de pluie comme en ce moment, c’est bénéfique. Mais quand on a un été sec, on pleure », dit-elle en riant.

Premiers paniers

Les producteurs font des pieds et des mains pour arriver à livrer la marchandise à leur clientèle.

Quand on demande à Sylviane si ses paniers de légumes seront bientôt prêts, elle avoue ressentir un certain stress.

« On est toujours stressés de penser que nos paniers vont être bien remplis dans trois semaines », lance-t-elle.

La saison des paniers de la Ferme des 3 Samson débutera le 5 juin. Ils seront vendus à la ferme ainsi qu’au Marché de la station gourmande. La Ferme de la colline du chêne prévoit mettre ses paniers à la disposition des clients le 18 juin.