Les actions menées depuis 25 ans pour réduire la charge de phosphore dans le lac Champlain n’ont pas permis d’atteindre­ les objectifs de réduction visés.

L’entente pour le lac Champlain bientôt prête

Le Québec et les États du Vermont et de New York pourraient signer dans les prochains mois la nouvelle mouture de leur entente de coopération environnementale pour gérer le lac Champlain. Les fonctionnaires des trois gouvernements travaillent à détailler les objectifs à atteindre visant à réduire la pollution dans le lac et à restaurer ses écosystèmes.

« Ça progresse bien. Je ne suis pas inquiet », soutient Pierre Leduc. Le président de l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi est en contact avec quelques personnes qui participent aux discussions tripartites. Les trois États, dit-il, ont intérêt à renouveler l’entente de coopération qui est échue depuis l’été dernier. « Les parties sont engagées les unes envers les autres », assure-t-il.

Phosphore
Les trois partenaires sont liés depuis 1988 dans cette entente. Sa plus récente version, signée en 1992, est échue depuis l’été dernier. Les objectifs de réduction des taux de phosphore, l’un des principaux problèmes de pollution du lac Champlain, n’ont pas été atteints. Le prochain plan d’action devra s’attaquer à ce problème, reconnaît une source avec qui nous avons parlé.

En 1990, les 18 rivières et ruisseaux tributaires du lac Champlain ont déversé 786 tonnes métriques de phosphore (tm) dans le plan d’eau, selon les données du Lake Champlain Bassin Program (LCBP). En 2012, malgré plusieurs efforts pour réduire cette charge, ces mêmes tributaires en ont apporté 757 tm, une faible réduction de 29 tm. Bien que des baisses dans les taux de phosphore de la plupart de ces cours d’eau ont été validées, ils dépassent toujours les seuils visés.

«(...) Il faut se relever les manches pour que des actions se fassent. Ça prend aussi de la volonté politique pour mettre les ressources pour régler un problème de cet ampleur», estime Pierre Leduc, président de l’OBV baie Missisquoi.

Deux rivières québécoises se jettent dans le lac Champlain. Si la rivière Missisquoi a réduit sa charge de phosphore de 9,4 tm depuis 1990, celle de la rivière aux Brochets a légèrement augmenté de 0,6 tm. Elles rejettent ensemble 77 tm de phosphore dans le lac.

Sources agricoles
Dans son état du lac en 2015, le LCBP identifie les sources agricoles comme étant responsables de l’apport de 352 tm de phosphore dans le lac, soit 38 % de l’apport total annuel. Le phosphore est la principale cause des éclosions de cyanobactéries. La baie Missisquoi est souvent affectée par celles-ci.

Les données du LCBP soulignent que les rivières du Vermont apportent chaque année 258 tm de phosphore dans le lac Champlain provenant de sources agricoles. Au Québec, le phosphore de sources agricoles rejeté dans le lac atteint 44,7 tm.

Un autre problème est l’érosion des berges des rivières et ruisseaux. Elle amène 165 tm de phosphore dans le lac Champlain (18 % de l’apport total annuel dans le lac). Le ruissellement en milieu urbain est responsable de l’apport de 147 tm (16 %).

Les autorités du Vermont sont conscientes qu’elles doivent mieux faire, indique notre source. « La baie Missisquoi ne s’améliore pas. Mais l’entente a donné des bénéfices. On a une structure en place, des gens en place, des programmes. Tout le monde travaille fort pour arriver avec des solutions. »

Le seul fait que trois États collaborent pour protéger le lac Champlain est en soit une grande réussite, fait valoir M. Leduc. « On a raté nos objectifs. Mais il faut regarder tout ce qui a été fait. On a une meilleure connaissance scientifique du lac. On ne doit pas abandonner. Il faut se relever les manches pour que des actions se fassent. Ça prend aussi de la volonté politique pour régler un problème de cette ampleur », note-t-il.